Impressions de Montréal

Depuis près deux semaines à Montréal — à la mi-octobre 2011 — des 99 % se sont installés sur le square Victoria(1), devant le Centre de commerce mondial. Les 99 % sont ceux qui, comme moi, n’appartiennent pas au 1 % qui tient les richesses et se partage 80 % du gâteau que la planète produit en termes économiques, de richesse…

Depuis près deux semaines à Montréal — à la mi-octobre 2011 — des 99 % se sont installés sur le square Victoria(1), devant le Centre de commerce mondial. Les 99 % sont ceux qui, comme moi, n’appartiennent pas au 1 % qui tient les richesses et se partage 80 % du gâteau que la planète produit en termes économiques, de richesse…

montr%C3%A9al_99-150x150.jpgÀ la suite de New York et des occupants de la Bourse, à la suite de Madrid et Barcelone, à la suite de la Grèce et des révolutions arabes, à la suite de l’accumulation des arnaques et détournements d’argent public organisées par les tenants de la finance mondiale et les donneurs d’ordre néolibéraux, des personnes se rassemblent en Amérique du Nord, campent, disent l’injustice du monde tel qu’il tourne, mais ne revendiquent pas encore, ce qui laisse les tenants du pouvoir et de l’information orientée quelque peu perplexes : mais que signifient ces personnes sans revendication ? sans leader ? sans lecture simplificatrice de leur collectif ni personne à tenter d’infléchir, d’acheter — puisque tout se monnaye dans ce monde, n’est-ce pas ?

montr%C3%A9al_992-150x150.jpgÀ Montréal, l’hiver vient quasiment de commencer avec une première nuit, vendredi 28 octobre, durant laquelle la température est descendue à cinq degrés sous zéro. Les habitants du square Victoria, qui arbore une station de métro à la parisienne, ont rebaptisé le lieu place du Peuple. Ils ont demandé à la municipalité la possibilité d’être alimentés en électricité, une demande qui leur a pour le moment été refusée. Certaines tentes laissent cependant entendre le ronron de groupes électrogènes. Une yourte est probablement équipée d’un poêle à bois. Les résidents organisent les tournées de cuisine, ont installé une tente hôpital. Ils sont décidés à rester jusqu’à ce que les choses du monde bougent.

Lorsque j’ai traversé le parc, deux hommes installaient deux nouvelles tentes. Il restait encore quelque place vacante dans le square. Pour combien de temps ?

montr%C3%A9al_manif-150x150.jpgLa deuxième ville francophone mondiale après Paris compte quatre universités : deux anglophones, deux francophones. La plus riche est l’université McGill, qui se déploie au pied du Mont-Royal, la « montagne » en pleine ville. Depuis novembre 2010, bon nombre d’intervenants de soutien — employés de bureau, bibliothécaires adjoints, techniciens de laboratoire… — de ladite université travaillent sans contrat, sans parité avec le statut de leurs collègues des universités de Montréal. Depuis septembre 2011, bon nombre de ces personnels manifestent tous les jours afin d’obtenir gain de cause(2). En groupe, ils tournent en ovale sur les trottoirs, car il ne s’agit pas d’être immobile ici si l’on tient à revendiquer.

Ainsi Montréal qui donne d’emblée une impression positive connaît pourtant les affres de la mondialisation et du néolibéralisme avide. Ici comme ailleurs, le monde tente de s’uniformiser par la force, depuis l’implantation massive de McDo à travers la planète qui fait que les centres-villes ont partout la même odeur écœurante d’huile de mauvaise qualité et de steak haché issu de viande stressée et médicamentée d’élevage industriel qui pollue gravement la planète, jusqu’au déploiement d’images préfabriquées pour la télévision qui rendent les programmes vicieux et abrutissants avec la succession de spectacles d’une très douteuse téléréalité, la même dans tous les pays. Une uniformisation qui passe par la distribution d’une presse gratuite vide d’information — on trouve Metro à Montréal comme à Toulouse, Paris… — le déploiement tentaculaire d’entreprises internationales. Ici comme ailleurs, Vinci loue des places de parking souterrain.

montr%C3%A9al11-150x150.jpgCependant, les choses bougent, des employés se mobilisent et obtiennent gain de cause. À Montréal, les transports Coach Canada de la compagnie Gray Line(3) qui font visiter la ville à de multiples touristes par bus avec chauffeur guide ont été récemment rachetés par une compagnie américaine. Pour autant, le personnel vient d’obtenir le droit de se syndicaliser. Et les revendications sont posées. Ce qu’il demande : le droit de pouvoir travailler dans des conditions dignes afin que les visiteurs de Montréal découvrent la ville dans les meilleures conditions.

À l’heure actuelle qui constitue la basse saison touristique, un chauffeur assure deux tournées de trois heures, une à 10 h, l’autre à 13 h, sans pause entre les deux. Alors, il trouve le temps de déjeuner sur le pouce pendant que les passagers descendent visiter tel ou tel lieu. Le programme prévoit dix minutes d’arrêt pour visiter la basilique ? Qu’à cela ne tienne, elles deviennent trente minutes pour une pause aux toilettes, une soupe et un sandwich avalés par un chauffeur qui ne perd pas son temps alors et reprend aussitôt sa visite commentée, avec humour et indications passionnantes, un rien subversives, c’est certain. Et c’est tant mieux !

99 %, personnels de l’université, chauffeurs de bus touristiques : des revendications infondées ?

1-Occupons Montréal :http://lejournaldemontreal.canoe.ca/journaldemontreal/actualites/regional/montreal/archives/2011/10/20111017-061102.html

Occupons Montréal sur Facebook :

http://www.facebook.com/occupymontreal?sk=wall

2-Grève McGill : http://www.radio-canada.ca/regions/Montreal/2011/08/31/003-menace-greve-mcgill.shtml

La page Facebook :

http://www.facebook.com/McGillStrike

3-Visite en bus Gray Line :https://fr.coachcanada.com/enfr/montrealsightseeing/booking.asp?action=ProductDetail&productId=1024

 

 

Précédentes « Impressions de Montréal » dans les pages du journal : http://heleneduffau.unblog.net/?s=impressions+de+Montréal

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