Lettre ouverte au nouveau président de la République française.

Monsieur,

Depuis des mois, vous êtes sur la sellette. Depuis des mois vous paradez. Tentez de vous montrer le mieux à même d’assumer la fonction dite suprême, celle de chef de l’État français. Tentez de convaincre que vous êtes l’homme idéal.

Depuis des mois, vous et vos proches en politique avez collecté de l’argent — des sommes colossales — pour financer votre campagne et les images officielles de celle-ci. Depuis des mois vous avez joué de la rhétorique avec le camp adverse — les camps adverses. Votre programme et ses propositions passées au tamis d’experts — on ne sait qui les a désignés « experts » — qui tendent à faire la pluie et le beau temps de l’opinion publique.

Depuis des mois l’ensemble de la classe politique caracole pour obtenir la première place. Pour gagner — on est les plus forts. Pour gouverner dès lors, puisqu’il s’agit de cela et que cela semble être la motivation supérieure.

Gouverner, d’après mon dictionnaire Robert, consiste à « diriger les affaires publiques d’un État, détenir et exercer le pouvoir politique et le pouvoir exécutif ; c’est aussi administrer, gérer ».

Gouverner, détenir le pouvoir ne signifie pas avoir une vision pour son pays. Un projet fédérateur. Un programme qui rassemble et porte les Français à faire société. À œuvrer ensemble pour le collectif…

De joutes verbales en slogans de campagne, de bilans en promesses, de projections en transmissions, vous avez répété, asséné, défendu et convaincu, puisque vous voilà élu.

Cependant quelques questions me semblent en suspens aujourd’hui :

-        qui détient réellement le pouvoir en France : l’Union européenne, les banques d’affaires, les entreprises internationales… ?

-        de quelle marge de manœuvre dispose le chef de l’État français, compte tenu de la crise de la dette qui pèse sur l’Europe et contraint sévèrement les ambitions ?

-        cette campagne est-elle un subterfuge tendant à faire accroire que la France demeure un pays démocratique alors que les décisions y sont prises sans concertation — ni consultation — avec les citoyens ?

-        de quels « retours d’ascenseur » vont bénéficier ceux qui ont financé la campagne ?

J’ai fait le rêve qu’un président serait, en France, capable de relever le défi de ce début de 21e siècle. Un défi consistant à remettre en question un modèle économique barbare et avide de pouvoir comme de richesse. À analyser les travers du néolibéralisme pour être capable d’en extraire le meilleur — si tant est que quelconque « meilleur » existe dans ce modèle. À anticiper la fin des matières premières fossiles en stimulant la réinvention d’une société frugale de partage, de solidarité et de responsabilités partagées — car, si nous consommons sans compter, nous contribuons à aggraver l’épuisement de la planète et de ceux qui y vivent.
J’ai fait ce rêve et je souhaite que l’équipe prochainement nommée soit assez forte pour se méfier des sirènes du pouvoir. De la complaisance qu’il draine vers certains tandis que d’autres sont pointés du doigt. Que les futures et futurs ministres tiennent bon face aux lobbies et autres groupes de pression — je pense d’emblée à ceux des pesticides qui empoisonnent le sol et le sang — qu’ils sachent dire non, proposer d’autres solutions, accompagner vers le changement ceux qui résistent encore, par peur de manquer — d’argent ? la bourse ou la vie ? — peur de changer d’état d’esprit, tout simplement.

Alors, je souhaite que la nouvelle équipe se tienne au courant, au plus près. Pas depuis de seules sphères de pouvoir, de personnes fortunées, des quelque 1% de happy few qui mettent à mal le monde et ses habitants pour leur profit égocentré, narcissique et dévastateur. Que les ministres de demain se cultivent, s’ouvrent à tous les domaines dont ils ne connaissent rien — qui, parmi eux, connaît la réalité d’un maçon, celle d’une infirmière libérale, celle d’une domestique à domicile, d’une écrivaine cumulant les fonctions ? Je souhaite qu’ils soient capables de sortir de leurs croyances et de leurs représentations pour comprendre ce qui se joue pour tous ceux qui se tiennent à distance des sphères dites d’influence, et qui pensent, analyse leur monde, avec beaucoup de lucidité.

Je souhaite que le nouveau gouvernement dynamise ce pays fatigué aux anti-dépresseurs, stimulé aux psychotropes. Ruiné par le renflouement des banques systématiquement affamées.

Et qu’ensemble, grâce à l’intelligence mise au service du collectif, une société de la « renaissance » fasse son chemin en Europe.

Et comme il se dit dans La Guerre des étoiles : La force est avec vous !

Toulouse, le 12 mai 2012

http://heleneduffau.unblog.net/2009/01/05/5-janvier-2009-lettre-au-president/

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