Gilets Jaunes: Aujourd'hui 16 novembre 2019, je perds ma virginité politique

Rapport d'étonnement d'une primo-manifestante. Aujourd'hui je m'attable à mon clavier pour laisser échapper mon désarroi, mon incompréhension, ma sidération de ce que j'ai vécu.

Douce France…

Cher pays de mon enfance…

Bercé de tendre insouciance…

Aujourd’hui je m’attable à mon clavier pour laisser échapper mon désarroi, mon incompréhension, ma sidération de ce que j’ai vécu.

Je ne suis personne.

Je n’ai jamais manifesté, je n’ai jamais revendiqué, je n’ai (presque) jamais élevé la voix contre l’autorité (mes parents, l’Etat…) Je n’y connais et comprends rien à la politique, je ne suis pas l’actualité, je n’arrive pas à retenir les noms des ministres, j’ai oublié (de mes cours d’éducation civique) comment fonctionne la répartition du pouvoir entre le législatif et l’exécutif en France. Je suis respectueuse de la loi, je fais bien attention à ne pas conduire trop vite et je suis scrupuleusement en règle avec l’administration. Je vis dans un magnifique pays, j’ai confiance dans ses institutions. J’ai ma petite vie bien rangée, protégée des difficultés quotidiennes, entre mes deux enfants et mon travail.

Rangée, naïve, perchée, dans toute ma splendeur.

Basée à Marseille, j’étais en week-end sans enfant à Paris par hasard le samedi 16 novembre. J’ai découvert deux jours avant que c’était également l’anniversaire de la naissance du mouvement des gilets jaunes. Les grèves, les manifestations sont très éloignées de mon monde. Dans ma famille, on ne fait pas la grève ! On les vit comme des événements très lointains dont on ne comprend pas bien les tenants et aboutissants.

Les gilets jaunes ont attiré mon attention à force de répétition « Tiens mais ils sont encore là ? Un samedi en plus ? C’est curieux, d’habitude les mouvements durent quelques jours puis on n’en n’entend plus parler. Et puis ce sont plutôt des grèves qui gênent le transport, ou alors, pour Marseille, qui provoquent un entassement des poubelles pendant une semaine. » Et puisque nous étions sur Paris cette fois-ci, je me suis dit que ça serait intéressant de profiter d’être dans la capitale pour aller voir ce qui se passe, participer à une marche, échanger avec d’autres personnes qui défilent pour entendre de leur bouche pourquoi elles sont là.

Il était à peu près 13h quand nous nous sommes mis en route. Néophyte complète en manifestation, je tape « gilets jaunes 16 novembre » sur google et je trouve sur le site « Demosphere » une liste de points de rencontre, des cartes, des zones interdites de manifestations, le plan des parcours des manifestations autorisées. OK, ça paraît un bon début. Je suis rassurée par le fait qu’elles ne traversent pas les zones interdites. Nous voulons manifester dans les règles, pas faire la révolution.

Nous décidons de nous diriger vers la place d’Italie qui est le point le plus proche, et d’où partira une marche vers 14h.

13h30

Odeur à laquelle on ne prête pas beaucoup d’attention au début, jusqu’à ce qu’elle devienne trop présente pour être ignorée.

Fumée assez importante en provenance de la place d’Italie — mais qu’est-ce qui se passe ?

Explosions à intervalles réguliers — je m’étonne.

On avance tranquillement, remontant le boulevard des Gobelins.

Route coupée par une voiture de police.

Croisement d’une vingtaine de manifestants avec des gilets verts et des imprimés « Greenpeace » qui marchent en sens inverse.

Beaucoup de fumée.

Flottement pesant dans l’air — comment est-ce qu’on va trouver le cortège avec toute cette fumée ?

Plusieurs fourgons de police garés sur le bas-côté.

On demande à un petit groupe de personne s’ils savent d’où va partir la marche, on nous dit qu’il paraît qu’elle a été annulée. « T’as du sérum phy ? » Heu, pardon ? Le sérum physiologique c’était pour soigner le nez de mes enfants quand ils étaient nourrissons.

- Tiens je t’en donne quand même un au cas où, c’est pour les yeux quand il y a du gaz.

- …

Bon pourquoi pas, je l’empoche avec la ferme intention de ne pas m’en servir. Je ne suis pas venue pour ça !

On se regarde : on y va ? On rentre ?

Situation confuse.

On continue à avancer, on passe facilement un premier cordon de force de l’ordre.

D’autres personnes sont hésitantes comme nous. On voit que c’est agité sur la place. Toujours autant de fumée, on commence à apercevoir des flammes.

