Le sport, une priorité pour la lutte contre les violences sexistes et sexuelles

Ce matin, la Ville de Paris organisait sous mon égide et celle de mon collègue Pierre Rabadan, une matinée de sensibilisation des clubs de sport et des agent.es de la ville à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans le sport. Voici mon propos d'ouverture.

Bonjour à toutes et à tous et bienvenu·es à cette matinée de sensibilisation à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles dans le sport.

Je remercie chaleureusement Laurie DELHOSTAL, journaliste sportive, qui a accepté d’animer cette matinée et dont l’engagement dans la lutte contre ce fléau est remarquable. Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que nous nous trouvons ensemble dans un webinaire qui porte sur le sujet ! Merci encore à vous Laurie.

Je tiens également à remercier l’ensemble des intervenantes et intervenants qui vont aujourd’hui partager leur savoir et leur expérience au service de l’égalité, qu’elles et ils soient membres d’associations féministes, de clubs sportifs, chercheuses·chercheurs ou encore personnel de la fonction publique en responsabilité de la lutte contre les violences. Je crois beaucoup à ce mélange des compétences pour construire une culture commune et des actions concrètes qui protègent les femmes et les enfants, premières victimes des violences sexistes et sexuelles.

Un grand merci également à vous, participantes et participants, dont la présence est déjà un engagement. Je vous invite vivement à poser vos questions dans le tchat, sans tabou et sans crainte. Nous prendrons après chaque thématique, le temps d’échanger avec vous.

Alors pourquoi cette matinée de sensibilisation ?

Les violences sexistes et sexuelles et la pédo-criminalité sont malheureusement des phénomènes très répandus. Ils touchent tous les milieux sociaux, sans exception, et tous les lieux de sociabilité, donc le monde sportif également.

Les victimes sont, je le disais, principalement les femmes, les enfants, majoritairement les petites filles et les jeunes filles mais aussi, même si cela est un peu moins répandu, les garçons.

Ces violences sont dans l’immense majorité des cas, le fait de l’entourage des victimes et non d’inconnu·es. L’entourage, ce sont la famille, les relations sociales et amicales, les personnes de l’environnement régulier, dont malheureusement des adultes ayant autorité directe ou symbolique comme cela est souvent le cas dans le sport, mais aussi dans les diverses activités culturelles et éducatives auxquelles nous participons. Les auteurs se retrouvent également dans l’entourage professionnel ou bénévole, ne l’oublions pas.

Je remercie d’avance les associations féministes qui vont ici nous dépeindre plus précisément la situation, et surtout nous donner des clés de compréhension et d’action pour lutter efficacement.

Aussi, ma démarche d’adjointe à la maire de Paris en charge de l’égalité femmes-hommes, c’est de faire de la prévention et d’accompagner les actions des structures parisiennes dans tous les secteurs.

Je remercie Pierre RABADAN qui a tout de suite été très réceptif à cette démarche et qui l’a intégrée immédiatement dans sa feuille de route d’adjoint à la maire de Paris chargé du sport et des Jeux olympiques et paralympiques, notamment dans un plan de lutte contre les violences et les discriminations dans le sport, dont il vous dira très probablement un mot.

Nous avons décidé ensemble de faire du milieu sportif une priorité pour la prévention des violences sexistes et sexuelles, d’une part parce que nous avions, avec l’Observatoire Parisien des violences faites aux femmes, constaté il y a quelques années, en 2017 lors d’une journée interprofessionnelle dédiée au sujet, une forte omerta et des difficultés particulières liées au sport lui-même, tel que construit – cela ne vous étonnera pas, par et pour les hommes.

Béatrice Barbusse qui nous fait à nouveau l’honneur d’être parmi nous avait notamment décrit la rudesse du milieu sportif, ou les violences verbales, l’apprentissage de la souffrance physique, le caractère compétitif de la pratique et la nature des relations entretenues entre les pratiquant·es et les encadrant·es, constitue un terreau favorable au développement des violences sexistes et sexuelles.

