Les USA qualifient de "groupe terroriste" les pasdaran en Iran

Les Etats-Unis ont officiellement désigné le 8 avril le corps des gardiens de la révolution comme une organisation terroriste étrangère, ce qui en fait la première institution d’État à se voir attribuer cette classification.

Les pasdaran iraniens désignés terroristes pars les USA Les pasdaran iraniens désignés terroristes pars les USA
La décision de mettre à l’index les Pasdaran semble être la dernière étape de la campagne de l’administration Trump visant à faire pression sur le régime iranien pour qu’il se conforme aux normes internationales et qu’il cesse d’exporter son terrorisme à travers le monde.

L’organisation militaire des gardiens de la révolution opère aux côtés de l'armée iranienne et relève directement du guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. Mais elle couve aussi sous son aile le Hezbollah, les milices irakiennes ou encore les Houthis du Yémen. Alors que l'économie iranienne est en faillite, le gouvernement iranien dépense plus d'un milliard de dollars par an pour financer le terrorisme dans le monde !

Les États-Unis ont depuis longtemps classé l’Iran comme le premier État finançant le terrorisme sur la planète. Pour Trump, l'Iran est un Etat hors-la-loi et il traite celui-ci comme tel en désignant cette composante militaire comme indissociable des groupes terroristes qu’elle entretient depuis des dizaines d'années.

C’est la première fois que les États-Unis désignent une partie d'un gouvernement comme une organisation terroriste. Cela montre bien que les actions et les activités de l’Iran sont fondamentalement différentes de celles d’autres gouvernements. Il est certain que cette action va élargir au maximum la portée et l’ampleur de la pression américaine sur le régime iranien. Par ailleurs, le président Donald Trump a clairement mis en garde ceux qui feraient affaire avec eux en précisant :“si vous faites affaire avec les gardiens de la révolution, vous financez le terrorisme.” 

En novembre 2018, les Etats Unis avaient déjà pris des sanctions financières strictes concernant des secteurs clés de l'économie iranienne, tels que les banques et les hydrocarbures. Avec cette nouvelle classification, les États-Unis ciblent tous les autres secteurs dans lesquels des responsables des pasdaran sont impliqués.

Le poids considérable des pasdaran

En effet, pour mieux comprendre cette sanction, il faut mettre en lumière la fonction et le poids considérable des pasdaran. Au-delà de leur statut paramilitaire, ils contrôlent de larges pans de l'économie iranienne. À tel point que les observateurs disent que les pasdaran ne gardent pas uniquement le régime mais que les pasdaran sont le régime. On constate qu’au cours des 10 dernières années, les pasdaran ont pris le contrôle de 25% de la bourse iranienne. Dans les secteurs de l’économie non cotés en bourse, ils sont présents dans presque tous les secteurs stratégiques, de l’énergie à la construction, en passant par l’alimentation et l’habillement. Ils ont aussi acquis de manière agressive d'anciennes sociétés privées au cours des 15 dernières années. En 2005, Khamenei a privatisé les secteurs des banques, des transports maritimes et des télécommunications. Ceux-ci ont été immédiatement achetés par les gardiens de la révolution. 

Trois exploitations affiliées aux pasdaran sont omniprésentes dans l’économie iranienne : la fondation coopérative des pasdaran, la fondation coopérative de la milice du Bassidj et la Khatam al-Anbiya Construction. Les deux fondations coopératives sont exonérées d’impôt et ont été créées pour fournir une gamme de prestations sociales aux pasdaran et aux miliciens du Bassidj, tels que le logement, les prêts, la santé et l’éducation. Cependant dans la pratique, les deux fondations sont devenues les plus gros cartels économiques du pays. Khatam al-Anbiya Construction, pour sa part est en charge des projets de construction des Pasdaran, la firme étant devenue le plus gros entrepreneur d’Iran.

À l'heure actuelle, les institutions des pasdaran ou affiliées sont aux commandes de la plus grande entreprise de construction en Iran et de la plus grande entreprise de télécommunications en Iran. Mais elles gèrent également les principaux aéroports du pays et une grande partie du secteur bancaire. 

Pendant des années, les pasdaran qui sponsorisent des mercenaires ou des organisations terroristes, ont échappé à cette désignation de terroriste. C’est désormais terminé. Avec cette décision, les États-Unis reconnaissent enfin que le régime iranien est à la tête du terrorisme mondial. Il est évident que cette décision va rendre le gouvernement iranien encore plus financièrement toxique et que cela aura de graves conséquences sur la capacité à se maintenir au pouvoir dans le pays et à propager son idéologie terroriste à l’étranger par le biais de ses mandataires, en particulier au Liban et en Syrie.

 

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