Deuxième ligne de force de l’ordre en tenue un peu plus équipée, on échange avec eux pour voir s’ils en savent davantage sur ce qui se passe. On nous répond « marche annulée ». Nous demandons si on peut s’avancer un peu plus sur la place — tant qu’à faire, on demande l’autorisation ! Comme un besoin de montrer patte blanche, et de montrer que nous restons dans les rangs — et on nous la donne.

On me désigne un groupe de 7 ou 8 personnes, habillées de noir, l’œil rivé sur la place. « Attention ce sont des forces de l’ordre en civil » me souffle-t-on. Ha oui ça se pourrait bien, c’est vrai qu’ils n’ont pas l’allure ni le maintien de monsieur-tout-le-monde. On serait dans une autre situation, je les trouverai presque sexy.

13h45

Quelques slogans sont scandés derrière l’écran de fumée.

Nous sommes de plus en plus dubitatifs. Des gens courent, il y a de la fumée partout, on ne sait plus si elle provient des feux allumés ou des gaz lacrymogènes. Que se passe-t-il ? Pourquoi est-ce que les forces de l’ordre n’interviennent pas ?

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Vue de la place, à notre arrivée

Nous croisons des personnes équipées de masques de ski, de lunettes de piscine, de casque de moto, de masques en papier sur le nez et la bouche… Depuis quand est-ce qu’il faut tout une panoplie pour manifester ?

Les moins agités et équipés se plaignent de leur gorge qui pique et de leurs yeux qui pleurent à cause de la fumée et des gaz. J’ai de la chance, je ne suis pas gênée pour l’instant.

Nous avons à peine avancé sur la place. Nous longeons soigneusement les immeubles à notre gauche, croisant de petits groupes de 2 ou 3 personnes avec des écharpes sur la bouche, des électrons libres qui attendent adossés au mur (des journalistes ?).

Rapide coup d’œil à l’artère sur notre gauche, boulevard de l’hôpital : grande ligne de forces de l’ordre. Quoi ? ça serait le cas partout autour de la place ? Attend, il faut qu’on parte, ça ne me plait pas. Nous nous approchons de ce nouveau cordon pour le traverser « On veut sortir ! ». Un ou deux CRS nous crient « sur la droite ! sur la droite ! » nous désignant l’avenue des Gobelins par laquelle nous étions entrés sur la place.

Toujours de la fumée, quelques flammes, de l’agitation. On distingue des personnes debout sur un promontoire au milieu de la place.

Je ne suis pas très calée sur le sujet, mais tout ça m’évoque plutôt une ambiance de guerre civile que de manifestation. Et le corps le sent : nous sommes aux aguets, les sens en alerte et le cœur qui bat rapidement.

14h

« Ne cours pas. Tu peux être prise pour cible. » Nous revenons donc sur nos pas dans l’artère par laquelle nous sommes entrés sur la place. Et là nous voyons le cordon de CRS qui avance vers nous, en rang resserré et d’un pas décidé. Nous nous avançons « Nous voulons sortir !» « Sortir », le mot interpelle. Comme… d’un piège ? D’un guet-apens ? Nous nous prenons un « Non, ce n’est pas possible » dans la gueule.

PARDON ?

Il y a des flammes, des gaz, des fumées, des explosions, des gens qui courent dans tous les sens, une panique générale qui monte… et vous, force de l’ordre qui nous protégez, vous représentants de la République, vous les grands baraqués costauds avec vos casques, bottes, masques, gilets, face à nous avec nos manteaux et nos chaussures décathlon VOUS NOUS EMPECHEZ DE SORTIR ?

Sommes-nous réellement coincés sur cette place dont partent pourtant (je le vérifierai le lendemain) huit avenues ? C’est absurde. Nous sommes en France, dans un pays libre, démocratique, avec des institutions solides.

Je ne me sens plus en sécurité. Tout peut basculer dans le chaos d’un instant à l’autre.

« Attention, regarde cette bouteille blanche que le CRS tient en main : ce sont des gaz lacrymogènes. Et là, c’est une arme qui tire des balles en caoutchouc. Mieux vaut rester près des CRS et prendre un gaz lacrymogène que d’être loin et risquer d’être mis en jeu et prendre une balle en caoutchouc. Donne-moi la main.» Sous-entendu : sois prête si tout s’accélère.

Oups.

Nous revenons à la charge (au sens littéral du terme) « Vous nous avez autorisé à passer il y a dix minutes, nous voulons à présent sortir. Vos collègues de la rue d’à côté nous ont dit de passer par ici »

- Les ordres ont changé. Les ordres changent en continu. Vous ne pouvez pas passer.

