Retour sur la démarche de la Ville de Paris contre les publicités sexistes

Mon discours lors du colloque «Pour un Paris sans pub sexiste» organisé par la Ville de Paris le 27 juin 2018 avec associations et professionnel·le·s qui s'engageaient «à veiller à ne pas créer, diffuser, soutenir, toute publicité utilisant des stéréotypes sexistes et des représentations dégradantes, dévalorisantes, déshumanisantes et vexatoires des femmes et des hommes et des rapports entre eux».

Monsieur Ariel Weil, Maire du 4ème arrondissement de Paris,

Mesdames, messieurs les élu.e.s,

Mesdames les représentantes, messieurs les représentants des associations, des agences de communication et de publicité,

Mesdames, messieurs,

 

Je suis très heureuse d’ouvrir ce colloque « Pour un Paris sans pub sexiste » organisé avec le soutien du club des directeurs artistiques et en partenariat avec Mad and Woman, et je remercie ici Charline Philipe et Christelle Delarue fondatrice de cette agence, et le concours de la Brigade Anti-sexiste, des Chiennes de gardes et je salue et remercie ici Marie-Nëlle Bas, présidente de cette association, de Toutes femmes, toutes communicantes avec Laurence Beldowski et Pauline Reverdy que je remercie vivement, d’Osez le féminisme avec Céline Piques que je salue et bien entendu avec le Service égalité, intégration et inclusion de la Ville de Paris et je finis en remerciant pour tout son travail Christine Guillemaut, cheffe de projet dans ce service.

 

Je vous remercie toutes pour votre mobilisation, et je m’excuser d’avance si j’en ai oublié certaine.

 

Je salue chaleureusement tous les intervenantes et intervenants qui vont nous faire profiter de leurs expériences et je les en remercie : Edouard Martin, député européen et ma collègue Carine Petit Maire du 14ème arrondissement de Paris, Françoise Vouillot du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, Anaïs Lançon du Groupe RATP, Carole Brozyna-Diagne et Jean Dominique Hietin pour JC Decaux, Kee-Yon,  humoriste, et Gérard Biard, rédacteur en chef de Charlie Hebdo, qui nous feront l’honneur d’une chronique et tous nos spécialistes de la communication et de la publicité : Sylvie Pierre Brossolette du CSA, Gilles Deléris du club des directeurs artistiques, Anne Bonaillie pour Procter et Gamble, Bruno Delhomme pour l’agence St John’s, et Marie-Eve pour l’agence BETC.

Elles et ils vont vous êtres présenté.es lors de chaque table ronde par l’animatrice de notre colloque Christelle Delarue.

 

Depuis 2015, la Ville de Paris réfléchit et travaille à la construction d’un espace public parisien vraiment égalitaire. Un espace public débarrassé des violences, des stéréotypes sexistes et des multiples oppressions qui en font encore aujourd’hui, en 2018, un lieu d’inégalités conçu par et pour les hommes. Pour développer une réflexion et une politique publique, nous avons organisé deux séminaires et édité en octobre 2016 un guide référentiel sur le  genre et l'espace public ».

Un guide qui s’adresse aux urbanistes et aux aménageurs. Avec pour objectif de les accompagner dans la mise en œuvre de choix urbains qui répondent à l’impératif d’égalité et mixité dans l’espace public et à rendre les villes plus adaptées à tous les usages.

 

 

 

Dans ce cadre, la Mairie a également lancé en 2016 une campagne contre le harcèlement de rue, campagne qui semble atteindre ses objectifs puisque je viens de donner mon accord pour qu'elle soit reproduite dans certains manuels scolaires à la rentrée prochaine.

 

Dans chacune de ces démarches, la question des représentations est revenue de manière très récurrente comme l’un des points prioritaires sur lequel nous devons agir pour stopper les violences et les inégalités dans l’espace public. Ces représentations nous sont aussi imposées dans l’espace public par le biais des affiches publicitaires.

Des images qui participent à renforcer, voire à forger chez les plus jeunes les représentations que nous avons de nous-même, de la société et des autres.

Ces publicités, malgré les contrôles et les règles en vigueur et même si beaucoup estiment qu'elles ne sont qu'un reflet de notre société, choquent à intervalle régulier les citoyennes et citoyens parisiens.

 

Elles sont parfois violentes, souvent stéréotypées et les représentations qu’elles véhiculent peuvent être très sexistes et néfastes.

L’espace public parisien ne se situe pas que dans les rues, c’est un continuum qui est partout, dans les transports, le métro, les tunnels, les magasins, les gares etc…

Je suis convaincue que pour progresser véritablement à ce sujet, il faudrait une loi.

Une loi pour, a minima, étendre à l'affichage la surveillance désormais prévue pour l'audiovisuel et, si possible et comme le revendiquent les associations féministes depuis si longtemps, enfin caractériser le sexisme publicitaire.

