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Billet de blog 12 sept. 2022

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Ma déclaration suite au procès des propos diffamatoires que j'ai subis

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Aujourd’hui a enfin eu lieu le procès de l’ancien président d’Act Up-Paris qui a tenu des propos diffamatoires à mon égard sur les réseaux sociaux il y a maintenant plus de 2 ans en pleine campagne des élections municipales. En tant que victime, c’est un énorme soulagement d’être enfin passée devant la 17e chambre du tribunal judiciaire de Paris, entourée, qui plus est, de proches et d’amies, militantes, féministes, debout et sororales.

Il faudra encore attendre le 4 novembre prochain pour le verdict, mais quel qu’il soit, je suis soulagée du simple fait que l’auteur de ces tweets ait eu à répondre de ses actes devant un tribunal. J’ai pu enfin dire publiquement les conséquences graves que ces actes ont eu sur ma vie et sur celles de mon entourage. J’ai aussi pu dénoncer publiquement les fakenews, mensonges, pressions, cyberharcèlement, menaces y compris physiques, que j’ai subis consécutivement à cette diffamation initiale. Je souhaite deux choses : premièrement, qu’il retire ses tweets diffamants et mensongers et deuxièmement que ce harcèlement cesse. Les échanges politiques peuvent être vifs mais doivent être respectueux. Le débat politique n’autorise pas les violences.

En février 2020, Marc-Antoine Bartoli m’accusait sur Twitter d’être responsable de la mort de Jessyca Sarmiento, une personne trans prostituée, d’entretenir l’épidémie de VIH, d’être responsable d’un massacre « putophobe » et « transphobe » .

Des visuels ont ensuite été réalisés et diffusés : montage avec ma photo, tamponnée en rouge « complice du VIH-sida » et accompagnée de la légende « stigmatise sans réserve une population très durement touchée par le #Covid_19 », de pancartes me ciblant dans les mêmes termes diffusés sur les réseaux et imprimés pour en faire le slogan de manifestations.

Après avoir été mis en examen, l’auteur de ces tweets aura ensuite fait croire qu’il était la victime au lieu de l’agresseur, une technique bien connue de l’inversion de la culpabilité que pratiquent les auteurs de violences sur les femmes. Des centaines de tweets auront tenté de faire croire qu’il était « bâillonné » ou encore que j’attaquais en justice l’association « Act Up-Paris » alors que j’ai porté plainte contre des propos diffamants tenus sur son compte personnel. Je ne reviens pas sur les « amicales » pressions, sur moi et sur celleux qui me soutenaient, pour que je retire ma plainte. Autre technique fréquemment employée par les agresseurs, j’ai vu la stratégie se déployer pour tenter de m’isoler, notamment politiquement. J’ai vu se développer un déferlement de fakenews, alimentées par des tribunes, des mots d’ordre, etc. Tout ça pour faire croire ensuite qu’il y avait un sens politique à cette violence initiale dirigée uniquement contre moi.

Tout cela serait justifié au nom de mon soutien, comme militante féministe, à une position abolitionniste de la prostitution, et notamment à la loi du 13 avril 2016 visant à renforcer la lutte contre le système prostitutionnel et à accompagner les personnes prostituées.

Mais quand bien même s’agirait-il de cacher une violence obsessionnelle, derrière un argument politique, ce n’est pas ici le procès de la loi d’abolition, mais celui de la pratique de certains qui n’hésitent pas à jeter en pâture et à user de violences sur les réseaux sociaux.

Car enfin, tout un chacun peut débattre de toutes les lois - c’est le débat politique et tant mieux - mais ici ce que je lui reproche c’est de maintenir que je serais responsable de la mort de Jessyca Sarmiento alors que l’homme qui l’a renversée en voiture le 21 février 2020 dans le bois de Boulogne a été entre temps condamné définitivement pour « homicide involontaire » !

Mais je crois que ce n’est pas la peine ici de répondre à ses accusations ignobles. Tout est faux, et archi faux. Mes engagements dans la lutte contre le vih-sida, pour les droits des personnes trans et pour ceux des personnes en situation de prostitution sont de notoriété publique ; et mes ami∙es et camarades savent comment cela se traduit dans ma vie personnelle et militante. 