Nous ne sommes pas les seuls à vouloir sortir. Cinq ou six autres personnes cherchent à traverser la ligne des forces de l’ordre. Citoyens on ne peut plus ordinaires, perdus au milieu de ce chaos comme nous.

Je cherche où est-ce que nous pourrions nous réfugier. Je ne tiens pas à rester coincée au milieu de tout ça ! Les tentes rouges du café à l’angle de la rue des Gobelins et de la place d’Italie me semblent salutaires. « Ce n’est pas une bonne idée. Lors de précédentes manifestations, des gens qui avaient réussi à se replier dans des commerces se sont faits tabasser. Une fois qu’on est dedans, on est coincé ».

« Vous voulez un morceau de mon écharpe pour vous protéger des gaz ? » me propose gentiment une dame à côté de moi qui a perçu mon désarroi. Je n’aurais pas le temps de répondre à sa question. Comme un seul homme, la ligne de CRS s’élance en courant vers la place. Je suis fascinée par leur action synchrone. Une charge contre qui ? Contre quoi ? Je n’ai pas le temps de réaliser ce qui se passe, mon mari me tire par la manche, nous tournons le dos à la place et nous engouffrons dans un vide laissé à l’extrémité de la ligne de CRS, qui nous permet de rejoindre l’avenue des Gobelins.

Encore sonnés, nous croisons un père avec ses deux fillettes d’environ 5 et 6 ans, à qui nous expliquons la situation et qui ne manque pas de faire aussitôt demi-tour…

Nous arrêtons ici notre intention de participer au mouvement pour la journée. Nous croisons encore de nombreuses personnes les yeux rivés sur leur téléphone, qui cherchaient à avoir des informations concernant la situation sur la place d’Italie (ça se voyait sur leurs écrans). Elles n’ont pas dû aller bien loin…

Mes recherches

Je me suis jetée sur mon ordinateur en rentrant, avide de rattraper une année d’informations. Je découvre d’autres images de la place d’Italie, quelques vues d’une autre marche dans Paris qui a l’air de s’être mieux déroulée. Je mets la main sur le document qui autorise la manifestation au départ de la Place d’Italie. Je ne me serai de toute façon pas permise de prendre part à un mouvement non déclaré ! Comment être informé en direct que la manifestation est annulée ? Quel est le canal de communication du gouvernement ?

J’élargis mes recherches, je trouve des photos des blessés lors des manifestations précédentes (j’en avais entendu parler), je découvre un jargon : « FDO » pour Forces de l’Ordre, « LBD » pour Lanceur de Balles de Défense, qui soit dit en passant s’apparente à une arme de guerre aux effets irréparables et intolérables… Son utilisation semble être en discussion.

Je découvre qu’en marge des déclarations officielles « d’un côté les manifestants, de l’autre les forces de l’ordre », se présentent d’autres types d’acteurs dans ces manifestations : les « black blocks », les « hommes en noir », les casseurs, des policiers qui infiltreraient les manifestations pour les perturber.

Forces de l’ordre ou pas ?

Forces de l’ordre ou pas ?

Je découvre qu’il existe un décompte officiel du ministère de l’intérieur, un décompte d’un syndicat de police, et un décompte alternatif des manifestants présents.

Je découvre que David Dufresne met un point d’honneur à comptabiliser et répertorier tous les blessés côté Gilets Jaunes sur son compte twitter

Je découvre qu’en février 2019, l’ONU et l’Europe ont condamné un usage disproportionné de la force de la police en France. QUOI ? Mais ce genre de condamnations visent toujours d’autres pays, pas la France ! Pas la France quand même !

Dans la même lignée, je découvre qu’Amnesty International identifie un droit de manifestation en danger en France. Mais… Mais… Mais… ce sont des commentaires qu’on entend pour d’autres pays mais pas le mien !

Jeudi 6 décembre 2018 : des lycéens à genoux les mains derrière la tête

4 juillet 2019 : augmentation de la violence de la police

22 septembre 2019 : Manifestations : La tactique anti-black blocs des autorités critiquée

David Dufresne : “Face aux gilets jaunes, la police est en roue libre”

Coincés

Je reste encore ahurie de nous voir refuser le droit de nous mettre en sécurité hors de la place d’Italie, théâtre d’une rare violence en ce samedi 16 novembre 2019. Et complètement estomaquée que ce soit des représentants de l’ordre public qui nous refusent ce droit. Mais qui a donné cet ordre ? Mais pourquoi nous empêcher de sortir ? Quel danger représentons-nous ? Pourquoi n’utilisent-ils pas plutôt leur energie et leur moyens à arrêter les personnes qui enfreignent la loi en s’en prenant au mobilier urbain ou en brûlant une voiture ? 

