Poursuivre la transition féministe de Paris

Le monde, notre société, Paris, sont entrés dans un moment historique de mise en cause massive du patriarcat, des violences et des inégalités qui en résultent. Ce billet revient sur six ans de travail aux côtés d'Anne Hidalgo au service des Parisien.nes et présente des propositions pour l'égalité femmes-hommes dans la capitale. La transition féministe est engagée à Paris, il faut la poursuivre!

Cinquante-trois pourcent des Parisiens sont des Parisiennes. Le monde, notre société, Paris, sont entrés dans un moment historique de mise en cause massive du patriarcat, des violences et des inégalités qui en résultent. Portées par le mouvement #Metoo et le regain mondial des luttes pour les droits des femmes, les Parisiennes sont des actrices de ce changement et beaucoup de Parisiens leurs alliés.

J’ai choisi d’être candidate avec Anne Hidalgo parce qu’elle est la plus engagée dans ce combat pour l'égalité entre les femmes et les hommes et parce qu’ensemble, nous avons la volonté de poursuivre la transition féministe de Paris.

Les programmes de Rachida Dati, Agnès Buzyn et Cédric Villani, ne proposent aucune vision d’ensemble sur la place et les besoins des femmes à Paris. Ils se résument à quelques mesures éparses, souvent déjà engagées par l'exécutif actuel ou ne relevant pas de la compétence de la collectivité parisienne, tandis que, s'inscrivant dans l'austérité budgétaire, leurs programmes induisent des reculs pour les droits des femmes. De la réduction générale des politiques publiques (RGPP) soutenue par Rachida Dati sous la présidence de Nicolas Sarkozy, aux réformes des retraites, de l'assurance chômage, de l’hôpital public, des APL, promues par Agnès Buzyn et Cédric Villani sous Emmanuel Macron, ces candidat.es n’ont concrètement jamais fait le choix des droits, de l’autonomie, de la sécurité et de l’émancipation des femmes.

La « Ville du quart d’heure » que nous proposons est, elle, un véritable projet de transition écologique, solidaire… et féministe. 

Depuis 2014, nous avons pris des mesures écologiques courageuses pour que Paris soit plus respirable. Les Parisiennes sont particulièrement investies pour cette transformation, dans les projets écologiques locaux, dans l’économie sociale et solidaire ou dans leurs gestes de consommation, pour elles et leur famille.

Ce sont elles qui encore très majoritairement jonglent entre activités professionnelles et familiales. Leur temps est précieux et minuté. Il faut le libérer. La ville du quart d’heure, c’est  réduire les déplacements, piétonniser, créer 4000 nouvelles places de crèches pour répondre à 100% des besoins d'ici 2026, organiser des gardes d’enfants dans les lieux de sociabilité et de bien-être comme dans les « Social sport clubs », favoriser l’entraide avec les kiosques citoyens.

Qu’elles soient étudiantes, mères ou non, en couple ou non, cheffes de familles monoparentales, grand-mères, entrepreneuses solidaires, travailleuses, à temps partiel ou sans emploi, les femmes souhaitent vivre à Paris. Alors aux « femmes montres », la ville du quart d’heure, la ville où il est possible de tout trouver tous les services essentiels à 15 minutes de chez soi !

Poursuivre la transition féministe de Paris, c’est soutenir le pouvoir d’achat et lutter contre l’exclusion des femmes.

Nous avons permis à de nombreuses familles populaires de rester dans la capitale. Si elles sont plus diplômées, malgré 13 lois, les Parisiennes sont les premières victimes des inégalités professionnelles et de la précarité, faisant des familles monoparentales et des femmes âgées, deux des catégories les plus vulnérables à Paris. Agir pour leur autonomie économique, c’est agir pour l’égalité.

Nous proposons d’aller plus loin pour le pouvoir d’achat et l’accès aux droits des femmes : 25% de logements sociaux avec un accès prioritaire pour les femmes victimes de violences, gratuité des transports pour les enfants et les personnes âgées, chèque « coup de main » pour aider la garde des enfants des parents célibataires, soutien aux aidant.es des personnes dépendantes, installation de médecins en secteur 1, création de 7 nouveaux centres de santé, mise à dispositions de protections hygiéniques gratuites dans tous les collèges et équipements publics municipaux.

