Une 87e femme exécutée sous Rohani en Iran

Ségrégation sexuelle, discrimination, exclusion du monde politique et économique, le tout enrobé par une répression cruelle, les mollahs ont lancé leur guerre contre la population en Iran en visant d’abord les femmes. C’est pourquoi elles résistent et manifestent.

une femme exécutée en Iran (photo d'archive) une femme exécutée en Iran (photo d'archive)
C’est un chiffre qui fait froid dans le dos. En cinq ans de présidence en Iran, Rohani affiche 87 femmes exécutées. Depuis leur arrivée au pouvoir, les mollahs ont fait des femmes leur cible privilégiée sur lequel est édifié tout leur système de répression.

Cette exécution ne tombe pas par hasard. Elle arrive juste à la veille du 40e anniversaire de la révolution contre le chah et en pleines manifestations d’hostilité au régime religieux, mouvement de juste colère porté en majeure partie par les femmes, premières victimes des mollahs et premières opposantes. Les mollahs se vengent.

Cette femme dont on ne connait que les initiales de M.A. a été exécutée à l’aube, rouge sang, à la prison de Nochahr dans le nord de l’Iran le 30 janvier, accusée d’homicide volontaire. L’accusation d’homicide volontaire sert en général à ce régime misogyne à couvrir la légitime défense.

De jeunes exécutées

Le 22 décembre, Noushine, une jeune femme de 25 ans était pendue. Le régime n’a pas voulu dire où. Elle a été interrogée par un journaliste des médias officiels dans la cour de la prison où elle attendait de monter sur la potence. Elle avait tué un homme qui la faisait chanter, la brutalisait et la forçait à des relations sexuelles avec ses amis.

Le 13 novembre 2018, Sharareh Almassi, âgée de 27 ans, était exécutée à la prison de Sanandaj pour avoir tué son mari dans des violences conjugales.

Le 2 octobre, à la prison d’Oroumieh où se multiplient les pendaisons, Zeinab Sakaavand n’avait que 24 ans en montant sur l’échafaud. Son exécution a soulevé un tollé des défenseurs des droits humains. Elle avait été forcée de se marier à 15 ans avec un homme qui la battait tous les jours. Elle l’a tué à l’âge de 17 ans. Qu’aura-t-elle connu de la vie ? La violence des hommes, la violence des mollahs. Inhumaine, la dictature religieuse condamne à mort des mineurs, parce qu’elle considère les filles responsables juridiquement dès l’âge de 9 ans et les garçons dès 15 ans. Double peine pour les filles.

On se souvient de la jeune Reyhaneh Jabbari, décoratrice d’intérieur, exécutée le 25 octobre 2014, à l’arrivée de Rohani à la présidence des mollahs. Elle avait eu le tort de tuer en légitime défense, un officiel des services de renseignement qui tentait de la violer et aussi le tort suprême de refuser de se rétracter. Elle avait voulu mourir la tête haute.

Au moins une dizaine de femmes attendent dans le couloir de la mort de la terrible prison Qarchak dans la ville de Varamine, la plupart pour s’être défendues contre des violences conjugales.

Rohani compte à son actif au moins 3600 exécutions, dont à ce jour 87 femmes et de nombreux mineurs. Le régime iranien se sert des exécutions pour écraser une société sur le point d’exploser.

A la veille du 40e anniversaire de la révolution contre le chah, usurpée par les mollahs qui ont instauré une dictature religieuse profondément misogyne, il est bon de rappeler que ces fanatiques ont arrêté, torturé et exécuté des dizaines de milliers de femmes, opposantes politiques dans les années 1980, les années de sang. Sang qui n’a cessé de couler depuis. Ces femmes appartenaient dans leur écrasante majorité à l’organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI), musulmanes et démocrates, viscéralement opposées à l’intégrisme islamiste et à toutes les contraintes imposées aux femmes. L’Iran des mollahs détient le record d’exécutions dans le monde par tête d’habitant et le record d’exécutions à grande échelle de femmes prisonnières politiques.

Elles manifestent

C’est bien pourquoi, pourquoi les Iraniennes considèrent de leur droit et de leur devoir de renverser cette tyrannie. C’est bien pourquoi elles sont en première ligne de la résistance, en Iran dans les manifestations et les soulèvements. Dans la résistance, au sein du CNRI, parlement en exil où elles forment la majorité des membres. Et c’est une femme Maryam Radjavi qui est à la tête de l’alternative démocratique.

Aussi le 8 février 2019, elles seront très nombreuses à manifester à Paris pour un Iran libre. Des centaines d’associations iraniennes de toute l’Europe et d’Amérique du nord convergeront sur la place Denfert Rochereau à 14h. Intervention, musique, mises en scène, camion et marionnette géante, tout sera là pour attirer l’attention et surtout faire entendre la voix des Iraniennes et des Iraniens : une alternative démocratique existe.  Le défilé ira jusqu’à l’Esplanade des Invalides.

Un Iran libre, sans terrorisme, fondé sur la séparation de la religion et de l’Etat, l’égalité des femmes et des hommes, l’abolition de la peine de mort, la fin des discriminations, la coexistence pacifique et le respect de l’environnement, car les mollahs ont pratiqué la politique de la terre brûlée. Il ne reste plus d’eau et pratiquement plus de forêts en Iran.

La solidarité internationale est majeure pour porter cette voix le plus loin possible, surtout les 13 et 14 février jusqu’à à la conférence internationale de Varsovie qui va se pencher sur le sort de l’Iran. Cette fois pas sans le peuple iranien et surtout pas sans les femmes d’Iran.

 

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