Ma grande découverte de ce week-end restera immanquablement la « nasse », qui dans sa première acception selon le Wikitionnaire désigne un « Instrument d’osier ou de fil de fer, en forme d’entonnoir, servant à prendre du poisson. » 

Cher Wikitionnaire, il faudrait élargir ta définition à « technique utilisée par les forces de l’ordre pour contenir une foule dans un périmètre précis pour… ». Je n’ose pas terminer la phrase. Pour contenir la violence ? Pour faire monter la violence ? Pour dissuader les citoyens lambda (comme moi) de jamais revenir ? Mais pourquoi donc, putain de merde, n’avons-nous pas eu le droit de quitter la place ? Si on veut diminuer le chaos et la violence, autant diminuer le nombre de personnes présentes sur le site ?

Copie écran suite à la recherche des mots "nasse manifestation" Copie écran suite à la recherche des mots "nasse manifestation"
 

LCI mentionne dans un article le fait qu’en anglais cette technique est appelée « kettling », du mot « kettle », bouilloir. Je veux bien le croire ! Quand on réalise qu’on se retrouve coincé, qu’on a le choix entre un cordon de CRS super bien équipés (je ne vais pas jusqu’à écrire « armés jusqu’au dents »), et le chaos des flammes, de la fumée, des grenades de désencerclement, des gaz lacrymogènes, ON FAIT QUOI ?

Réaction la plus immédiate quand on n’est pas habitué à ce genre de situation : panique, crise de nerf. Le corps « imprime » le vécu profondément.

Mais pourquoi n’ont-ils pas utilisé des mégaphones pour annoncer qu’ils allaient bloquer cette place pour interpeller les auteurs des violences et proposer à ceux qui le voulaient de l’évacuer ? Pas cher sur la fnac.com 

Pourquoi n’ont-ils pas dit, informé de manière officielle que la manifestation était annulée en le criant dans un haut parleur ?

Le fait de ne pas avoir d’information, de les voir s’organiser en face de nous, se masser, sans savoir ce qui est en train de se passer est extrêmement agressif. Merde ! On habite le même pays, on cherche à s’exprimer, on ne vient pas avec une envie d’affrontement, d’opposition mais de défiler, marcher dans des rues pour être VISIBLES.

Quelques liens:

Vidéo illustrant parfaitement notre vécu

En quelques lignes, description de l’action place d’Italie qui traduit mon étonnement

Article sur LCI: Gilets jaunes “nassés” par les forces de l’ordre : cette pratique est-elle légale dans les manifs ? 4 mai 2019

Nantes: des gilets jaunes dénoncent des violences policières dans une nasse Samedi 6 avril 2019

Alors on fait quoi ?

Je suis prise par un sentiment de révolte à cause de ce que j’ai vécu aujourd’hui. Révolte contre ce que j’ai vu, contre les explosions que j’ai entendues, contre les gaz que j’ai respirés. Révolte contre cette façon d’agir du gouvernement et de la préfecture de police, ces ordres donnés aux agents policier du terrain. Je me sens révoltée contre ce pouvoir car je le découvre répressif. Le seul message, la seule réponse aux revendications des gilets jaunes semble être : “ Rentrez chez vous et restez-y. ” Car en sortant, en venant manifester, même en restant sur des parcours déclarés, même en demandant la permission à plusieurs agents de police, même en se faisant tout petits et dociles, (j’avais bien pris le soin de prendre ma carte d’identité sur moi!) vous êtes nassés, gazés, intimidés.

Alors qu’en théorie, dans les cours d’éducation civique, les libertés d’expression et de rassemblement sont garantis par notre constitution. Nul ne devrait avoir à demander une permission pour se retrouver à plusieurs, marcher en ville, et scander des revendications.

Aujourd’hui, en écrivant ce texte, j’ai conscience de participer, paradoxalement, à répandre le message répressif du gouvernement. Tous ceux qui liront mon texte, hésiteront à aller se joindre à la prochaine manifestation de Gilets Jaunes. Ils renonceront à y aller en famille. Mais cette évolution de la situation me paraît périlleuse pour notre pays. Comme si le gouvernement, à force de vouloir tenir sous contrôle l’expression d’une grogne ou de revendications, laisse enfler cette colère. Ou bien arrivera-t-il à la maintenir sous contrôle sur le long terme, en agissant de plus en plus de façon autoritaire, ou bien cette colère finira par exploser sous des formes beaucoup plus violentes qu’une marche dans les rues de Paris.

