Retour vers le futur

De temps àautres, il est bon de prendre le temps de regarder en arrière. De faire lepoint sur l’état de ses avancées et de ses reculades. Les siennes mais aussicelles des autres.

Quand il en estainsi, je feuillette les pages du Journal de la moderne tyrannie, j’yrecherche un article dont les tenants sans les aboutissants me viennent sur lebout de la langue sans que, pour autant, je parvienne à les nommer. J’ai unindice, un bout de quelque chose, rarement une date — je ne retiens pas lesdates au motif que j’ai détesté, enfant comme ado, être contrainte à rabâcher,en cours, une litanie de dates dites « historiques » signant desannées de guerre, de barbarie humaine organisée sous diverses pseudo bonnesraisons : réciter des dates mortifères comme une prière à mes ancêtres nem’a pas convenu.

Alors je lance unmot qui serait la clé de l’énigme dans le moteur de recherche et j’arrive là,par exemple : http://heleneduffau.unblog.net/?p=155

En relisant lesexplications que donne Marylin Waring dans le documentaire Who’scounting ? dont je relate certains extraits dans cette page dujournal, j’extrapole pour analyser le contexte français actuel.

Si les systèmescomptables et économiques dominants sont basés sur la guerre et son entretienpour générer de l’activité économique, dont l’objectif principal est deproduire de l’argent et de la richesse profitable à un petit nombre, force estde constater aujourd’hui que faire la guerre à l’étranger n’a pas bonne presse,plus bonne presse. Attention, il s’agit de ne pas se méprendre ici oùl’étranger signifie le pays d’ailleurs — et pas celui qui vient d’ailleurs, carc’est par là que les choses s’organisent aujourd’hui sur place.

La guerre enAfghanistan a rassemblé les populations de par le monde qui ont dit leurmécontentement, leur souhait que tel pays ne finance pas, que le conflit cesse…Difficile alors, pour rester politiquement correct, de continuer d’engraissersur les deniers de l’État, les fabriques d’armement en partie étatisées, lesarmées qui se privatisent, les transports qui déplacent les troupes, lescantines qui les fournissent en repas, etc. Difficile de continuer à coloniserle monde sans effets secondaires impopulaires. Et de fait, rares deviennent lespays dits émergents que les dites grandes nations peuvent tenter de soumettrepar la guerre sans risquer de conflit nucléaire mondial ou autre horreur renduepossible par des moyens en armement et en technologie.

En revanche,instaurer la guerre à l’intérieur, au sein même de son pays, permet alors sanspeine de prolonger cette vieille méthode industrialo-économique mentionnée parM. Waring et déployée à travers les pays onusiens. Et je gage qu’une fois leconflit installé au sein d’un pays, la guerre pourra continuer de se déployerpar ailleurs, sans retours négatifs excessifs. Le guerre procède d’une méthodedont s’enrichissent quelques-unes des familles fortunées, cependant qu’ellefait aussi entrer de l’argent dans les caisses des États guerriers — tel lenôtre — et qu’elle génère des profits ensuite lors de la reconstructiond’un pays ravagé par les tirs et les bombardements — construire une ville neuveaprès en avoir dégagé les ruines, combien cela peut-il rapporter ? Desprofits post-guerriers qui viendront aussi de l’imposition d’un nouveau modèleéconomique — le nôtre — au service d’industriels bien en place et qui se paientdirectement sur la bête, s’accaparant gaz, pétrole et diverses richesses dontle pays vaincu fait une fois de plus les frais. Cette méthode reproduit le modecolonisateur largement déployé pendant des siècles par les pays de l’Europesous couvert de conquête religieuse. Il valait mieux alors s’avouer conquérantau nom de Dieu — évangéliser, quel beau mot ! — plutôt qu’au nom du profitet de l’enrichissement personnel, ce que Dieu récuse.

L’être humainétant spontanément réfractaire au changement, un constat s’impose :impossible de compter sur les politiques en place et leurs dirigeantsindustriels pour conduire à l’évolution du monde, pour développer le partage,le respect ou, tout simplement, l’humanité. Eux ne savent que reproduire unmode de domination/asservissement par les armes, cependant que les valeurshumanistes n’ont aucune place dans leurs modes comptables car elles ne rimentguère avec rentabilité.

Ainsi donc, sinotre Président s’agite en tout sens, pointe du Rom, du Banlieusard, duDescendant d’immigré à tout va, de la solution au Kärcher ou au casse-toipauvre Con, c’est bien à mon sens pour attiser la haine raciale. Celle-là mêmequi coule probablement encore dans les veines des nombreux descendants debarbares, puis de colons et de guerriers, que nous sommes tous, Français desouche ou d’extra-souche. L’histoire du vingtième siècle montre qu’une tellesituation a déjà existé en Allemagne, à une époque de troubles économiques,identitaires ; une époque où industriels et fortunés craignaient pour leursintérêts.

