La crise sanitaire appelle des mesures mondiales fortes pour les femmes

Aujourd'hui, la Coalition française du Lobby européen des femmes (CLEF) a remis à Elisabeth MORENO, Ministre chargée de l'égalité entre les femmes et les hommes, les préconisations de la société civile féministe pour le Forum génération égalité. J'ai eu le plaisir d'y assister et de prononcer ces quelques mots.

campagne PCF-PGE de soutien aux femmes espagnoles contre les restrictions du droit à l'IVG © PCF campagne PCF-PGE de soutien aux femmes espagnoles contre les restrictions du droit à l'IVG © PCF

Madame la Ministre, Elisabeth MORENO, Madame Delphine O, Madame Brigitte GRESY, Madame Elisabeth RICHARD, Monsieur Yves BIGOT, Madame Marie-Christine SARAGOSSE, Chère Jocelyne ADRIANT METBOUL, Mesdames les responsables et militantes des nombreuses associations de la CLEF, Madame Virginie HERTZ, Chère Typhaine D,

Mesdames, Messieurs,

C’est un vrai plaisir de clôturer avec vous ce 1er forum international organisé par la Coordination française pour le Lobby Européen des Femmes (CLEF), au nom de la Ville de Paris et d’Anne Hidalgo, qui vous le savez sont très engagées pour les droits des femmes.

C’est d’autant plus réjouissant que le forum a connu de nombreuses péripéties du fait de cette crise sanitaire qui n’en finit pas. Bravo pour votre détermination Jocelyne et toute l’équipe de la CLEF! Bravo également pour le succès du forum qui a, si je ne m’abuse, réuni environ 1600 personnes!

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La lutte pour les droits des femmes trouve ses ramifications dans l’intimité des relations affectives jusqu’aux objectifs de développement de l’humanité et de notre planète, en passant par la solidarité internationale.

Une solidarité internationale que je souhaiterais témoigner aujourd’hui aux femmes de Turquie et du Kurdistan, après la décision du gouvernement islamo-conservateur d’ERDOGAN, de quitter la Convention d’Istanbul, texte international si crucial pour les droits des femmes que la France s’enorgueillirait à respecter davantage, ainsi que l’a souligné en 2019 le GREVIO.

Ce recul historique de la Turquie en dit long sur cette espèce de coalition mondiale de chefs d’Etat réactionnaires et violents – qui heureusement a perdu un de ces leaders avec la défaite de Trump – mais dont l’action néfaste pour les droits des femmes doit être combattue sur la scène internationale et sur la scène européenne – en Pologne en et Hongrie par exemple.

Car en effet, il manque encore un discours fort, clair, intransigeant et accompagné de mesures concrètes face à ce courant qui a gagné beaucoup de terrain ces dernières années ; et en soutien aux forces féministes et démocratiques qui luttent au quotidien, sur le terrain pour empêcher ces reculs.

En ce sens je me félicite du fait que la Maire de Paris ait refusé de se rendre au Sommet des grandes villes du G20 en Arabie Saoudite pour protester contre la détention de Loujain Al-Hathloul, citoyenne d’honneur de la ville de Paris. La France, et beaucoup de potentiels alliés sur cette question, ont de nombreux moyens de pression et d’incitation. Les utiliser c’est pour moi le premier fondement d’une diplomatie véritablement féministe.

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Nous sommes là, plus de 25 ans après Pékin, après presque 4 ans de déferlante #Metoo, dans un contexte de pandémie mondiale qui fait prendre une nouvelle dimension aux combats féministes, une nouvelle urgence aux conquêtes pour les droits des femmes.

C’est une « drôle » de situation mondiale, avec d’un côté un regain formidable des luttes féministes et une prise de conscience très large du caractère massif des violences faites aux femmes et des inégalités qu’elles continuent de subir, et d’un autre, cette crise sanitaire où tous les risques de régression pour les droits des femmes sont présents.

Les confinements successifs – surtout les plus stricts – ont eu pour conséquence une augmentation des inégalités domestiques – avec une triple journée pour les femmes, et les nouvelles mesures annoncées en France la semaine dernière – même si sans doute incontournables - risquent de nous faire plonger un peu plus.

Le récent rapport de la Fondation des femmes indique que pendant le confinement du printemps 2020, 40 % des femmes ont consacré plus de 4 heures par jour aux enfants, soit le double des hommes. Elles sont 21 % à s'être arrêté de travailler, entre celles qui ont perdu leur emploi, celles dont le salaire, moindre que celui du conjoint, justifiait qu’elles s’arrêtent pour s’occuper des enfants, car il est évidemment impossible de cumuler travail ou télétravail et garde des enfants quand il ne s’agit pas d’assurer l’école à la maison.