Dans l'intervalle, nous nous servons du pouvoir et du mandat que nous avons pour prendre des initiatives et pour mener une politique volontariste au niveau de la Ville de Paris.

 

En effet, force est de constater que certaines affiches présentes dans l’espace public ne correspondent toujours pas à ce que l’on peut attendre d’une ville inclusive, respectueuse et moderne comme la Ville de Paris.

Par exemple, la dernière campagne de l’entreprise Saint Laurent, exhibant des femmes dénudées, soumises, aux corps extrêmement maigres et contraintes à des positions dégradantes, a choqué les Parisiens et les Parisiennes ainsi que toute la France.

Elle a provoqué un scandale qui s’est finalement traduit par le retrait de la publicité des rues de Paris.

 

Les conséquences de ces publicités stéréotypées et dégradantes sur représentations des femmes sont réelles et graves. Réduire les femmes à un corps ou seulement à des tâches domestiques participe à entretenir le sexisme ordinaire.

Cette banalisation influence les mentalités de chacune et chacun ainsi que notre imaginaire collectif quant aux rôles des femmes, des hommes et des relations entre eux. Ce sexisme participe au continuum des violences faites aux femmes dont les conséquences peuvent être dramatiques : une femme tuée tous les deux jours et demi en France par son compagnon ou ex-compagnon.

 

En outre, l’idée induite selon laquelle le désir des hommes prime sur celui des femmes impacte les jeunes filles et affecte gravement leur possibilité d’autodéterminer leur sexualité. La présentation du corps féminin simplement en tant qu'objet décoratif ou comme un moyen d'attirer l'attention diminue le respect des femmes pour elles-mêmes et néglige d'autres aspects de leur personnalité et de leurs capacités.

Avec la Maire de Paris, Anne Hidalgo, nous avons été très attentives à la politique du Maire de Londres, Sadiq Khan à ce sujet.

Son initiative concernant la lutte contre les représentations irréalistes du corps, en particulier des femmes est une mesure tout à fait intéressante.

Cet engagement, comme d’autres villes d’Europe montre que l’avenir de nos villes passe bel et bien par un espace public inclusif, non-sexiste, tourné vers la modernité et le progrès.

 

Suite à la campagne Saint-Laurent qui donnait à voir des femmes dans des postures lascives et inertes, avec plusieurs associations nous avons signé une tribune « En finir avec les publicités sexistes ! » publiée dans le JDD le 18 mars 2017 qui disait alors :

 

« Il est donc urgent que toutes et tous les actrices et acteurs : politiques, publicitaires, afficheurs, collectivités locales se mobilisent pour montrer l’exemple en s’engageant publiquement, symboliquement, et en première ligne si besoin, dans le combat contre les publicités sexistes. C’est la garantie de marquer un véritable tournant dans les représentations des femmes dans l’espace public, un progrès de société qui passe par des représentations à égalité des femmes et des hommes. »

Fin mars 2017 à l’occasion de l'adoption du nouveau contrat de mobilier urbain d’information entre la Ville de Paris et JCDecaux, l’entreprise SOMUPI, filiale de JCDecaux et du Groupe Publicis, détentrice de ce contrat, a répondu de façon constructive et positive à l’enjeu posé par la Ville de lutter contre les publicités sexistes et discriminatoires.

 

Aussi, nous avons ajouté une clause afin de répondre aux attentes légitimes pour lutter contre les stéréotypes de genre et les violences subies par les femmes dans l’espace public.

Même si ce contrat n’a plus lieu d’être, cette position est à saluer et a permis de poser le débat en grand et de lancer notre démarche collective contre les publicités sexistes à Paris.

 

A la suite du vote en Conseil de paris du nouveau contrat avec cette nouvelle clause, j’ai proposé de rencontrer tous les acteurs institutionnels, professionnels, les afficheurs, les associations, les marques, les écoles de publicité et de communication afin de nous mobiliser autour d’une même volonté : aller plus loin que la loi dans la lutte contre les publicités sexistes à Paris.

 

Il est apparu lors des différentes rencontres, qu’il était nécessaire d’une part de rappeler ce qu’est le sexisme, où se nichent les stéréotypes sexistes et leurs conséquences. Et qu’il fallait d’autre part aider à se faire rencontrer tous les actrices et acteurs de la communication et de la publicité.

 

C’est ainsi que l’idée d’un colloque est né avec l’ouvrage constant d’un groupe de travail qui a permis d’en édifier les tables rondes qui vont vous être présentées par Christelle Delarue.

 

Je vous remercie encore de votre présence, j’espère de nombreux échanges de bonnes pratiques afin d’avancer dans ce combat contre les publicités sexistes et contre le sexisme en général.

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