Cette haines’organise à partir d’une crainte parfaitement humaine. L’humain a facilementpeur de ce qu’il ne connaît pas et de qui il ne connaît pas, aussi est-ilcapable d’anticiper une situation alors qu’il n’a pas encore été confronté audanger. Tout comme il demeure capable d’avoir encore plus peur et d’en appelerà sa mise sous tutelle pour sa protection — trouver des solutions demande del’énergie, de la compréhension du sujet, aussi, puisqu’il n’a pas le temps (ouvraiment tellement peur!), il croit à ce qui est professé et accepte qued’autres fassent pour lui ce qu’il est lui-même incapable de faire : organisersa protection.

Pourtant, ledanger n’existe pas. Il est fabriqué de toutes pièces — les émeutess’organisent et les bavures aussi — pour accentuer de l’agitation populairegénératrice de trouble rapporteur de profit et aussitôt tout une organisationéconomique interdépendante propage « les mauvaises nouvelles » qui,répétées, deviennent une croyance mais aussi une vérité.

Anecdote : j’airécemment regardé la télévision. Sur une chaîne d’information à tois lettres,une journaliste animait le journal. Elle était filmée en plan fixe et quelquesreportages ponctuaient son discours. En bas de l’écran, des infos circulaienten continu par une bande de texte traversant. Alors que je m’efforçais desuivre les propos de la journaliste, mes yeux sans cesse attirés vers le bastentaient de lire les mots contenus dans la bande ; cependant que mes oreilles,elles, cherchaient à capter la narration. À la fin du journal, je fus incapablede dire quoi que ce soit des informations que j’étais supposée avoir suivies.Je me souvenais seulement avoir vu des images de guerre. J’ai tenté à nouveaul’expérience pour le même résultat.

Depuis lessphères de pouvoir, le monde appartient aux dominants, aussi veillent-ils à ceque le consensus se fasse par un complexe de supériorité plutôt que par uncomplexe d’équité car, pour eux, le premier rapporte plus que le second.

Je ne sauraistrancher sur la « conscience » que peut avoir le dirigeant françaisde ses agissements et de la violence potentielle qu’ils génèrent. En revanche,je crains que des industriels en attente de marchés juteux ne soient, eux,capables d’anticiper les profits générés par exemple par l’installationmassive de caméras de vidéo surveillance dans tous les bâtiments collectifs, àcommencer par eux. L’État paiera grassement après appel d’offre et acceptationdu projet du meilleur « ami », cependant que l’industrie de lasurveillance s’enrichira et n’aura de cesse de développer de nouveaux systèmesdits de protection, car surveiller, ce serait ôter, par le langage, une partd’autonomie aux adultes locaux.

Autant que lescitoyens croient le plus longtemps possible à leur prétendue liberté — celle deconsommer s’ils en ont encore les moyens, celle de se consommer les uns lesautres, sans autre désir que celui d’être normal car normé… Que craindre d’unêtre humain dont les besoins primaires sont satisfaits ? La liberté d’être severra davantage contrainte et réduite.

La vidéosurveillance n’est qu’une infime part d’un commerce florissant et de créneauxen plein développement. La guerre urbaine est le marché de demain. Leprésident français semble l’avoir intégré.

Je ne suis pasd’accord pour que l’argent que je verse à l’État contribue à financer cettehorreur.

MarylinWaring : « Ceci est un système économique qui peut finir par noustuer tous (…) Tuer des gens ou se préparer à le faire a beaucoup de valeur dansle système économique mondial. Les exportations d’armes représentent plus de lamoitié de l’excédent commercial des économies industrialisées. La mort dessans-abris, les blessures, la pauvreté et la famine causées par l’emploi de cesarmes ne comptent même pas comme un déficit (…) Ça n’est pas exagéré de direqu’il y va manifestement des intérêts des principaux exportateurs d’armes dumonde de veiller à ce qu’il y ait toujours une guerre quelque part. »

Who’s counting dans le journal : http://heleneduffau.unblog.net/?p=155

Armement : http://fr.wikipedia.org/wiki/Industrie_de_l'armement

Mobilisation contre conflit Afghanistan : http://www.google.fr/search?hl=fr&client=safari&rls=en&&sa=X&ei=K8lqTICTBNX14Aa4uKDAAQ&ved=0CBQQBSgA&q=mobilisation+contre+guerre+afghanistan&spell=1

Guerre et jeux vidéo : http://geographie-ville-en-guerre.blogspot.com/2008/11/la-guerre-urbaine-dans-les-jeux.html

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