J’ai conscience que mes convictions communistes et féministes peuvent provoquer des remous. Je ne fuis jamais le débat contradictoire, même s’il est très vif, et je respecte les paroles radicales. Je crois que l’on peut débattre de tout et que chacun∙e doit pouvoir exprimer son opinion sans être inquiété∙e.

Or là, il ne s’agit pas d’opinion mais de diffamation. Rien ne justifie de jeter une personne en pâture et de propager des mensonges ; encore moins sur la base d’un désaccord politique qui pouvait, en pleine campagne électorale, largement trouver les espaces pour être exprimé, et pouvait même se traduire en actes, par un vote en faveur d’une liste adverse.

Ce n’est pas de gaîté de cœur que j’ai porté plainte contre un individu qui se revendique par ailleurs un militant, bien au contraire. Non seulement ses propos m’ont affectée, mais ils ont nui à ma réputation jusqu’à déclencher un cyberharcèlement et des menaces physiques. Et je fais la différence  -elle est importante - entre « militer » et « agresser », ou encore entre « radicalité » et « violence », entre bonne et mauvaise foi… Rien ne justifie la violence et les fakenews, qu’on soit militant∙e d’une bonne cause n’excuse rien. Il y a par ailleurs une énorme différence entre une parole radicale ou une action « coup de poing » - un militantisme que je respecte – et des mensonges, des diffamations, des violences, des menaces et du harcèlement.

Être accusée de manière mensongère d’actes graves et de comportements à l’opposé de mes opinions m’a bouleversée, entre autres conséquences sur ma vie personnelle. Comment réagiriez-vous si l’on vous accusait publiquement d’être responsable de la mort d’une personne et même d’un « massacre » ? D’être la responsable de la propagation d’une maladie mortelle,  ici le vih-sida, de comportements discriminants envers des personnes que vous défendez depuis des années ?

Je n’accepte pas que puissent rester des traces de ces mensonges sur les réseaux sociaux, auxquels tout le monde a accès : mes proches, mes voisin∙es, mes collègues, mes camarades, celles et ceux avec qui je travaille et travaillerai, celles et ceux avec qui je milite, des électrices et électeurs... 

Subir ensuite un cyberharcèlement s’appuyant sur de fausses allégations, c’est non seulement injuste mais aussi épuisant et effrayant. Et pour la première fois, j’ai expérimenté le lien direct entre cyberharcèlement et menaces physiques, en manifestation du 8 mars avec mes camarades et ami∙es et à la Fête de l’humanité.

J’ai eu peur de menaces physiques, qu’on me « tombe dessus » à tout moment. J’ai dû limiter mes déplacements d’élue, les sorties avec mes ami.es, renoncer à des manifestations, à des rencontres publiques, renoncer à des déplacements dans le travail, le militantisme mais aussi dans ma vie privée, ne plus me déplacer seule dans certains lieux.

Je ne pouvais pas laisser passer, parce que c’est allé trop loin me concernant, mais aussi parce que je constate tous les jours des cyberviolences diverses contre les femmes, encore plus contre les féministes.

Toutes n’ont pas les ressources pour aller devant la justice. Je considère que j’ai eu de la  « chance » dans cette affaire déplorable, d’être soutenue par la Ville de Paris et par le Parti communiste français. Je l’ai fait un peu pour ces femmes et militantes aussi, car au-delà de la réparation du préjudice que j’ai subi, j’espère que la justice enverra un message à la société sur le fait qu’il y a des limites à ne pas dépasser, même quand on se revendique de « la bonne cause ».

Messieurs, sur votre canapé, dans un bar, dans les transports, vous qui n’avez rien de mieux à faire que vous défouler, insulter, diffamer, cyberviolenter, vous qui vous cachez derrière votre smartphone, vous qui savez pourtant que ce que vous faites à des conséquences dans la vie de vos victimes, et bien sachez qu’un jour vous pourrez vous retrouver dans un tribunal pour répondre devant un∙e juge de votre comportement.

Et c’est là l’essentiel.

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