Sivens : l'indigence se répand

Sur le sujet de Sivens, les commentaires publiés à la suite de nombreux articles en ligne sont édifiants et parfaitement révélateurs de ce dont l'actuelle propagande médiatique est capable : laver les cerveaux et faire en sorte que chacun ait pourtant un avis sur tout qu'il exprime sans relâche, bien que sans réelle connaissance du sujet, et, surtout, sans aucune prise de distance. Le jaillissement de son opinion en guise de bouclier à sa propre indigence : je pense penser, donc je pense exister.

L'époque est à l'expression de sa vacuité intellectuelle, à l'exhibition sous pseudonyme de son point-de-vue prémâché qui restitue, bien souvent, le dogme de la pensée dominante, capitaliste et néolibérale. Au "chacun pour soi" on trouve des vertus, on a réponse à tout et des solutions musclées à chaque problématique sociétale. Aux opposant.es au massacre planétaire diligenté par les industries globalisées et rendu acceptable par les médias de masse, on assène sa haine, son dégoût, qu'on érige en "valeurs".

Ces temps-ci dans le territoire du gaillacois — Sivens est à quelques kilomètres de Gaillac —, on apprend que des bandes organisées veulent se payer du zadiste et qu'à deux reprises au moins, les forces de l'ordre les ont empêchées d'agir (le 1er décembre, entre autres). Depuis la mort de Rémi Fraisse, les opposant.es-occupant.es aménagent la vallée de Sivens : installation de cabanes, de tentes et tipis ; permaculture, discussions et partage de savoirs, dans un lieu qui demeure ouvert et accessible, contrairement à ce qui a pu se dire ou s'écrire par ailleurs. Avant le grand rassemblement du 25 octobre, une milice encagoulée et violente avait déjà sévi. Un "historique" est en ligne.

Ici, des élu.es en appellent à une solution par la violence pour dégager le terrain et y construire vaille que vaille ce barrage dont on a suffisamment entendu parler. Au-delà de leur capacité à représenter ainsi les citoyens et l'État, on se demande bien quels intérêts secrets les poussent à exprimer publiquement cette haine de l'autre, de l'écologie, de la planète et de ceux qui tentent d'en préserver l'essentiel. Au pays de la "liberté, égalité, fraternité", la dénonciation de citoyen.nes pointé.es en responsables de tous les maux, l'appel à la violence drapé dans une écharpe tricolore ont un mauvais goût d'Histoire qui tente de rejouer ses gammes d'entrée en barbarie.

Rien n'est terminé à Sivens, rien n'est encore décidé ni tranché. Pourtant, la mort d'un jeune opposant, au lieu d'apaiser les esprits et de permettre de réfléchir sobrement à un dossier riche de malversations comme à un projet contestable en de nombreux points, cette mort sert à attiser la haine, à désigner des ennemis qui n'en sont pas, à détourner, une fois encore, de la réalité. Les politiques locaux seraient-ils.elles prêts à tout pour dissimuler leurs conflits d'intérêt ? 

 

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