Une ville féministe est une ville qui ne laisse personne à la rue. Douze pourcent des personnes sans abri sont des femmes, parfois avec enfants. Nous avons, depuis 2018, créé des haltes pour femmes notamment une au sein même de l'Hôtel de Ville. Nous  multiplierons ces haltes et créerons une pension de famille par arrondissement.

Poursuivre la transition féministe de Paris, c’est mieux prévenir et protéger les femmes et les filles contre les violences machistes. 

La sécurité des femmes et des filles se joue avant tout dans la sphère privée. En 2019, 149 féminicides ont été décomptés en France et le compteur ne s’arrête pas. Nous avons, face à l’omerta d’abord, puis face à l’inconsistance de l’Etat, assumé avec la Ville de paris une politique de prévention et de lutte contre les violences faites aux femmes, dont peu de collectivités peuvent se prévaloir et qui a d’ailleurs été distinguée à deux reprises par ONU-femmes.

J’ai orchestré la création en 2014 de l’Observatoire parisien des violences faites aux femmes. Il coordonne avec les associations et les institutions, des mesures de protection des femmes face aux violences conjugales comme le « téléphone grave danger » ou la « mesure d’accompagnement protégée ».

Nous avons construit des outils de prévention des violences pour les jeunes dont le « Violentomètre » qui a reçu le Prix territoria de l’innovation politique.

Après un très long bras de fer avec un Etat opposé au principe même de lieux d’hébergements dédiés aux femmes et à leurs enfants et qui a réformé comme tel  le financement de l'hébergement d'urgence, nous l’avons emporté et trois nouveaux centres d’hébergement spécialisés verront le jour. Il en faudra encore plus à l’avenir !

Nous avons ouvert avec la Seine-Saint-Denis un lieu dédié aux jeunes femmes de 15 à 25 ans, victimes de violences.

À plusieurs reprises, le Conseil de Paris a interpellé l’Etat pour que nous créions ensemble un lieu de prise en charge globale des femmes victimes de violences à Paris. Une sorte de guichet unique où elles pourraient porter plainte, accéder à une unité médico-judiciaire, à des consultations psychologiques, à un réseau d’associations et de services publics permettant leur mise à l’abri et leur suivi. Ce lieu est indispensable pour mettre fin à l'actuel parcours de la combattante rencontré par les victimes. Vu les résultats très décevants du Grenelle des violences conjugales et l’attitude de Marlène Schiappa, qui pense que tweeter c’est travailler, cette question sera à n’en pas douter un combat difficile, dans lequel nous aurons besoin des Parisien.nes.

Un des grands enjeux est également la prise en charge des enfants témoins ou victimes de violences intrafamiliales, et de violences sexistes et sexuelles. Nous faisons de notre mieux pour protéger les mères, car c’est aussi protéger les enfants. Mais il n’existe pas aujourd’hui de dispositif pluridisciplinaire permettant l’accompagnement social et psychologique des enfants confrontés aux violences. La parole se libère en ce moment sur les enfants victimes de pédocriminalité. En France, 1 fille sur 5, 1 garçon sur 13, vont subir des violences sexuelles dans leur enfance. Le silence règne, rien ne bouge. Nous voulons engager un travail avec l’ensemble des partenaires institutionnels et associatifs, à Paris, pour que cesse ce scandale.  Il s’agit d’une question prioritaire de santé publique.

Poursuivre la transition féministe de Paris, c’est aussi garantir la sécurité et la visibilité des femmes dans l’espace public en tout lieu, à toute heure, dans la tenue de son choix.

L’approche policière est importante. Mais elle ne peut suffire. Nous devons « dépolluer » l’environnement de son fond sexiste, débarrasser Paris d’une fabrication exclusivement masculine de la ville et permettre aux femmes de prendre leur place dans la cité.

