Comment le régime iranien joue son sort sur des arrestations politiques

Contraint et forcé de reconnaitre des arrestations hors du commun de jeunes génies scientifiques, le régime iranien lève le voile sur l’emprise sociale de son pire ennemi.

Ali Younesi (à gauche) et Amir-Hossein Moradi dans leur groupe d'étudiants d'élite de l'université Charif à Téhéran Ali Younesi (à gauche) et Amir-Hossein Moradi dans leur groupe d'étudiants d'élite de l'université Charif à Téhéran
Une fois de plus en plein Ramadan, mois de clémence et de compassion, la dictature religieuse en Iran a étalé son mépris total pour l’islam et son obsession absolue pour sa propre religion : le pouvoir à n’importe quel prix.

De ce côté, elle place toujours la barre aussi haut : exécutions à la chaine, arrestations en série, lourdes peines de détention, saisie de biens des prisonniers d’opinion, abandon total de la population aux prises avec le coronavirus, nouveaux tour de vis pour les femmes, augmentation des prix, misère généralisée.

Dans cette panoplie répressive, se détache une série d’arrestations politiques qui se sont déroulées peu avant le Ramadan mais ont été rendues publiques durant ce mois sacré et qui ont déclenché une campagne internationale.

Il s’agit d’une vingtaine d’Iraniens représentatifs de la société actuelle, issus de tous les milieux et de tous les âges. Ils sont accusés d’opinions différentes et surtout opposées à la dictature. Pire, ils sont accusés de liens avec la principale opposition aux mollahs, les Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI).

Parmi ces personnes, six femmes, autre bête noire des barbus, et deux étudiants d’élite de la célèbre université technologique Charif de Téhéran. Deux jeunes brillants et médaillés d’astrophysique et d’astronomie, dignes héritiers de leurs lointains précurseurs persans à qui le monde doit les bases de ces sciences.

Cerise

Arrêtés le 10 avril, traités avec la violence propre aux religieux fanatiques –  l’un d’entre eux a été ramené le jour-même chez lui pour perquisition, le corps recouvert de blessures et de marques de torture – ces deux cerveaux ont ensuite disparus des écrans radar. Jusqu’à il y a peu, le 5 mai, où le porte-parole du judiciaire s’est fendu d’une intervention publique pour dire que oui, en effet, ils sont en détention, avant de les ensevelir sous une couche de délits vagues et fourre-tout. Cerise sur le gâteau, qui a quand même pris 26 jours à l’appareil judiciaire à reconnaitre : ils sont en contact avec l’ennemi suprême, l’OMPI.

En effet, le régime iranien martèle depuis près de 40 ans que le groupe d’existe plus et qu’il n’a aucune base ni soutien ni racine ni l’ombre d’une présence dans le pays.  Pendant toutes ces années, les mollahs ont fait tonner la Grosse Bertha de la diabolisation, en Iran et à l’étranger, dépenser des milliards en lobbies internationaux, fabriquer des dossiers judiciaires en Occident contre le groupe (fantôme ?) user des litres de salive dans des rencontres officielles et officieuses, réaliser des centaines de films, feuilletons télévisés, monter des expositions et tout ce qu’on peut imaginer pour calomnier, trainer dans la boue, nier, gommer et effacer ce mouvement de résistance tenace et pugnace.

Certes depuis les soulèvements de 2009, puis ceux de décembre 2017/janvier 2018 et leurs répliques tout au long de l’année, et surtout les très brûlants soulèvement de novembre 2019 et de janvier 2020, le régime iranien n’a pu se retenir d’accuser nommément et en rafale la résistance, le vent du boulet passé très près lui ayant fait oublier les précautions d’usage. 

Médailles

Ali Younesi, deux fois médaille d’or et d’argent internationale et nationale en astrophysique et astronomie, et Amir-Hossein Moradi, médaillé d’argent international dans la même catégorie, ont fait couler beaucoup d’encre en Iran et ailleurs, dans les cercles qui aiment à caresser les mollahs dans le sens du poil … de barbe. Comment ces rares génies à n’avoir pas fui l’Iran, ces cerveaux chéris ont-ils pris contact avec l’OMPI ? Comment les 18 autres, échantillon parfait de la société iranienne, ont-ils aussi été attirés par ce mouvement ?

L’aveu contraint et forcé du porte-parole du judiciaire, qui s’en mord encore les doigts, dit clairement que l’emprise de la résistance est vaste et s’étend à toutes les catégories sociales et à tous les âges, de l’élite scientifique aux couches les plus pauvres, bref à l’ensemble de la société. Quelle gifle !

Ainsi donc pour se venger de ce camouflet cuisant et retentissant, les mollahs ont dégainé les seules méthodes qu’ils connaissent : torture, persécution, violence.

Depuis la Grande-Bretagne où elle réside, Ayda, la sœur d’Ali Younesi, qui a dénoncé sur twitter le tissu de mensonge du porte-parole du judiciaire, reçoit régulièrement des menaces de mort et d’agressions sexuelles des agents du Renseignement iranien.

Ali Younesi médaillé, et en médaillon d'autres prisonniers d'opinion en Iran Ali Younesi médaillé, et en médaillon d'autres prisonniers d'opinion en Iran

Campagne

Ali Younesi, Amir-Hossein Moradi et les 18 autres, comme tous les prisonniers d’opinion en Iran sont victimes de tortures et de mauvais traitements, avec un degré de cruauté supérieur pour les femmes. Ils sont menacés de disparaitre comme tant d’autres sous la torture –  suicidés selon les autorités – où d’être exécutés. Ils sont aussi, en cette pandémie du coronavirus, exposés à la contamination dans les prisons surpeuplées et sans la moindre hygiène ; la dictature considérant que le virus pourrait faire le travail à sa place.

La Résistance iranienne a sonné à toutes les portes pour sauver ces prisonniers, comme elle le fait pour tous les autres prisonniers politiques.

Amnesty et de nombreuses ONG ont pris position et tiré le signal d’alarme. Les réseaux sociaux se sont emparés de l’affaire et font campagne. Une pétition circule. Les mollahs ont peur de l’opinion publique internationale qui fait pression sur ses propres dirigeants et les pousse à prendre des mesures efficaces. Il est donc urgent d’ajouter quelques mégatonnes à la pression internationale pour exiger la libération immédiate de ces prisonniers d’opinion, notamment en signant une pétition. Le message est clair pour les mollahs qui jouent leur va-tout, il le sera aussi pour les Iraniens qui se sentiront soutenus dans leur soif de liberté et de démocratie.

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