Le changement de régime en Iran ne signifie pas la guerre en Iran

Dans le contexte de la révision de la politique iranienne de la Maison Blanche et après l’inscription du Corps des gardiens de la révolution (pasdaran) sur la liste américaine des organisations terroristes, certains commencent à craindre que cela aboutisse à une guerre.

Le vrai problème avec l’Iran n'est pas la guerre. Aucune intervention militaire n'a été suggérée. Voici les vraies questions auxquelles il faudrait répondre.

- Le peuple iranien doit-il continuer à souffrir d'une dictature brutale qui le prive de ses droits les plus élémentaires, a-t-il le droit de renverser ce régime répressif ?

- Le monde doit-il rester silencieux sur le rôle destructeur du régime iranien dans la région, notamment sa participation directe au carnage en Syrie ?

Loin d’être des bellicistes, les partisans d’un changement de régime réclament une transformation de l’intérieur, dirigée par les forces locales, et non par une intervention militaire étrangère.

La vérité est que les défenseurs des relations avec Téhéran s'appuient sur de faux arguments. Ils affirment qu'une politique ne comprenant pas un rapprochement avec Téhéran entraînera nécessairement une guerre.

Il y a trois objections évidentes:

- Premièrement, pourquoi l'éventail des options est-il si artificiellement limité à la guerre ou à la complaisance? N'y a-t-il pas d'autres options plausibles?

- Deuxièmement, s'engager dans des dictatures n'évite pas nécessairement la guerre. Inversement, refuser d'engager ou d'apaiser une dictature n'est pas un signe avant-coureur d'une intervention militaire.

- Troisièmement, il faut se rendre à l’évidence et considérer les résultats catastrophiques de la complaisance avec les mollahs jusqu'à présent. Enhardi par l'attitude conciliatrice de Washington, Téhéran a attisé les flammes de multiples conflits régionaux. Près de quatre décennies de « dialogue » avec les mollahs ont aggravé la situation.

Quelles assurances rationnelles avons-nous que le maintien de la même politique pendant encore quatre décennies aboutira à des résultats différents ?

Avant l'invasion américaine en Irak, le régime avait promis à Washington, lors de négociations secrètes à Genève, de ne pas s'immiscer dans l'Irak d'après-guerre, combien de fois les Moudjahidine-du peuple, opposition démocratique réfugiée en Irak, ont-ils été bombardés?

Les États-Unis ont tenu leurs promesses alors que Téhéran a inondé son voisin d’un torrent de milices, de liquidités et d'armes, provoquant des divisions sectaires qui ont finalement abouti à la création de Daech.

L’accord sur le nucléaire en est une autre illustration : on espérait que l’accord conduirait à un comportement différent des mollahs en Iran. Loin de là, Téhéran est devenu encore plus répressif chez lui et belligérant à l’étranger.

Les partisans de la complaisance tiennent pour acquis que le régime a la capacité supposée de se réformer de l’intérieur. Le système théocratique en Iran, cependant, non seulement ne veut pas changer, mais il est surtout intrinsèquement incapable de réformes.

Plusieurs présidents, dont Rafsandjani, Khatami et Rohani, ont fait campagne tout au long de l'histoire du régime en agitant la promesse d'une "réforme" comme un appât pour obtenir davantage de concessions de leurs interlocuteurs occidentaux. Président depuis 2013, Rohani a davantage exécuté en Iran que Mahmoud Ahmadinejad en huit ans, et l'implication du régime iranien en Syrie s'est considérablement accrue.

Dans ce contexte, le peuple iranien a montré à maintes reprises qu'il souhaitait un changement de régime. Lors du soulèvement de 2009 et depuis la fin décembre 2017, les manifestants ne cessent de scander « À bas la dictature religieuse », soulignant qu'ils ne tolèrent aucune des factions du régime, y compris celles qui promettaient des réformes en vain.

Le peuple iranien est tout à fait capable de changer lui-même ce régime. Il est en mesure de le faire rapidement si l’Occident met enfin un point final à sa politique de soutien de ses oppresseurs. Contrairement aux peuples du printemps arabe, les Iraniens ont un mouvement de résistance organisé d’une longue et riche histoire étroitement liée à la société iranienne, et doté d’un plan encore plus inspirant pour l'avenir de l'Iran, avec la si nécessaire séparation de la religion et de l'État, l'égalité des femmes et des hommes dans tous les domaines et le respect des droits humains inscrits dans l’ensemble des conventions internationales.

Acceptons sans réserve qu'une intervention militaire étrangère n'est pas la solution pour l'Iran. Ce ne sont pas les armes à l’extérieur qui chanteront, ce sont les slogans des insurgés à l’intérieur.

Il est temps de faire une distinction fondamentale entre « changement de régime par la guerre » et « changement de régime par le peuple » en Iran.

Soutenir le peuple iranien dans sa quête légitime de déraciner une théocratie terroriste et belliciste est la seule option permettant d'éviter un autre conflit au Moyen-Orient. Pardoxallement, l’alternative –  la complaisance –  est une recette sûre pour davantage de conflits et, en fin de compte, la guerre.

 

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