Sivens : l'État de non droit

L'heure est grave dans la vallée de Sivens, il en a déjà été question ici (voir mon billet du 4 février 2015). Après le blocage du site par les pro-barrage miliciens (des agriculteurs dont on se demande quel lien ils entretiennent avec le FN) durant 2 week-ends, démonstration a été faite que l'on pouvait se rendre sur site, par la forêt notamment (voir mon billet du 9 février 2015) et faire fi du blocus.

Pour autant, cette semaine, alors que la décision du conseil général du Tarn est attendue le 6 mars - quel type de retenue d'eau ou de barrage sur le site ou alentour - les agriculteurs miliciens, dont bon nombre viennent d'autres départements et ne sont pas au courant du dossier, agissent en pensant qu'une privation d'eau existe, que les cultures sont menacées, alors que les réserves locales en eau sont suffisantes pour assurer l´irrigation estivale. Les heurts sont sans commune mesure.

Mardi, deux zadistes sont blessés par  la milice locale. Une milice qui, le lendemain, saccage trois véhicules, la ferme de Sivens, le chapiteau, la radio. Le convoi alimentaire au départ de Gaillac vers la Zad est arrêté, la nourriture jamais achalandée sur site.

Alors qu'une marche part de Toulouse pour se rentre à Sivens, elle est arrêté à Saint-Sulpice-la-Pointe, empêchée de progresser (pro-barrage, gendarmes). Cela se passe mercredi 4 mars.

Dans un état de droit, il est permis de se demander ce qui se joue ici. De quoi Sivens est le laboratoire. Dès lors que l'État laisse faire la milice locale, la démocratie est bafouée. À Sivens, cela dure depuis plus de dix-huit mois et un jeune homme de vingt et un ans a été tué par les gendarmes dans la nuit du 26 octobre 2014. Les questions des ordres de la chaîne de commandement demeurent, à ce jour, irrésolues.

Dès lors que l'État laisse faire les agriculteurs remontés et désinformés, il est légitime de se demander si cette connivence n'est pas l'expression de la déliquescence de l'état de droit, du respect de la démocratie, du respect de l'opinion populaire qui soutient la lutte pour la préservation de la vallée de Sivens. Une opposition raillée par les politiques en place, dont sait pourtant les zones d'influence et d'interet avec la CACG, maître d'oeuvre du projet de barrage.

En tout cas, la propagande va bon train, et il est toujours intéressant de visionner des images du terrain pour comprendre que, malgré la propagande versée par les pro-barrage, les terroristes ne sont pas forcément dans le camp pointé du doigt, Voir une vidéo ici : http://youtu.be/HVa1h-lsBAs

Sivens, ou la lutte acharnée pour la préservation de l'eau territoriale. Sivens, ou la lutte pour donner à entendre une autre voix, un autre projet de société, malgré les railleries de pro -barrage...

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