Les enfants victimes de la violence d’Etat en Iran

La première violence est bien entendue psychologique. Les enfants en Iran grandissent dans une atmosphère qui normalise la terreur, l’horreur, les violations des droits, la ségrégation sexuelle et la répression des minorités.

Un enfant dans la foule qui regarde une exécution publique en Iran Un enfant dans la foule qui regarde une exécution publique en Iran
Les enfants sont confrontés au quotidien à la violence judiciaire sous la forme d’exécutions publiques et de châtiments cruels et humiliants pouvant toucher leurs proches, leur quartier, ou être confrontés à des scènes de grandes violences uniquement par le fait du hasard en passant dans la rue.

Si les exécutions publiques extrêmement répandues en Iran, vont bouleverser les adultes qui les regardent et les vider de leur humanité en normalisant un très haut niveau d’horreur, ces pendaisons publiques laissent de graves traces dans le psychisme des enfants. Tant dans celui des enfants ayant un lien de parenté avec les victimes et qui assistent à leur pendaison, que dans celui des enfants amenés au spectacle par leurs parents. Cela détruit en eux toute notion de justice, toute notion de dignité, de vie et de mort. A une époque où les pendaisons publiques et multiples se succédaient à un très grand rythme, un jeu du pendu est apparu en Iran, entrainant la mort de plusieurs enfants.

Les châtiments cruels sont aussi une violence pour les enfants qui y assistent : voir couper des membres, fouetter une personne ou la voir déambuler dans la rue enchainée avec des écriteaux qui l’humilient, apprennent aux enfants que la violence est la loi en Iran.

Formatage à la violence

Le formatage à la violence se poursuit avec la ségrégation et les discriminations sexuelles dont souffrent les femmes. Les enfants vivent au quotidien l’humiliation de leur mère, de leur sœur, des femmes de la famille. Les mères doivent monter dans des bus ou des wagons séparés des hommes, sont interdites de parc, de stade, de pratiquer du vélo ou des arts en public. Les mères doivent subir tous les jours des contrôles de la police du vice, de la milice, et de la police sur leur tenue vestimentaire, leur foulard, leur conduite, leurs achats, leurs relations. Ils entendent les insultes, ils assistent aux agressions, se retrouvent incapables de défendre celles qu’ils aiment, culpabilisent.

Si ce sont des filles, elles sont dès le plus jeune âge confrontées à l’injustice et à la soumission à cette injustice flagrante, par un matraquage à l’école qui leur apprend qu’elles seraient inférieures et sans droit.

Outre toutes les limitations vestimentaires, éducatives, sociales auxquelles elles se heurtent, des dizaines de milliers de filles sont confrontées au mariage précoce, voire très précoce, à 9-10 ans, qui les chassent des écoles et de leur droit à l’éducation. Et après cette terrible violence, elles connaitront aussi des divorces et des veuvages en bas âge. 

L’âge fatal

Cet âge de 9 ans est la marque de l’injustice suprême car c’est celui auquel les filles sont tenues juridiquement responsables, donc condamnées, même à mort. La discrimination sexuelle explose à ce niveau, puisque cet âge funeste est de 15 ans pour les garçons.  Cela explique aussi pourquoi le régime iranien exécute autant de mineurs et en condamne autant à mort.

Tout le système répressif de la dictature religieuse va pousser les filles, ados ou jeunes femmes vers le suicide comme unique porte de sortie. L’Iran détient le plus haut taux de suicide de femmes et malheureusement de filles au Moyen-Orient.

Beaucoup de filles se révoltent et connaissent une répression encore plus forte, mais à cette étape elles font le choix de la combattre. Un premier pas dans la liberté.

L’humiliation au quotidien

Les enfants des minorités religieuses assistent impuissants à l’humiliation et l’arrestation de leurs parents, quand leurs grands frères ou grandes sœurs sont renvoyés de l’université à cause de leur religion, subissent la misère quand les parents ne peuvent pas travailler en raison de leur foi.

Quand les forces de sécurité débarquent au domicile, qu’elles détruisent tout ce qu’il y a dans la maison, qu’elles insultent et frappent les parents, et qu’elles les arrêtent, laissant les enfants seuls, livrés à eux-mêmes, sans la moindre protection, ces enfants sont marqués à jamais par la peur et la violence.

Quand les enfants des forces de sécurité sont bombardés de propagande et assistent aux violences commises par leurs proches, violences qui demeurent impunies, ils apprennent eux aussi à pratiquer ces violences qui deviennent une norme et qu’ils vont reproduire dans leur vie d’adulte.

La violence de la misère

La misère est aussi une violence. Pour subvenir aux besoins les plus élémentaires, les familles poussent leurs enfants très jeunes à travailler dans la rue, soit après l’école, soit en les retirant de l’école. Les souffrances de la pauvreté, de la faim, de manquer de toit et de chaleur familiale, de devoir mendier ou être confrontés au refus des passants de les aider, sont des pressions insupportables pour les petits. De plus, ces enfants sont maltraités par la police et surtout les agents municipaux qui ne leur épargnent aucune violence, même sexuelle.

Bien des enfants abandonnés connaissent le sort des millions d’enfants des rues du monde entier, sont récupérer par des bandes qui les forcent à l’esclavage, les font tomber dans le vol, le trafic de drogue et la prostitution.

Les enfants d’Iran méritent mieux qu’un monde de violence et d’interdit, un monde qui les pousse vers la sortie avant même qu’ils n’aient fini de grandir. Les enfants sont le futur d’une nation. C’est dans la liberté et la démocratie qu’ils peuvent se développer et ajouter à l’édification de leur nation. Tant que cette dictature religieuse sera en place, elle ne laissera pas de place aux enfants, ni à l’avenir de ce peuple.

 

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