Beaucoup reste à faire sur la lutte contre le sexisme ambiant qui favorise les passages à l’acte des agresseurs et l’impunité ensuite. Nous avons construit un programme d’éducation à l’égalité dès le plus jeune âge de la crèche jusqu'aux collèges, lancé une campagne de communication contre le harcèlement de rue, une autre contre la grossophobie, introduit une clause contre les publicités sexistes et discriminatoires dans les contrats de mobilier urbain d’information. Dans la rubrique « outils », je souhaite que nous produisions un « sexistomètre », qui, inspiré du violentomètre et construit avec les associations féministes, ferait la pédagogie des images sexistes qui nous entourent. Il nous faut à présent généraliser cette éducation à l’égalité, auprès des plus jeunes mais aussi des adultes.

La mixité, cela se construit. Nous avons commencé à organiser la reconquête de l’espace public par les femmes. Au plan symbolique, en faisant passer de 4% à 12% le nombre de lieux parisiens aux noms de femmes et de féministes particulièrement. Cette priorité dans les dénominations doit continuer pour atteindre 50/50.

Les mondes professionnels sportifs, et culturels, doivent eux aussi, engager d’urgence la transition féministe ! Je veux continuer à favoriser les projets associatifs d’occupation de l’espace public par les femmes, notamment pour le partage des équipements sportifs, culturels, mais aussi dans les jardins et tous les lieux de sociabilité, quel que soit le quartier.

Une grande fierté de ce mandat, c’est d’avoir rendu possible, avec la Fondation des femmes, la création de la cité de l'égalité et des droits des femmes qui ouvrira le 5 mars prochain sous le nom de « Cité audacieuse ». Paris comptera ainsi parmi les grandes villes du monde à disposer d’un lieu culturel et citoyen, ouvert à tou.te.s, dédié aux cultures et associations de femmes. C’est une victoire pour la visibilité du matrimoine, la création féminine, les luttes féministes, en plein cœur de la capitale. C’est aussi un bon moyen d’accompagner le mouvement féministe en ébullition depuis octobre 2017.

La prise en considération systématique du « genre » dans les grands projets urbains est, j’en suis convaincue, un des principaux domaines d’innovation publique actuels. La Ville de Paris est devenue pionnière en engageant dès 2015 une démarche de prise en compte du genre dans l'espace public et publiant un « Guide réfentiel  » pour les professionnel.les de l'urbanisme et de l'aménagement. Avec des marches exploratoires de femmes, des centaines de mesures d’aménagement de sécurité et de bien-être ont été réalisées. Nous avons introduit pour la première fois en France, un critère de genre dans la rénovation de sept grandes places et revu, avec le plan « Oasis », le partage des cours d'école entre filles et garçons. Faire de Paris la capitale de l’accessibilité universelle ou multiplier les toilettes mixtes dans les quartiers qui en sont dépourvus participent, par exemple, à créer une ville plus égalitaire et inclusive.

Je porterai le fait que ce travail soit systématisé, par exemple pour la rénovation des portes de Paris, et qu’une deuxième édition du guide, basée sur nos expérimentations concrètes, voie le jour dès 2020.

Poursuivre la transition féministe à Paris, c’est y mettre plus de moyens.

Les politiques d’égalité femmes hommes ont un coût. Celles et ceux qui ne parlent pas de budget, ou qui disent que l’on peut faire « à budget constant » véhiculent des fakenews électorales. C’est à son niveau d’investissement que l’on reconnait une ville féministe.

Notre projet est fait de mesures concertées, sérieuses, et financées. Nous nous engageons à doubler le budget dédié à l’égalité femmes hommes et à la lutte contre les discriminations dès 2020. Nous veillerons, via de nouveaux indicateurs, à ce que les investissements de la Ville bénéficient autant aux femmes qu’aux hommes et aux associations de terrain. Je souhaite que ceci se concrétise par la mise en place d’un budget sensible au genre, qui nous permette de corriger les inégalités et d’innover dans toutes les directions.

La transition féministe est aussi une transition budgétaire.

Mon ambition pour les femmes et les filles à Paris, c’est de leur permettre d’être pleinement libres, solidaires, audacieuses et conquérantes, et d’évoluer en sécurité à la maison, au travail, dans les rues et les lieux de sociabilité de la Ville. Le programme qui le permettra est celui de Paris en commun, et les listes qui auront le courage de le mettre en œuvre sont celles du rassemblement de la gauche, dont je suis fière de faire partie aux côtés d’Anne Hidalgo.  

 

 

 

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