Paris soutient les personnes prostituées

Aujourd'hui, le #ConseildeParis a adopté 268 000€ de subventions aux associations qui soutiennent les personnes en situation de #prostitution et agissent pour la #prévention et la lutte contre le système prostitutionnel. Dans mon intervention, je suis revenue sur les réalités de la prostitution et le besoin de moyens pour appliquer la loi et faire de la prévention auprès des jeunes.

Cher.es collègues,

Le système prostitutionnel est un système d’exploitation des populations les plus vulnérables, à 85% des femmes et à 93% des femmes étrangères (nigérianes, chinoises ou des pays de l’Est), pour ne pas dire des filles, selon les travaux parlementaires relatifs à la loi du 13 avril 2016.

Vulnérables économiquement et socialement, vulnérables psychologiquement parce que très fréquemment exposées à des violences sexistes et sexuelles dans l’enfance et l’adolescence, vulnérables administrativement dans un pays où l’accueil des migrant.es est devenu une honte internationale. Le nombre de victimes est estimé à 30 000 en France selon l’Etat, mais nous savons que le phénomène est sous-estimé. Impossible par exemple de chiffrer les actes sexuels extorqués en échange d’un toit pour des personnes très précaires, ou de ressources pour poursuivre ses études.

Nous avons atteint dans les dernières années un niveau d’alerte maximum concernant la prostitution de mineur.es et des jeunes. Une récente enquête, réalisée par l’Observatoire des violences à l’encontre des femmes de Seine-Saint-Denis, révèle que l’immense majorité des mineur.es prostitué.es ont connu, avant, des violences sexuelles et/ou ont été confronté.es aux violences conjugales et intrafamiliales et dans 100% des cas étaient en situation de précarité sociale ou de rupture familiale. Plusieurs missions d’information à l’échelle nationale sont en cours mais selon les associations, entre 6000 et 10 000 mineur.es seraient prostitué.es dans notre pays. Selon la CNCDH, cela toucherait toutes les catégories sociales. Les « affaires » concernant les mineur.es sont en tout cas en nette augmentation en France selon le SIRASCO (Service d'information et d'analyse stratégique de la criminalité organisée) qui fait état de 21 affaires en 2015 contre 159 en 2020. Une soixantaine d’enquêtes seraient en ce moment en cours à Paris. 

Paris est très exposée à la prostitution dite « de rue » dans des lieux bien repérés comme les Bois, la rue Saint-Denis, Belleville, Château rouge…Mais cela ne représenterait plus que 30% de l’activité prostitutionnelle, le reste étant une prostitution « ubérisée » qui se développe sur les réseaux sociaux et se pratique dans des appartements loués sur des plateformes type Airbnb, dont la porte d’entrée est bien souvent une activité pré-prostitutionnelle comme la vente de « nudes » ou l’escorting.

Car dans la très grande majorité des cas, il y a derrière un réseau criminel, qu’il soit international, national ou un « micro-réseau » local, gérant de manière physique ou dématérialisée l’activité prostitutionnelle. Le proxénétisme est la 2e forme de criminalité la plus lucrative, les profits sont estimés à 100 milliards d’euros par an dans le monde.

Cher.es collègues, il n’y a pas un parcours prostitutionnel qui ne rencontre pas de violences, qu’elles viennent des proxénètes ou des « clients ». Il serait dangereux d’en relativiser l’impact sur les personnes, il suffit d’écouter les survivantes de la prostitution relater les viols, violences physiques, chantages et violences psychologiques subis, et les conséquences sur leurs parcours de vie.

C’est pour cette raison que la France, et d’ailleurs la Cour européenne des droits de l’Homme aussi, considèrent la prostitution comme une violence faite aux femmes.

Je rappelle que la lutte contre la prostitution, le proxénétisme est une compétence qui relève de l’Etat, que les associations réclament un acte 2 de la loi de 2016, avec cette fois les moyens nécessaires à son application, pour toutes les personnes victimes, sur tout le territoire. (Voir le rapport du collectif FACT-S ici: https://www.fact-s.fr/#rapport-2021)

C’est néanmoins dans le cadre de cette loi, et avec pour seul et unique objectif de soutenir les personnes prostituées – qu’elles soient encore victimes ou dans des parcours de sortie – que la Ville de Paris agit.

Je vous propose, à travers cette délibération co-portée avec Jean-Luc Roméro, Léa Filoche et Arnaud Ngatcha, de soutenir 14 associations pour des actions d’accompagnement des personnes prostituées autour des priorités suivantes :

  • la mise à l’abri et le soutien juridique dans les procès
  • la mise en place de parcours de sortie de la prostitution, notamment par l’insertion professionnelle,
  • l’aide à l’hébergement, l’accompagnement social global des personnes en situation de prostitution
  • et la prévention auprès des jeunes.

Le montant proposé, 268 000 euros, est quasiment identique à celui de 2020, déjà augmenté pour faire face aux conséquences de la pandémie sur les personnes prostituées, grandes oubliées des mesures d’aide nationale, et qui ont pu bénéficier en plus du travail de terrain maintenu par les associations, des distributions alimentaires, ou des kits sanitaires (gel hydro alcoolique, masques) de la Ville de Paris.

Je vous informe par ailleurs que je souhaite, avec les adjoint.es concerné.es que nous approfondissions pendant ce mandat, notre travail de prévention auprès des jeunes et de formation des agent.es – ainsi que la coordination du travail de terrain avec les autorités de l’Etat et les associations.

Je vous remercie.

 

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