Pourtant, un #MeToo à droite ne ferait pas de mal…

Je le dis à nos concitoyen·nes, dans l’après #MeToo, #Iwas, #MeTooInceste : quand il n’y a pas de cas de violences sexuelles révélé dans un milieu, ça n’est pas qu’il ne se passe rien, c’est que la parole n’y est pas encore libre. Par Hélène BIDARD, adjointe à la Maire de Paris chargée de l’égalité femmes-hommes, de la jeunesse et de l’éducation populaire ; responsable nationale féminisme et droits des femmes du PCF.

Je ne suis pas de celles qui prennent la plume en réaction à des polémiques ou pour mettre en cause les comportements de collègues élu·es, en particulier si ce sont des femmes. Mais cette fois, Rachida Dati et Nelly Garnier, cheffe et membre de l’opposition Les Républicains au Conseil de Paris, ont franchi une ligne rouge.

En déclarant que la majorité du Conseil de Paris était « Complice de viol, complice de pédophilie, complice d’inceste » (Rachida Dati) et que « Pour cette gauche, ce n’est jamais du viol, c’est de l’amour, ce n’est jamais de la pédophilie, c’est de l’art, c’est de la littérature » (Nelly Garnier), les deux élues – dans une mise en scène bien orchestrée - ont porté des accusations graves, diffamatoires et injurieuses qui amalgament gauche et violences sexuelles, comme si ces dernières n’existaient que dans une partie du champ politique, comme si à gauche il y avait une complaisance vis-à-vis de crimes. Ces allégations mériteraient une plainte de la Ville de Paris.

Ma collègue Geneviève Garrigos a très bien exprimé le lendemain la violence qu’une telle instrumentalisation représente pour elle qui a été victime d’inceste à 5 ans et pour d’autres victimes qui siègent de tous côtés de l’hémicycle. Je suis choquée que cette horrible instrumentalisation vienne de personnes qui prétendent avoir conscience des difficultés rencontrées par les femmes en politique. Je suis choquée que des propos à ce niveau de diffamation et d’injure publique puissent être le fait d’une ancienne Garde des Sceaux, qui plus est ex-prétendante pour la fonction de Maire de Paris. J’ai honte pour elles et pour l’opposition parisienne qui renoue ainsi avec ses outrances.

Je ne peux qu’avoir un mot d’amitié et de sororité pour ces femmes de droite, qui pour la plupart ne se reconnaissent pas dans l’utilisation polémique des droits des femmes et de la lutte contre les violences.

Mesdames Garnier et Dati auraient pu être des figures de la libération de la parole dans leur famille politique, c’est loupé. Mais bien sûr, ce n’était pas leur but. Pas plus que d’habitude, puisque chacune des interventions des Républicains en matière de droits des femmes à Paris est frappée du sceau de la réaction et dépourvue de proposition. Même en période d’élection, ce n’est pas leur tasse de thé. Le programme de Rachida Dati ne comportait aucune proposition pour les Parisiennes jusqu’à ce qu’elle réalise que c’était un sujet et accouche dans la douleur d’une tribune de déclinologue sans mesure concrète aucune.

Dans ce contexte, et sans effort particulier de leur part pour examiner la loi de 2019 ou les dispositifs existants à la Ville de Paris concernant la lutte contre les violences sexistes et sexuelles, leur option aura été de tirer du chapeau la proposition d’une « commission [...] indépendante », non pertinente, et de voter contre le vœu de l’exécutif qui proposait de rendre obligatoire la formation sur les violences sexistes et sexuelles pour les élu·es en début de mandat. Formation à laquelle, ni Rachida Dati, ni Nelly Garnier n’ont daigné participer bien entendu !

La Ville de Paris mène une politique de prévention et de tolérance zéro face aux violences sexistes et sexuelles en son sein, quel que soit le statut ou la fonction de la victime comme de l’auteur, et en direction des Parisiennes et Parisiens. Nous évoluons, nous travaillons, nous écoutons, mais jamais par la polémique politicienne !

