Violences faites aux femmes: les financements de l’État, c’est pour quand?

Le Conseil de Paris a voté 500 000 euros de subventions aux associations de lutte contre les violences faites aux femmes. Un choix consensuel... sauf pour les élu·es LREM.

La crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19 a révélé la valeur du travail des femmes mais aussi l’exacerbation des inégalités et des violences. Les « premières de corvée », ces salariées indispensables au maintien à flot du pays, les mères épuisées par leur triple journée, les femmes précaires, les mamans solos, les victimes de violences intrafamiliales, toutes le disent : elles sont épuisées.

Les violences dans les couples et envers les enfants ont partout augmenté dans les pays confinés. Le 3919 a reçu deux fois plus d'appels pour violences conjugales que sur la même période en 2019 et le 119 une hausse de 35% par rapport à l'année dernière. A Paris, la Préfecture de Police a enregistré 21% d'augmentation des interventions à domicile pour violences conjugales pendant le confinement. Parallèlement, le nombre de plaintes a baissé, selon le Ministre de l'intérieur, de 39% au niveau national. Tout laisse présager une forte augmentation des demandes de protection dans les semaines et les mois à venir.

Lors du Conseil de Paris consacré ce 18 mai à la situation sanitaire, à la mise en œuvre du déconfinement et à l'adoption d'un important plan de soutien aux acteurs économiques, associatifs et culturels, j'ai présenté des subventions aux associations de lutte contre les violences faites aux femmes en hausse pour la 3e année consécutive, de 32 % pour 2020 soit près de 500 000 euros dédiés à l’écoute, l’orientation, l’accompagnement, la mise en sécurité et la reconstruction pour des victimes de toutes les formes de violences de genre. Depuis 2017, je suis fière que ce budget ait quasiment doublé grâce à la volonté de l’exécutif et des groupes de la majorité municipale.

L’immense majorité de notre assemblée a adopté ces subventions, à l’exception notable d'élue·s LREM. En toute honnêteté, ce choix d'élu·es de la majorité présidentielle de ne pas soutenir l'engagement financier de la Ville de Paris aux côtés des victimes de violences est incompréhensible. Personne, depuis #Metoo, ne peut ignorer l'ampleur du phénomène, alors que tous les indicateurs sont au rouge dans le pays et alors que la secrétaire d'État en charge de l'égalité entre les femmes et les hommes est elle-même candidate aux élections municipales à Paris. Ces subventions aux associations sont habituellement votées à l'unanimité !

Il faut croire que le refus d'augmenter réellement le budget dédié à la lutte contre les violences conjugales est valable à tous les étages chez LREM. Les femmes et les associations payent au quotidien l’indigence des moyens d’État alloués à la protection des victimes. Dans une tribune parue dans Le Monde le 7 avril dernier, un collectif de chercheuses spécialistes des violences de genre et des institutions judiciaires rappelait :  «En temps normal, le système est déjà asphyxié. Cela fait vingt ans qu’en matière de violences conjugales, l’État vote des lois sans engager les dépenses qui les rendraient efficaces ». Aux côtés des associations, je continue de demander le déblocage d'un milliard d'euros pour un plan national dédié à la lutte contre les violences.

Lorsque le confinement a commencé, les dysfonctionnements étaient là, faute d'investissement de l' État les dispositifs étaient saturés, et le vernis du Grenelle des violences conjugales craquait déjà de toutes parts.

Le gouvernement a renforcé les moyens de communication et d'alerte à destination des victimes et des témoins. C'est indispensable et la Ville de Paris a d'ailleurs de son côté très rapidement recensé et diffusé les ressources disponibles pour les femmes victimes de violences durant le confinement. Mais le bilan des initiatives gouvernementales est contrasté, selon une enquête de la cellule investigation de Radio France, avec un dispositif d’alerte dans les pharmacies ou des permanences dans certains centres commerciaux qui n'ont pas trouvé leur public. A Paris, l'unique point d'accueil a surtout permis de sensibiliser témoins ou passants. Bref, l'urgence est de donner directement aux associations et aux services publics davantage de moyens pour agir.

L’éviction du conjoint violent doit être la règle. En accord avec le Procureur de Paris, le nombre de téléphones grave danger a été porté de 30 à 40 pour 2020. En urgence, la Ville de Paris a financé avec l’État 11 nouvelles places d’hébergement pour les auteurs de violences et un accompagnement par l’association APCARS. Le gouvernement a annoncé l’installation de deux centres spécialisés pour les auteurs de violences par région, cet engagement doit être rapidement tenu.

De toute urgence, un renfort conséquent de moyens et de formation doit aussi être apporté à la police et à la justice.

Le 17 mars, alors que tout le monde voyait venir la hausse des violences dans les foyers confinés et que nous savions que les plaintes et les circuits classiques de repérage des situation de danger seraient difficilement mobilisables par les victimes, tous les lieux d'hébergement sécurisés étaient déjà saturés à Paris.

J'ai été franchement choquée par l'annonce de Marlène Schiappa de mettre à disposition 20 000 nuitées d'hôtel. En divisant ce nombre par les 101 départements et les 55 nuits du confinement, on atteint 3,6 mises à l'abri potentielles par département, sans accompagnement spécialisé pour les victimes, sans sécurité particulière dans ce moment de rupture très dangereux, sans perspective de relogement pérenne. Voilà à quoi en est réduit la Grande cause nationale du quinquenat. Le monde associatif, notamment la Fondation des femmes et la FNSF, ont fait mieux et plus vite.

Inquièt·es, avec Anne Hidalgo et Ian Brossat, nous avons fait le choix de mettre en place un protocole exceptionnel de mise en sécurité des victimes pendant le confinement. Ce sont 18 Parisiennes et 36 enfants en danger qui ont pu bénéficier d’un logement et d’un accompagnement psycho-social par les associations Halte Aide aux Femmes Battues (HAFB), Libres Terres Des Femmes (LTDF), Elle’s imagine’nt, l'Union régionale Solidarité Femmes et Aurore. Ils et elles sont à l’abri dans des logements aux adresses tenues secrètes, pendant 3 mois c'est-à-dire le temps de travailler à leur relogement dans le parc parisien.

Paris est au rendez-vous et le sera tant qu'il le faudra. Mais nous devons nous mobiliser toutes et tous pour demander au gouvernement : les financements de l'État pour en finir avec les violences, c'est pour quand ?

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