En finir avec le harcèlement de rue !

Les femmes représentent 53 % des Parisien·nes. Pourtant dans l'espace public, elles expérimentent toutes les sentiments d'insécurité et d'exclusion. Ce n'est pas une fatalité, mais il faut prendre la question au bon niveau.

Aller et venir en toute liberté, se sentir en sécurité et à sa place à toute heure, partout et dans la tenue de son choix est un droit qui est trop souvent entravé pour les femmes. Plus de 80% des femmes déclaraient en mars dernier avoir déjà subi des violences sexistes et sexuelles dans l’espace public et 100% dans les transports franciliens selon une précédente étude. Quels que soient le quartier, la classe, les origines et les orientations idéologiques des victimes comme des auteurs, leur point commun à toutes est d’avoir fait l’expérience d’un sentiment d’insécurité et d’exclusion de l’espace public.

Ce n’est pas une fatalité, mais il faut une approche globale et des moyens à la hauteur pour enrayer le phénomène. 

La réponse judiciaire est importante, mais les moyens insuffisants. En région parisienne, le nombre de procédures engagées pour outrage sexiste est passé de 31 en 2018 à 140 en 2019 (dont 84 à Paris). La secrétaire d’État a annoncé le développement des comparutions immédiates et souhaite développer le dispositif Angela (qui existe depuis quelques années à l’étranger et dans un réseau de lieux festifs) permettant aux victimes de demander de l’aide chez les commerçant·es. Mais à Paris, au sein de la police nationale dont c’est la compétence, les agents ne passent que 2,5 % de leur temps de travail sur le terrain. Il y a un fort besoin de présence qui ne peut être réglé sans embauche, sans formation des fonctionnaires de police. C’est pour cela que les associations ont raison d'interpeller le gouvernement sur les moyens financiers et humains qui devraient accompagner les annonces.

Comme toujours en matière de violences, punir ne peut suffire, il faut prévenir. Lutter contre le harcèlement de rue demande une révolution culturelle, une transition féministe. Seule une politique s’appuyant sur le long terme, permettant d’agir en transversalité dans plusieurs secteurs clés, pourra mettre fin à ce fléau.

Et pour cela, la ville peut agir. Les pistes explorées sous ce mandat ont fait de Paris une ville pionnière, mais beaucoup reste à faire.

En matière de prévention, à Paris, nous avons construit, avec les associations, un programme d’éducation à l’égalité dès le plus jeune âge, afin de sensibiliser les enfants et ados sur l’égalité femmes-hommes et la lutte contre les discriminations. Nous avons lancé en 2016 une vaste campagne de communication contre le harcèlement de rue avec le Conseil parisien de la jeunesse. Et nous avons combattu avec vigueur les publicités sexistes sur nos murs, notamment en introduisant une clause dans les contrats d’utilisation des mobiliers urbains d’information.

Nous avons commencé à organiser la reconquête de l’espace public par les femmes et la promotion du matrimoine. Au plan symbolique, en faisant passer de 4% à 12% le nombre de lieux parisiens aux noms de femmes et de féministes particulièrement. Avec déjà deux éditions d’un forum féministe parisien, et l’ouverture en mars dernier de la « Cité audacieuse », Paris compte parmi les grandes villes du monde à disposer d’un lieu culturel et citoyen, ouvert à tou·tes et œuvre pour la visibilité du matrimoine, de la création féminine, les luttes féministes. Les mondes professionnels sportifs et culturels, doivent eux aussi s’engager. Les jeux olympiques et paralympiques de 2024 seront une occasion de porter le sport féminin et de faire de la sensibilisation à l’égalité auprès des publics très divers qui se rassembleront autour de cet événement majeur.

Enfin, je crois beaucoup à l’urbanisme féministe pour que la ville soit adaptée aux femmes et aux filles. La prise en considération systématique du « genre » dans les grands projets urbains est un des principaux domaines d’innovation publique qui permettra de prévenir les violences. La Ville de Paris a engagé des marches exploratoires de femmes suivies d’aménagements de sécurité et de bien-être dans leur quartier, mais aussi avec pour la première fois en France, l’inclusion d’un critère de genre dans les cahiers des charges des urbanistes et architectes. Pour les projets urbains futurs, et notamment la rénovation des portes de Paris, cette démarche inclusive doit être systématisée !

 

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