CADA : qu’est-ce que ça nous rapporte ?

— Ce texte est une fiction inspirée d’événements qui m’ont été racontés —

J'habite une ville de périphérie. À une trentaine de kilomètres d'un gros centre urbain, j'ai acheté une maison avec terrain. Ici, parce que la ville a un petit air de campagne. Aussi, bien sûr, parce que le prix de l'immobilier est plus accessible qu'en ville.

Tout est cher en ville. L'hébergement comme la nourriture. Et les sorties, ils ne se mouchent pas avec le dos de la cuillère, tiens ! Le moindre restaurant : vingt euros par personne. Et encore, on n'a pas de vin à ce prix-là...

Dans ma petite ville, il n'y a quasiment pas de restaurant. La tentation est moindre et la dépense tout autant. Pour les gamins, il y a ce qu'il faut d'associations sportives. Le transport pour les conduire à l'école ou au collège. C'est organisé, la vie est tranquille. Pas vraiment de délinquance, mais j'aimerais mieux qu'on n'attende pas la catastrophe pour installer de la vidéo protection. La mairie n'est pas d'accord pour le moment, mais je reviendrai à la charge sans tarder. Parce qu'avec tout ce qui se passe ces temps-ci, je sens qu'on n'est plus à l'abri nulle part.

C’est pour ça que quand j'ai lu la note d'information concernant le CADA, mon sang n'a fait qu'un tour. Vous vous rendez compte ? Un centre d'hébergement d'étrangers ! Le pays dans lequel je vis qui pille ses réserve pour nourrir et loger des gens qui n'ont pas le courage de rester chez eux. Qui préfèrent venir chez nous pour qu'on les prenne en charge à nos frais sans aucun effort de leur part. Quand je pense qu'ils sont des milliers sur les routes, sur les mers, qui négocient avec les passeurs : là, ils savent le trouver le fric, on ne me fera pas croire le contraire. Ceux-là, ceux qui veulent vivre de nos aides sociales, de nos logements sociaux, et profiter du regroupement familial même, ceux-là ont su le trouver l'argent du passage. Alors, qu'ils paient pour avoir le droit de rester ici. Et cher, pour qu'on ne prenne que ceux qui ont les moyens ! Les autres autres n'ont qu'à rester chez eux et augmenter chez eux le nombre de pauvres, il y en a assez ici des pauvres...

À La réunion publique, heureusement, des copains de Béziers sont venus dire comment ça se passe chez eux. Là bas, je vous garantis qu’ils ne se laissent pas faire. Un CADA, y’en n’aura pas. Ils peuvent aller très loin pour que les étrangers restent chez eux.

J'en ai vu un paquet faire une drôle de tête quand j'ai demandé à l'équipe municipale quelles seraient les indemnités si ce foutu centre s'installait. Dans ce pays, on n'est pas souverain dans son territoire. Le préfet préempte  comme il veut. Et votre maire, élu démocratiquement, il n'a qu'à la fermer et faire des courbettes. Comme il veut, le préfet, il impose les étrangers dont personne ne veut ailleurs. C’est un peu facile non, d’être le dépotoir des autres communes. À nous, qu’est-ce que ça nous rapporte, je vous l’demande ?

Alors, le raisonnement, il est tout simple pour moi : quand on projette d'installer une autoroute, il y a automatiquement dépréciation des biens immobiliers situés à proximité de la voie rapide. Pour le CADA, c'est sûr que ça sera pareil. Qui viendra acheter chez nous des maisons qui jouxtent le camp ? Faudrait être malade non, ou carrément fauché ? Moi, je réclame une compensation parce que la maison que j'ai achetée, la maison dont mes enfants hériteront, cette maison va perdre de la valeur au lieu d'en prendre. À cause d'une bande d'administratifs qui se fichent bien de notre vie sur place et de hordes d'étrangers qui trouvent qu'ici c'est mieux que chez eux.

Le CADA, ça va me coûter du fric, alors l’État doit compenser. Comme pour l’autoroute. C’est quand même simple non ! Je ne vois pas où est le problème. Je suis sûr de mon bon droit, je vous garantis que je ne lâcherai pas.

 

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