Lire Goethe et Hafez après le 13 novembre

En Hafez, poète persan du XIVème siècle, Goethe avait reconnu la part d’Orient qui l’habitait, lui, le poète d’Occident. C‘est cette part d’Orient en nous que, doublement suicidaires, les fanatiques du 13 novembre ont voulu éradiquer. Alors, il faut lire Goethe et Hafez ou les écouter puisqu'Abed Azrié, musicien d'Orient et d'Occident, a mis leurs textes en musique et en résonnance.

 

  • Ivres, il faut que nous le soyons tous.
  • La jeunesse, c‘est une ivresse sans vin.
  • Si en buvant l’âge redevient jeunesse
  • C’est merveilleuse vertu.
  • De nous donner des soucis, notre chère vie se soucie
  • Et le brise-souci, c‘est la vigne.
  •  
  • La question ne se pose même plus,
  • Le vin est sérieusement interdit.
  • Si, toutefois, tu devais en boire,
  • Ne bois que les meilleurs crus!
  • Tu serais deux fois hérétique
  • A te faire damner pour de la piquette.
  •  
  • (Trunken müssen wir alle sein!
  • Jugend ist Trunkenheit ohne Wein;
  • Trinkt sich das Alter wieder zu Jugend,
  • So ist es wundervolle Tugend.
  • Für Sorgen sorgt das liebe Leben
  • Und Sorgenbrecher sind die Reben.
  • Da wird nicht mehr nachgefragt,
  • Wein ist ernstlich untersagt.
  • Soll denn doch getrunken sein,
  • Trinke nur vom besten Wein!
  • Doppelt wärst du ein Ketzer
  • In Verdammnis um den Krätzer.)

Cette ode à l’ivresse et au vin qui est aussi - et surtout - une ode à la vie d‘ici-bas, est tirée du Livre de l’échanson – Saki Nameh – l’un des douze livres qui composent le Divan occidental-oriental  (West-östlicher Divan) de Goethe.

 Ce recueil, le plus important qu’il ait écrit, nous le devons à l’admiration que Goethe avait conçue pour l’oeuvre poétique de Hafez, mystique persan du XIVème siècle, dont il se disait le jumeau occidental. Comme Hafez et inspiré par lui, Goethe dans son Divan chante la création et les créatures, l’amour, la poésie et le vin.

 En Hafez, Goethe avait reconnu la part d’Orient qui l’habitait, lui, poète d’Occident. C‘est cette part d’Orient en nous, justement, que, doublement suicidaires, les fanatiques du 13 novembre ont voulu éradiquer. A la kalachnikov. Se doutaient-ils seulement, déculturés qu’ils étaient, que c’était Hafez, aussi, et Goethe qu’ils assassinaient?

 Alors, après le 13 novembre, contre l’obscurantisme et la terreur, il nous faut les lire et relire. Et, pourquoi pas, les écouter, aussi, puisqu’on le peut désormais : fidèle à leur enseignement, Abed Azrié, compositeur d’Orient et d’Occident – il est d’origine syrienne - a mis leurs textes en musique et en résonnance.

Après le 13 novembre, écoutons donc le Hâfez & Goethe: Divân d’Abed Azrié. Et méditons ces vers de Goethe:

  •  Celui qui se connait et lui-même et qui connait les autres
  • Reconnaîtra ici ceci:
  • L’Orient et l’Occident
  • Ne peuvent plus être séparés
  •  
  • (Wer sich selbst und andre kennt
  • Wird auch hier erkennen
  • Orient und Occident
  • Sind nicht mehr zu trennen)

 

 

 

 

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