Le COVID m'a fait trébucher....

Le covid m'a fait basculer dans une autre aspiration de vie, dans un besoin de radicalité.

Le covid m'a fait basculer dans une autre aspiration de vie, dans un besoin de radicalité.

Je suis écolo depuis l’âge de 16 ans, j’en ai 54. J’adapte mon quotidien au fil de l’eau depuis moultes années, un pas à pas obstiné, lent mais têtu. Je milite le plus que je peux (amap, botanique, coquelicot, pisseurs…)

J’ai été très surprise de la décision du confinement, la vie avant le business ? Incroyable, je rêve ? Une sensation de respect de tout un chacun…. Sauf ceux qui sont restés sur-exposés.

Le premier confinement a plutôt été zen, voir magique : une méga pause quasi irréelle où TOUT s'arrête. Un silence incroyable, égayé par les oiseaux, on sentait la paix vibrer au fond de l'air. Une générosité de temps investi dans un jardinage intensif : on a doublé la surface du potager. J'ai la chance d'habiter une région magnifique, à la campagne, jardin, baies vitrées : habiter au sein d’un paysage est un vrai luxe quotidien. J’avais conscience d’être privilégiée, mais là je l’ai revisité, en pensant aux urbains, à mes amis restés vivre sur Paris dans 30 à 50m2. Paris, que j’ai fui dans les années 2000.

Quelques peurs, les premiers jours, le temps de voir que oui, c'est juste une très méchante grippe, mais ce n'est ni ébola, ni la peste. La faim tue plus que le covid alors que la solution est si simple. Donc précautions-préventions mais pas de peur excessive, une confrontation avec notre mortalité que l'on oublie trop souvent dans notre monde zéro-risque aseptisé.

Bilan : cette première vague a plutôt renforcé l'écologie ;  on nous rit moins au nez. Le covid a rappelé que nous sommes peu de chose face aux éléments et que nos sociétés sont fragiles, tant elles sont peu résilientes, tant les égoïsmes meublent le quotidien plutôt que la solidarité. Un cas pratique de mini effondrement civilisationnel? Un aperçu en tout cas.

Du coup j'ai renforcé ma résilience locale, j'ai initié de nouvelles  relations pour tisser de nouveau liens. Sur les réseaux, je me suis beaucoup investie dans l'espoir du monde d'après avec enthousiasme et excitation, vite douché. Cette pause m'a fait plein de cadeau, découverte de petits coins sauvages tout près de chez moi, nouvelles personnes, nouveaux projets...

 

Le deuxième confinement m'a fait trébucher : jongler entre maison, famille et télétravail est usant sur le long terme et là pas de coupure pour souffler, il faut tenir. Les peurs sont démesurées, les mesures aussi, les infos sont disparates, contradictoires, on doute de tout, l'impact économique et psychologique de ces choix obtus est dément, tout cela manque de sens, de pragmatisme, de justice, un sentiment d'absurdité m'envahit. L'excès d'autoritarisme de l'Etat, repris localement, mais aussi la radicalité des mesures en entreprise, la charge physique du confinement, la froideur du télétravail me pèsent, je commence à appréhender mes journées, mes semaines sont trop longues. Je marche le plus que je peux, je fais de la cohérence cardiaque pour tenir....

Parallèlement, les alertes sur l'impasse environnementale pleuvent dans les médias, les livres aussi. Je sais que depuis que le GIEC est passé à 7°C, mon optimisme vacille malgré mon militantisme actif. 7° : c'est l'enfer généralisé, plus rien ne va pousser à ces températures, le vivant ne pourra pas s'adapter, cela va beaucoup trop vite.

Et on fait tellement rien, avec la crise de 2008 on a perdu 10 ans, et là avec le covid rebelote. L’argent versé pour sauver le monde d’avant sera autant d’argent non dispo pour le monde d’Après. Que tout cela est absurde.  Je passe de "ça va être violent mais jouable", à "ça va être le chaos inmaitrisable, peut-être la fin de l'humanité, d’une grosse partie du vivant en tout cas".

Mes conditions de travail sont infernales, doublé d’une forme de harcèlement, de destabilisation systèmatique, au delà du supportable pour moi, le confinement n’ayant rien arrangé. Tout cela est absurde, je me détache de moi pendant certaines réunions et pense : mais qu’est- ce que je fous-là ? à quoi je perds mon temps et mon énergie ?… juste pour gagner ma croute.

 

Et fin 2020,  je tombe malade, je m’arrête : inflammation violente, nausée carabinée, l’année sans gastro, je fais la diarrhée du siècle, surmenage, burn-out….

Après deux mois, je vais mieux, mais je ne sais pas comment rebondir, dois-je arrêter de travailler pour ramener enfin mon empreinte environnementale en dessous d’une planète? En dix ans, je suis passée de 3,5 à 2. Comme beaucoup,  mon boulot me bouffe une planète et n’est pas écolo ou si loin. Impasse personnelle ! Réduire et optimiser sa consommation n’impacte pas assez. Mettre son boulot entre parenthèse et avoir une vie privée écolo ne suffit pas. Un pied dedans, un pied dehors, ne marche pas.

