Le temps passe, Monsieur le Président

Lettre ouverte à François Hollande, président de la République française

Voilà quelques années, Monsieur le Président, que les peuples se lèvent pour dire tout haut la nécessité de changer de monde. De changer de mode de pensée. D'évoluer vers un autre modèle. De se préparer ensemble à la transition, qu'elle soit démocratique, énergétique, humaniste.

Le temps des sociétés novatrices est arrivé et la gageure consiste dorénavant à mettre de côté les anciens paradigmes pour s'ouvrir à l'inconnue d'une nouvelle aventure. Permettre à l'ensemble de l'humanité de perdurer sur le territoire commun que représente la planète est un défi que bien des citoyens tentent de relever. Une équation dont personne ne connaît encore l'ensemble des données pas plus que son résultat.

L'urgence dont nombreux ont déjà pris conscience chamboule bien des esprits qui cogitent, élaborent, testent et ajustent, s'enthousiasment pour les modèles audacieux qu'ils explorent. Il est ici question de poser un regard neuf, de penser sans filtre, d'inventer sans retenue. D'oser essayer. D'oser se tromper. De le faire ensemble.

Alors que les talents se développent sans discontinuer, que les projets fourmillent pour répondre aux exigences d'un monde au format rénové, voici que votre gouvernement s'enlise, tel le précédent, dans la rigidité et les égarements aux rythmes capitalistes. Servant au pays dynamique des plateaux de violence, de menaces absurdes, de dogme d'un autre temps, vous prônez l'appauvrissement de votre peuple pour une dette dont il devrait supporter les frais. La guerre, à l'intérieur de vos frontières comme dans un autre pays, est abjecte, inopérante, inhumaine et indigne. Partant, vous prenez le risque d'assécher l'énergie dont témoignent les uns et les autres. De ruiner la capacité de réinvention. D'imposer une délictueuse stagnation, voire une régression, à une planète que le génie créatif est à même de réinventer.

À défaut de se vivre en état permanent de conquête, il s'agit aujourd'hui de se faire pionnier. L'heure de l'évangélisation et de l'asservissement est bel et bien révolue. Le peuple du monde a grandi et il s'émancipe. Celui de votre pays en fait partie. Que vous souhaitiez le réduire à un perpétuel inférieur en restant sourd à ses propos, l'infantiliser en ignorant sa sagesse, ne donner de crédit qu'aux seuls industriels dont on vous a appris à endosser le modèle sans en douter ni le remettre en question, tout cela ferait de vous un suiveur et laisserait les Français dans l'attente inassouvie d'un défricheur, d'un chef d’État de talent, riche d'une vision, capable de la mettre en œuvre et de braver les critiques.

Au fil de l'histoire de France, le peuple a suffisamment payé la débauche des nantis, les folies d'une royauté aux rêves sans mesure, les affres des chefs obnubilés par leur soif de conquête sanguinaire, l'étendue de leur territoire, la richesse d'autrui pour accroître la leur ; la violence des soi-disant hommes forts, des hommes à poigne, saisis du vertige du pouvoir et défaits, dès lors, de leur capacité d'analyser les faits pour ce qu'ils étaient, non pour ce qu'ils ont cru y voir.

Si votre culture du pays et du monde qui l'entoure se limite à celle des affaires et des cercles d'influence, vous voilà bien à distance de la richesse et de la diversité d'un monde qui regorge de trouvailles et d'inventivité. Vous voilà tenu à l'ombre d'un peuple éclairé qui chaque jour élabore de nouvelles pistes. Vous voilà ignorant de ceux qui mettent en place des systèmes novateurs, remettent en question leurs agissements primaires sinon primitifs, pour d'autres intelligemment sensibles tournés vers un avenir ou l'un n'est rien sans l'autre. Car nous ne sommes rien, Monsieur le Président, les uns sans les autres.

D'autres réformes que celles que votre gouvernement impose sont évidemment envisageables. La société civile est géniale, précurseure, foisonnante, prête à relever le défi de la transition, ce changement à installer par étapes afin qu’il devienne envisageable, possible, partageable.

Nier une telle richesse et refuser de lui donner crédit serait irrecevable de la part d'un chef d'État.

Le temps passe, Monsieur le Président.

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