Depuis 2017, c’est-à-dire après l’affaire dite « Baupin » et deux ans avant la loi de 2019, il existe une cellule d’écoute, de signalement, d’accompagnement des victimes (protection fonctionnelle, soutien psychologique, etc.). Selon les cas, une équipe pluridisciplinaire peut préconiser une enquête administrative, proposer des mesures de protection et déclencher une procédure disciplinaire à l’encontre des auteurs. Une procédure d’urgence peut être activée en cas de situations graves avec des mesures de protection dans les 72 heures. En cas d’infraction pénale, elle signale au procureur les faits via la procédure dite de l’ « article 40 ». Lorsque l’auteur·e supposé⋅e est un⋅e élu⋅e, l’inspection générale est saisie, répondant ainsi au besoin d’indépendance indispensable au bon traitement des situations. Les collaborateurs et collaboratrices de cabinet et de groupe, de la mairie centrale comme des mairies d’arrondissements, sont à présent toutes et tous tenus de participer à une formation obligatoire avant fin mars 2021.

Enfin, parce que la lutte contre les violences sexuelles passe également par la sensibilisation du grand nombre, nous organisons chaque année, pilotée par ma délégation, des évènements de sensibilisation et de formation des professionnel⋅les. Le 25 novembre dernier était dédié à la lutte contre les violences patriarcales sur les enfants et les jeunes et le 8 mars prochain à l’éducation à l’égalité dans la vie affective.

Ce travail de longue haleine, mené avec les associations et les partenaires institutionnels spécialisés, mérite mieux que des approximations et des insultes. Il est encore temps pour Mesdames Dati et Garnier de découvrir notamment l’existence de la loi et des dispositifs de la ville.

Chacune et chacun, en particulier les élu·es avec un certain écho médiatique, devraient, au lieu de les invisibiliser, faire connaitre ces mesures et encourager la libération de la parole partout où ils et elles le peuvent, puis contribuer, dans l’intérêt général à des solutions concrètes pour accompagner celles et ceux qui prennent leur courage à deux mains pour dénoncer des violences.

Ce qui s’est passé ces derniers jours est totalement contreproductif dans la lutte contre le viol, les agressions sexuelles, la pédocriminalité – car Mmes Dati et Garnier, il ne s’agit jamais de pédophilie, il s’agit de pédocriminalité – et l’inceste à Paris comme dans toute la société.

On peut craindre que l’effet premier des vociférations de Rachida Dati et Nelly Garnier soit de faire perdurer l’omerta sur les violences faites aux femmes à droite. Comment en effet révéler des faits concernant des élu·es de droite, quand on est de droite, et que nos premières responsables ont fait de tels amalgames avec la gauche ? Comment se battre en interne face à un tel déni dans sa famille politique ?

Et pourtant, un « #MeToo de la droite » ne ferait pas de mal, loin de là ! Des agresseurs, il y en a, des victimes, il y en a, à droite comme à gauche. Dans tous les milieux sociaux, de toutes origines, de toutes classes sociales et donc dans tous les partis politiques, dans toutes les institutions. J’ai beaucoup de respect pour les femmes de milieux bourgeois ou conservateur qui osent parler. Je me doute combien cela doit être dur dans ces sphères très patriarcales de notre société.

#MeToo aura trouvé en France un écho à gauche pendant qu’à droite, malheureusement, on défendait la « liberté d’importuner ». Plusieurs partis politiques de gauche – dont le mien, le PCF – ont mis en place depuis des dispositifs d’accompagnement des victimes et de sanction pour les auteurs, tant bien que mal, sans moyens et sans que l’État ne propose un quelconque cadre national.

Chez Les Républicains, toujours rien. « Il n’y a ni cellule d’écoute, ni formation spécifique » a récemment assumé Aurélien Pradié, le secrétaire général du parti. Je le dis à nos concitoyen·nes, dans l’après #MeToo, #Iwas, #MeTooInceste : quand il n’y a pas de cas de violences sexuelles révélé dans un milieu, ça n’est pas qu’il ne se passe rien, c’est que la parole n’y est pas encore libre !

Pour ma part, je continuerai sans relâche à soutenir et traduire de mon mieux en politiques publiques avec un souci de l’intérêt général, pour tou·tes, ce formidable mouvement de libération de la parole et qui, je le crois, emportera avec lui les ruines de la culture du viol et du patriarcat partout.

Avec Geneviève GARRIGOS à l'Hôtel de Ville Avec Geneviève GARRIGOS à l'Hôtel de Ville

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