Rassemblement des cheminots à Lille devant le Conseil Régional

L’abandon du service ferroviaire et la déresponsabilisation de l’Etat fait suite à une longue série de privatisations – l’électricité, le gaz, les Télécoms, la Poste, etc. Derrière cette énumération généraliste, se cache un modèle de société en plein effondrement : celui d’un service public et, avec lui, les droits sociaux et la qualité qui y étaient associés.

En ce vendredi 23 octobre 2020, les cheminots se rallient afin de défendre ce qu’il reste de l’entreprise ferroviaire publique française. L’ouverture à la concurrence, prévue pour 2021 en région Hauts de France représentera une perte des droits acquis pour les salariés mais aussi beaucoup d’incertitudes concernant les usagers. « Il s’agit d’un choix politique », rappelle d’emblée l’un des cheminots, « notre service public, notre bien commun, est bradé ». 

Ce matin, l’amertume règne malgré la musique et quelques discours pointant l’espérance timide d’un ultime changement de cap : « on voudrait que Xavier Bertrand réponde enfin à nos questions aujourd’hui ; le conseil régional a lancé un appel à candidatures invitant les entreprises ferroviaires concurrentes à se positionner, leur retour devait se faire pour le 21 octobre, il a été reporté à cause de la crise sanitaire ».

« Nous souhaiterions maintenir une unicité dans les transports en cas d’aléas » or l’ouverture à la concurrence est avant tout promesse de fragmentation des services et d’augmentation des prix, puisque, de toute façon, « le Conseil Régional ne souhaite pas engager plus de budget dans les transports, cela nous a été dit »

Ce qui est avancé m’interpelle : toutes les politiques actuelles prétendent donner une place de choix à l’écologie, pourtant, on assiste à l’effondrement programmé des transports publics –« la volonté de subventionner les camions plutôt que les trains est impliquée par le système choisi ».

L’un des cheminot déclare : « on organise la pénurie du service public et l’envolée des prix ; on remet en cause le droit du transport pour tous donc ce n’est pas seulement pour les collègues et moi que je m’inquiète mais aussi pour les voyageurs ». La SNCF, opérateur historique, souffre de mauvaise presse depuis des années en même temps qu’elle subit une division massive des services et une déshumanisation globalisée ; elle est pourtant garante de la sécurité des passagers et offre une cohérence du réseau. « Nous assistons à une mise en œuvre programmatique permettant de privatiser l’argent public : la mise en concurrence est présentée par le gouvernement comme le seul remède à tous les maux mais c’est en réalité le coup de grâce final ». À partir de décembre 2020, les liaisons faisant l’objet d’une convention avec l’État ou la région seront ouvertes à concurrence, cela s’étendra aux lignes TGV. « Si l’Etat est actionnaire mais n’est plus majoritaire, tout est remis en question ».

Le conseil régional a clairement revendiqué sa volonté de diminuer les effectifs ce qui impliquera moins d’entretien des rails, des trains sans contrôleurs, la fermeture de lignes et cette mise en place de la concurrence. A l’inverse, les cheminots défendent une modernisation des postes sur des périmètres à taille humaine afin de garantir la sécurité et la fluidité des services.

 Deux témoignages recueillis ici, nouvel épisode d’LN&lesGlaçons : https://audioblog.arteradio.com/blog/149250/podcast/154690/rassemblement-des-cheminots-a-lille-contre-l-ouverture-a-la-concurrence

 Hélène Courtel

 

 

 

 

 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.