Sivens : un témoignage qui pose question

À la lecture d’un article paru récemment dans la Dépêche du Midi, « Il dit avoir été agressé par des zadistes », nombre de questions surviennent à travers les propos de Cédric Baciecko, le plaignant.

Entrée en matière avec le Détarné, journal satirique local, qui apporte quelques précisions d'importance via le profil facebook d'un personnage très déterminé, au lendemain de la mort de Rémi Fraisse, à se faire justice contre les zadistes.


Pour mémoire, dimanche 1er février, les « miliciens » pro-barrage empêchent l’accès au site de Sivens. Les personnes qui avaient prévu de se réunir en assemblée générale se replient à Gaillac (à lire ici). Pendant leur réunion, des gendarmes demandent à entrer dans l’appartement : un zadiste armé d’un couteau est présent, affirment-ils. Sans la production d’un mandat, l’accès leur est refusé par les occupant-es. Un élu témoigne de la forte tension et des agressions de cette journée.

Quelques jours plus tard, jeudi 5 février, Cédric Baciecko rapporte, dans La Dépêche, son « agression » : « Selon lui, une trentaine de zadistes, qui n'avaient pu tenir leur réunion à Sivens, empêchés par les pro-barrage, se retrouvaient dans un appartement de la rue Saint-Pierre. » Alors que les zadistes sont bloqués dans la vallée, empêchés d’aller et venir par une escouade de miliciens soutenus par certains gendarmes, « l'agressé » affirme qu'ils sont à Gaillac. Comment ont-ils passé les barrages ? mystère de l'ubiquité... L'interviewé sait que la réunion rassemble une trentaine de personnes rue Saint-Pierre, mais, à ma connaissance, de telles données n’ont pas été rendues publiques. Cela questionne.

« Cédric Baciecko dit avoir été agressé ‘'par des Zadistes’’ vers 13 heures, rue Saint Pierre. […] Aujourd'hui il raconte : ''J'étais en habit de chasse, et je suis passé deux fois dans la rue pour aller faire des courses à l'épicerie Vival''. » Soit, le magasin ferme à 12 h 45. « Au niveau du milieu de la rue, je suis tombé sur trois zadistes. » L’homme dit qu'il était habillé en chasseur, mais y a-t-il une tenue spécifique, un signe particulier qui dit que l’on est zadiste ? 

« Deux m'ont pris à partie, pendant qu'un photographiait. […] Ils photographient toujours la scène pour se faire passer pour des victimes. » Comment les photos d’une scène où l’on est agresseur pourraient-elles être utilisées à des fins opposées consistant à se faire passer pour agressé ? À 3 contre 1, cela semble peu crédible, en images en tout cas.

« […] Ils m'ont pris pour un adversaire avec ma tenue de chasseur. » De quel type d’adversaire parle-t-on ici ? Les zadistes seraient de fervents défenseurs de la faune et ils se battraient dans la rue pour elle ? D’autres plaintes de chasseurs agressés sont-elles à déplorer ?

« Cédric Baciecko ajoute qu'on ne se sent plus en sécurité, que ce soit à Gaillac ou à Lisle où ‘'ils sont en permanence. On les savait prêts à en découdre sur le site de Sivens, mais ils sont aussi agressifs en ville''. » Rapporte-t-on des agressions dont des zadistes seraient les responsables ?

« Jusqu'à quand l'État va tolérer ça ? » Un éclair de lucidité, peut-être.

NB : Depuis le début des affrontements dans la vallée, pro-barrages et certains élus instillent une haine féroce à l'encontre les occupant-es de la ZAD du Testet. Ils usent de rumeur, de calomnie, de faux témoignages, mentent de façon éhontée et tentent, coûte que coûte, de persuader que les occupant-es sont violents, insultants, dangereux... Qu'il faut donc agir violemment contre eux, les déloger sans tarder, bref, faire sa loi. Une méthode de propagande plutôt redoutable. Pour le deuxième week-end consécutif, des miliciens pro-barrage bloquent la circulation dans la vallée, comme le rapporte Le Tarn libre : interdite d'accès, la ZAD est isolée.


  • Faut-il établir un lien entre le « zèle » déployé localement le 1er février et la présence de Jean-Marie Le Pen dans le Tarn ? 
  • Où l’on lira que les zadistes tendent une main pacifique aux énervés locaux. 
  • L'impunité des miliciens n'est pas une vue de l'esprit, témoignage d'un journaliste menacé chez Mediacit info. 

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