Grossophobie, stop! Ensemble réagissons

La grossophobie, terme popularisé par l’actrice Anne Zamberlan en 1994 mais encore absent du dictionnaire, est la forme spécifique de rejet, de mépris, d’hostilité, de phobie irrationnelle et incontrôlée, de discrimination visant les personnes de forte corpulence ou socialement perçues comme telles.

La grossophobie est polymorphe. Elle peut être intériorisée par les personnes concernées (honte de soi, culpabilité…), s’exprimer dans les relations interpersonnelles (insultes, harcèlement, injonctions à maigrir de la part de l'entourage ou d’inconnu.e.s) ou s’illustrer de manière systémique et globale, à travers les stéréotypes véhiculés sur les personnes grosses (paresse, lenteur, manque d’hygiène, maladie, manque de volonté et de dynamisme, manque de contrôle sur soi…) et les actes discriminatoires produits de manière directe ou indirecte (par le corps médical, lors du recrutement, dans les infrastructures liées aux transports, à la culture, les restaurants-bars, les salles de sport…).

En contrepoint de la minceur, voire de la maigreur, érigées dans notre histoire contemporaine en signe de prestige et de statut social, les corps gros, qui représentent entre la moitié et un sixième de la population (selon que l'on parle de surpoids ou d'obésité), sont donc dans un même mouvement disqualifiés, ostracisés et globalement renvoyés à la vulgarité.

Les femmes, dont les corps restent soumis au contrôle social, sont particulièrement exposées au double stéréotype et à la stigmatisation violente. Les propos anti-gros.se.s, le « body » ou le « fat shaming » fleurissent sur internet et dans la vie réelle. Qui n'a jamais été été témoin, auteur ou victime de ces mots lancés à la volée, de cette grossophobie ordinaire, dans les cours d'écoles ou sur les lieux de travail ?

S'agissant précisément de l'accès à l'emploi, le Défenseur des droits et l'Organisation internationale du travail ont estimé que les femmes obèses étaient huit fois et les hommes obèses trois fois plus discriminés à l’embauche à cause de leur apparence physique que celles et ceux ayant un indice de masse corporelle (IMC) dans la norme. Il est ainsi frappant de constater que les cartes du chômage et de la pauvreté se superposent avec celle de l'obésité.

Dans le domaine médical, les personnes obèses souffrent trop souvent d'un regard discriminant des praticien.ne.s de santé qui les ramènent à leur poids. Le champ de la consultation médicale reste particulièrement producteur de violences et de discriminations. Il ne s'agit pas de minorer les complications associées à l’obésité, son interprétation en tant que phénomène pathologique ou ses implications en terme de santé publique, mais d’inciter à la prise de conscience et à l'évolution des pratiques afin d'assurer un égal accès au soin pour les personnes grosses.

Commençons donc par cesser d’assigner aux personnes grosses la culpabilité de leur situation, en impliquant qu’ils et elles souffrent d’une carence de la volonté et interrogeons-nous tout à la fois sur la tyrannie des apparences et sur l’invisibilisation de ces personnes. Parce que les discriminations, comme la grossophobie, sont nuisibles et créent de l’exclusion sociale, parce que les discriminations tuent, sans compter les violences moralisatrices engendrées par l’omniprésence de modèles inatteignables et de normes draconiennes imposées. Être gros.se est aussi le fruit d’une construction sociale issues des regards porteurs de préjugés provenant de tous les domaines de la vie sociale y compris au sein des institutions.

Parce que nous œuvrons à la reconnaissance de l’égalité comme valeur de notre pacte démocratique, nous pensons qu’il est plus que temps de « faire de la grossophobie une question publique » :

  • pour que cesse la culpabilisation et l’autocensure des premier.e.s concerné.e.s pour qu'ils et elles retrouvent toute leur place dans la cité ;

  • pour faire la lumière sur les raisons de visibilité et d’invisibilité sociale des personnes grosses ;

  • pour qu’une reconnaissance de ce phénomène de violences du quotidien naisse au niveau médiatique et des pouvoirs publics.

Hélène BIDARD, adjointe à la maire de Paris pour l'égalité femmes-hommes, la lutte contre les discriminations et les droits humains

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