Empathie, car il en faut

J’ai raconté plus haut mon vécu de provinciale qui débarque par hasard au mauvais endroit. Quid des forces de l’ordre très mobilisées pour surveiller les manifestations depuis un an ? Quelles sont les conséquences de devoir être de manière continue dans un état d’ultra vigilance pour être attentif à la fois à ce qui se passe autour de soi et aux ordres reçus en continue ? (Et parfois contradictoires, de ce qu’on a cru comprendre de notre court échange avec les CRS)

Dans quel état terminent ces personnes après une journée debout des heures durant autour et dans la place d’Italie, à respirer aussi des gaz et de la fumée ? Dans quel état sont les policiers (et les personnes !) qui se sont retrouvées coincées dans une laverie et très violemment agressés par des casseurs samedi 16 novembre à Paris ? Combien de blessés dans les forces de l'ordre ? Qui nous en parle de ça ?

L’opposition force de l’ordre/gilets jaunes n’est pas manichéenne comme le reflète des publications rapides qu’on trouve sur internet, à l’heure où l’on s’informe rapidement et on lit la moitié des articles. J’ai même découvert qu’un syndicat de police avait co-signé une déclaration de presse avec le collectif Gilets Jaunes Décla ta Manif, appelant à la non violence pour ne pas attiser la haine entre les manifestants et les policiers. 

Didier Maisto, président de Sud Radio, témoigne aussi de ce qu’il a vu place d’Italie « beaucoup de gamins (et de gamines) dans les rangs des CRS, qui avaient un regard apeuré et tentaient simplement de ne pas y passer. C’est la réalité. » 

Mes respects également aux pompiers qui interviennent dans ce genre de situation et qui ont été en partie empêchés d’agir samedi 16 sur la place d’Italie.

Comment résister à l’envahissement de la colère, de la violence ? Comment éviter de se faire manipuler ?

S’interroger et s’engager

Se poser des questions à tous les niveaux, non pas uniquement sur sa fonction. France Culture a fait une série de quatre reportages sur les forces de l’ordre : réflexion sur le port d’arme, le « maintien de l’ordre à la française… » 

Pas facile d’être policier tous les jours. Tensions, peur au ventre…

En oubliant de s’interroger de manière large, on tombe dans les travers décrits par l’expérience de Milgram, qui a cherché à analyser le processus de soumission à l’autorité et qui a montré « l’objectif réel de l’expérience est de mesurer le niveau d’obéissance à un ordre même contraire à la morale de celui qui l’exécute »

Les gilets jaunes représentent une force d’opposition au pouvoir qui « ne rentre pas dans une case ». Pas de parti, pas de représentant officiel, mais « selon le baromètre mensuel Odoxa d’octobre 2019, une majorité de Français pensent que ce mouvement a été une bonne chose pour leurs concitoyens les plus modestes, mais aussi pour la démocratie, le débat. Plus des trois quarts des personnes interrogées pensent qu’il est en sommeil, voire qu’il se poursuit déjà. » publie France Inter. 

Est-on en train d’assister à la naissance d’une lame de fond qui prendra de l’ampleur et qui se structurera dans les prochaines années ? Qui poussera ceux qui ont aujourd’hui le pouvoir d’agir de s’interroger sur les intérêts qu’ils sont en train de défendre ?

J’ai lu à plusieurs reprises que le gouvernement est tellement sourd aux revendications que la violence serait un passage obligé pour le faire réagir. Que c’est lorsque les personnes au pouvoir « commenceront à sentir l’inquiétude de leur chair à l’idée qu’un jour, la violence pourrait les toucher » qu’ils commenceront à se questionner. Juan Branco

Ce n’est pas moi qui lancerai un soulèvement, ce n’est pas moi qui vais aller braver des CRS les yeux dans les yeux, mais ce que j’ai traversé s’est inscrit dans mes cellules. Dorénavant, c’est à travers de multiples petites actions à mon échelle et par un renforcement accru de mon engagement au niveau local que je vais agir.

Je suis en train de réaliser que ma voix compte, que j’ai le droit de m’exprimer et que je peux avoir un avis. Et que ce n’est pas parce qu’une personne a une étiquette d’élu, qu’il ou elle sait mieux que moi, qu’il ou elle a des réponses plus justes que les miennes. Sentiment très nouveau pour moi, usuellement très respectueuse des titres et des diplômes.

Aujourd’hui 16 novembre 2019, je perds ma virginité politique et j’entame le premier jour du reste de ma vie de citoyenne active.

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