 

Ca ne suffit plus, il est urgent que l'on se contente de vraiment peu, une sobriété radicale, très locale et heureuse est nécessaire, impérative. La croissance no limit, le progrès, le développement durable (farce de récupération du libéralisme), l’emballement pour la technoïde aigue, la consommation aveugle hédoniste, le toujours plus sont globalement suicidaires.

Il est évident qu’il nous faut tous réduire en particulier, les pays riches, en particulier les privilégiés, car plus tu as d’argent, plus tu pollues : lien linéaire, basique.

Il est trop tard pour une transition qui ne soit pas radicale.

STOP : où est le bouton d'arrêt d'urgence dans ce monde de fou ?

J'aurais 30 ans, je plaquerais tout pour aller vivre dans une communauté écolo radicale, mais là je me sens coincée face à mes ados, scotchés sur leurs écrans, fascinés, accro aux jeux, stories..... hypnotisés. Je suis à la fois en colère contre cette pollution psychique qui les brident et je culpabilise de ne plus pouvoir leur garantir l'espoir d'un avenir viable. Eux qui me reprochent d'être chiante à force d'être obsédée par l'écologie.

Mais peut-on leur reprocher de s’enfermer dans le vaste espace digital, plein de possible, no limit et de fun, quand la réalité n’est qu’impasses, limites, problèmes, mensonges, luttes stériles et absurdes tellement l’écologie n’est pas la priorité.  De surcroit, la société semble se fermer à cette jeunesse : enfermement dans des études sans fin pour finir au smic, stages abusifs, CDI impossibles, déconnection par la digitalisation… et des adultes passablement désabusés par leur condition de travail, les anecdotes absurdes sont légions.

L'entêtement de l'Etat à sauver tout ce qu'ils peuvent du monde d'avant est déprimant, le détournement de la convention citoyenne pathétique, le hold-up des grosses boites qui empochent les aides et continuent à remplir les poches des actionnaires est écœurant. Tout cet argent va manquer pour organiser la solidarité du peuple et la transition écologique, si tant est qu’une transition soit la solution.

L'avenir est donc plus noir de révolte sociale et d'impasse environnementale. Il est possible, qu’on ne se remette pas du covid, cela nous précipite dans le début du chaos, l'effondrement civilisationnel a déjà commencé en fait, il n'est pas à venir... sauf sursaut vital des peuples?

Que faire ? Je n'ai pas la solution, mais cela m'obsède. Je bois ceux qui portent le monde d'après, Rob Hopkins, Pablo Servigne, Vandana Shiva, Jim Bendall, les Colibris, sans transition, Yggdrasil, Louis Fouché, reinfo covid,  mais aussi ces petits pays qui tournent le dos au néolibéralisme absurde....l'écoféminisme, la connexion à la terre. Je marche pieds nus dehors y compris dans la neige pour me connecter à la terre. Je respire et je cherche espoir et confiance. Mon jardin est mon refuge, je couvre la terre de compost, de feuilles, de branches. Mon jardin que je cherche à transformer en forêt comestible, à densifier, à recouvrir, j'en prends soin, orchidées et champignons y poussent donc mon respect du sol est correct.... pour l'instant..... C’est la seule activité qui ne me stresse pas… tant que j’ai assez d’eau.

Commençons par prendre soin de soi et de la terre puis du vivant..... travailler à mi-temps pour se consacrer totalement au soin de la terre ?

Cela devrait être notre priorité absolue, urgence environnementale, nous devons retrouver une position extrêmement humble de serviteur de la terre, nous ne sommes qu'un pauvre mammifère terrestre hyper dépendant d'un écosystème fragile sans lequel notre survie est impossible. 

Nous sommes sur la liste des espèces en voie de disparition ; cette 6ème extinction du vivant nous concerne personnellement.

 

Nous avons su bloquer la société pour cette grosse grippe qui est mortelle sur les mois qui viennent pour 0,05% de la population, dont une majorité de personnes âgées ou très malades. 

Pourquoi ne pas faire la même chose pour votre survie globale à 100% dans 10-20 ou 30 ans voir 50 ans? C'est trop loin pour être réel ce méga-risque-là?

Les élites sont bloquées, aspirées par les sirènes du monde d'avant, donnons le pouvoir aux jeunes (moins de 35 ans) qui eux, veulent juste avoir un avenir … en évitant les fils de … qui vont protéger les avoirs de papa… dont ils doivent hériter. En étant à parité hommes, femmes … pour une fois.

Ou boycottons le plus possible cette société libérale, absurde et sans issue : spirale négative, pour construire cette sobriété heureuse, locale, solidaire : spirale positive.

Gardons notre temps de cerveau disponible pour la terre, faisons de chaque acte un acte de soin, de respect, de don et non un acte de consommation, de profit.

 

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