Mais si nous souhaitons travailler en priorité avec le monde du sport, c’est aussi, parce que nous sommes persuadés que ce dernier est un outil puissant de la reconstruction pour des personnes qui ont subi des violences, pour se réapproprier son corps, mais aussi son estime de soi, pour soigner les traumatismes physiques et psychologiques.

Et je pense réellement que ce que certaines appellent le « moment #MeToo » et la libération de la parole et de l’écoute face aux violences – y compris dans le sport avec par exemple le livre de Sarah ABITBOL ou le documentaire de Marie PORTOLANO, ont soulevé une prise de conscience très large qui nous aidera à accélérer le mouvement.

D’ailleurs, j’en prends pour preuve la mise en place de la cellule ministérielle de signalement des violences, dont le dernier bilan en avril dernier faisait état de

  • 445 personnes mises en cause – des agents publics, des professeurs d’EPS et des éducateurs professionnels ou bénévoles ;
  • dans 48 fédérations ;
  • dans 65% des cas, des victimes de moins de 15 ans ;
  • et dans l’immense majorité des cas, dans des clubs de proximité (seulement 25 signalements concernaient le haut niveau).

Je remercie de sa présence Mme Fabienne BOURDAIS, Déléguée ministérielle en charge de  la lutte contre les violences dans le sport, qui nous informera des suites de ce travail important.

Je veux croire que déjà les victimes se sentent un peu plus légitimes à s’exprimer, sont plus crues, et j’espère que notre travail ici convaincra très largement que la meilleure réponse pour une organisation est de faire face à la question et de la traiter, malgré les conséquences difficiles que cela entraine. Je pense sincèrement que la révélation des violences et la réponse ferme d’une structure est la seule valable pour la reconstruction des victimes, mais aussi, dans l’après  #MeToo, celle qui préservera l’image du sport et de l’organisation.

C’est en tout cas le sens des mesures prises par la Ville de Paris pour accompagner les professionnel·les et bénévoles, les clubs, les associations, dans la mise en place de dispositifs efficaces de lutte contre ces violences.

Le Conseil de Paris, sur proposition du groupe communiste et de Nicolas BONNET-OULADJ, a décidé en décembre dernier, de mettre en place des formations pour les clubs.

Le Service égalité, intégration, inclusion, et notamment l’Observatoire parisien des violences faites aux femmes, notre structure experte à la tête d’un réseau large d’acteurs spécialisés, avec l’appui de la Direction de la jeunesse et des sports, lancera donc un marché dans les jours à venir, pour subventionner des associations capables de proposer aux clubs des temps de formation et, pourquoi pas dans un second temps, une sorte de mallette pédagogique et des conseils pour mettre en place des dispositifs de prévention, détection, prise en charge des victimes et sanctions des auteurs.

Pierre RABADAN reviendra sûrement sur ce que cela impliquera comme obligations pour les clubs, notamment pour pouvoir être conventionné par la Ville de Paris. Je pense que cette politique incitative est la bonne voie pour avancer.

La formation des professionnel·les est indispensable pour développer les connaissances et les compétences sur les mécanismes des violences, les manières de les détecter, les manières de recueillir la parole des victimes, de gérer à l’échelle de sa structure des situations très difficiles face auxquelles on se sent impuissant si l’on n’a pas les méthodes et qui dans tous les cas, sont éprouvantes collectivement.

Au final, rares sont les personnes dont les carrières professionnelles ou bénévoles dans le sport, mais je dirais dans tous les cadres collectifs de ce type, qui ne sont jamais confrontées à ces problèmes. Donc il faut considérer que cela doit faire partie de la formation de base des encadrant·es.

Les formations sont également un outil efficace pour favoriser l’interconnaissance entre professionnel·les, membres d’associations, agents et agentes de structures aboutissant à la mise en réseau, pour des partenariats fructueux dans l’intérêt des femmes et des enfants victimes de violences.

La matinée que nous entamons aujourd’hui a été construite dans cet esprit, et j’espère qu’elle vous sera utile.

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Je vous remercie et je laisse la parole à Pierre RABADAN, que je remercie une nouvelle fois pour son engagement en faveur de l’égalité femmes-hommes dans le sport.

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