Nous avons également constaté une augmentation des violences au sein du couple et de la famille. Les associations de lutte contre les violences à Paris nous le disent toutes : depuis mai-juin 2020, les demandes de prises en charge ont fortement augmenté et sans discontinuer, avec d’avantage de demande de mises à l’abri.

La Ville n’est pas restée les bras croisés ! En 2020, pour la 3e année consécutive, nous avons dû augmenter les subventions aux associations, de 32 % soit près de 500 000 euros, dédiés à l’écoute, l’orientation, l’accompagnement, la mise en sécurité et la reconstruction pour des victimes de toutes les formes de violences de genre. Et en fin d’année, des subventions supplémentaires ont été attribuées aux associations, notamment pour l’ouverture d’un nouveau centre d’hébergement d’urgence pour jeunes femmes ou le soutien aux personnes prostituées. Avec le procureur de la République de Paris, nous avons fait passé le nombre de téléphones grave danger de 30 à 50. Nous avons mis en place un protocole exceptionnel de mise en sécurité des victimes pendant le confinement. Ce sont 18 Parisiennes et 36 enfants en danger qui ont pu bénéficier.

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Nous devons également, ensemble et chacun.es à hauteur de nos responsabilités faire face aux conséquences économiques de la crise sanitaire.

Je présenterai au prochain Conseil de Paris un projet de délibération sur l’égalité et l’insertion professionnelles pour soutenir l’emploi des femmes et les dispositifs d’aide à l’insertion professionnelle.

Selon les chiffres de l’OIT, la perte d’emploi des femmes a atteint 5% en 2020 contre 3,9% pour les hommes et maintenant que le marché de l'emploi reprend peu à peu, les embauches de femmes se font à un rythme plus lent et leurs chances d'être recrutées à des postes dirigeants sont moins élevées.

Selon le rapport Oxfam 2021: les 1000 personnes les plus riches du monde ont retrouvé leur niveau de richesse d’avant la pandémie en seulement 9 mois alors qu’il pourrait falloir plus de dix ans aux personnes les plus pauvres pour se relever. Bien entendu, parmi les personnes les plus pauvres, il y a les femmes, et certaines – les étudiantes, les cheffes de famille monoparentales, les plus précaires – basculent clairement dans la pauvreté depuis 1 an. Autrement dit, il est fondamental de lier la lutte pour l’égalité femmes hommes avec la justice sociale.

Je dis cela - et vous me pardonnerez mon franc parler – parce que maintenant que tout le monde a vu les invisibles, les premières de corvées, les femmes qui sont en première ligne depuis plus d’un an, il n’est pas acceptable qu’elles soient les dernières servies du plan de relance national selon le rapport de la Fondation des femmes. Sur les 35 milliards d'euros des plans de relance sectoriels de juin 2020, seulement 7 milliards sont dédiés à des emplois occupés par des femmes. Moins de 1% du plan de relance est dédié à la lutte contre la pauvreté, tandis que des milliards d’euros ont été versés aux entreprises sans aucune contrepartie contraignante. C’est une faute à corriger en urgence et à ne pas reproduire au plan international.

Nous savons toutes et tous ici que d’avantage de précarité et de pauvreté, c’est d’avantage de risques d’exploitation, y compris sexuelle et reproductive, d’avantage d’inégalités face à la santé, à l’éducation, à l’alimentation, c’est autant de nouveaux obstacles à la réussite des objectifs fixés à Pékin. L’étude récente du Forum de Davos annonce elle-même la couleur : un des premiers effets de la crise sanitaire, c’est qu’il faudra 36 années de plus, soit 135,6 ans pour atteindre l’égalité femmes hommes, aussi bien au niveau politique, économique, de la santé ou de l'éducation.

#Metoo et la crise sanitaire sont deux coups de tonnerre mondiaux qui appellent des mesures fortes de la part de la communauté internationale.

Ce forum international de la CLEF tombait donc à pic, à quelques semaines du Forum Génération égalité, pour élaborer des préconisations portées par la société civile et qui seront remises dans quelques minutes à Mme Elisabeth MORENO, Ministre déléguée à l’égalité entre les femmes et les hommes, à la diversité et à l’égalité des chances.

Ces préconisations sont justes, soutenables et sans ambiguïté face aux grands enjeux pour les droits des femmes. J’émets ici le souhait qu’elles trouvent bon entendeur, et que soient décidés, lors du Forum génération égalité, non seulement des objectifs ambitieux mais également des moyens conséquents pour leur mise en œuvre.

Je vous remercie.

 

 

 

 

 

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