Nuit Debout : et les familles ?

Si on veut élargir Nuit Debout, il faudrait réfléchir à l'intégration des pères et mères de famille qui ne peuvent lâcher leur progéniture à 18h et, plus largement, penser à tous ceux qui n'ont pas la mobilité nécessaire pour rejoindre les places publiques.

 

Je viens d’écouter une partie du live de Mediapart sur Nuit debout. L’une des questions des participants est : comment élargir le mouvement ? Comment faire converger les luttes de ceux qui ne sont pas encore Place de la République (et ailleurs) ?

 

 

J’aimerais apporter une modeste contribution en me demandant pourquoi moi, je n’y suis pas. Certes pas parce que ce mouvement ne m’intéresserait-pas. Je ne crois pas de ma vie avoir vu en France, à portée de main, quelque chose de plus enthousiasmant, quelque chose de plus proche de la façon de vivre la politique à laquelle j’aspire. Et pourtant, je n’y ai pas encore mis les pieds. Je veux le faire, je pense le faire, je finirai par y arriver, mais, le constat demeure : je n’y suis pas et je me contente, pour l’heure, d’écouter ce qui s’y fait par Arrêt sur Images et Mediapart interposés. Pourquoi ?

 

 

La première raison tient à une vie très remplie, un emploi du temps où les espaces vides ne sont pas légion. Mais ce n’est pas la véritable raison : cela pourrait expliquer que je ne puisse y consacrer trop de temps (j’ai la faiblesse de dormir la nuit) mais pas que je n’y sois pas allée. Pas plus que ma domiciliation dans la région lilloise puisque, si la Nuit Debout de Lille n’a pas été parmi les toutes premières, elle existe déjà depuis quelques temps et, comme je m’intéresse vraiment au mouvement, je le sais depuis quelques temps.

 

 

Je crois que la vraie raison tient à mon statut de mère de famille. Les assemblées générales à 18h30, c’est très bien pour permettre à une grande partie de salariés de venir mais... 18h30 c’est l’heure de préparer le repas, 20h l’heure de les coucher et après il faut bien veiller sur leur sommeil. Je ne formule pas une critique. À tout prendre, les arguments que j’ai entendus pour défendre cet horaire me semblent tout à fait acceptables. Mais si on veut généraliser le mouvement, il me semble nécessaire de s’interroger sur ce qui bloque l’accès de telle ou telle catégorie de personnes. Or je pense qu’il serait intéressant de s’intéresser à la façon de faire venir les familles, celles qui ont des enfants qui ne sont pas en âge de se gérer seuls. Il s’agit, après tout, d’une part importante de la population. Pour cela il me semble nécessaire de proposer des assemblées générales en journée au moins le weekend et de réfléchir à la place des enfants dans l’espace public. Je crois que ce serait également une piste pour renforcer la représentation des femmes car on sait bien que les femmes sont aujourd’hui encore davantage investies auprès des jeunes enfants que les hommes. Si on veut vraiment renouer les liens distendus de notre société, je crois qu’il faudrait laisser une place aux familles et à l’enfance. Mais peut-être existe-t-elle plus que je ne le crois déjà aujourd’hui, je serais vraiment ravie de l’apprendre.

 

 

Au delà de la question spécifique des mères et pères de famille qui ne peuvent lâcher leur poste de parent de jour comme de nuit, se pose la question de tous ceux qui ne peuvent se déplacer : handicapés, alités, isolés... J’entends l’importance de la manifestation en chair et en os sur la place publique mais, tout en affirmant et développant ces rencontres physiques, ne pourrait-on pas accepter que le mouvement existe par internet, ne serait-ce que pour agréger tous ceux qui ne pourront jamais venir ? Là encore, je n’ai peut-être pas su chercher, mais je n’ai trouvé que des outils d’organisation des luttes extérieures, pas de véritable moyen de participer à distance, voire un refus de cette participation à distance, de peur que les gens ne se déplacent pas. Je comprends cette peur mais je crois que c’est se priver d’un outil inédit de mobilisation et exclure, de facto, une partie de la population.

 

 

J’insiste sur le fait que je ne critique pas ce qui existe : je trouve cela formidable. J’essaye simplement d’ouvrir les pistes que mon expérience personnelle suggère et je prends la parole là où je le peux et comme je le peux, en attendant de le faire peut-être bientôt sur une place publique.

 

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