La population en Iran proteste contre la présence de milices étrangères dans le pays

La population iranienne condamne la présence de milices étrangères, notamment les Irakiens Hashd al-Sha'bi et Al Nojaba, dans les zones touchées par les inondations et appelle à leur expulsion du pays.

Milices irakiennes dans les zones sinistrées par les inondations en Iran Milices irakiennes dans les zones sinistrées par les inondations en Iran
La population en colère en Iran rejette les milices armées irakiennes Hashd al-Sha'bi et Al Nojaba, ainsi que la milice afghane des Fatemiyoun, qui ont débarqué dans les zones inondées. Les Iraniens estiment qu’elles sont là pour des raisons répressives et non humanitaires. Ces groupes de mercenaires, golems des gardiens de la révolution enfin inscrits sur la liste américaine du terrorisme, sont accusés de crimes de guerre.

Hashd al-Sha'bi est une coalition de milices en majorité chiites formée en 2014 pendant la seconde guerre civile irakienne. Officiellement, cette force a été créée après la fatwa lancée le 13 juin 2014 par l’ayatollah Sistani, grande figure religieuse chiite d’Irak, pour combattre Daech. Hachd al-Chaabi est composé de 66 organisations qui regroupe 142 000 hommes. Très proches du guide suprême iranien, Ali Khamenei, ils défendent le concept de la dictature religieuse en Iran. Ces miliciens sont accusés, notamment par Amnesty International, de terribles exactions contre les populations sunnites : enlèvements, meurtres, saccage de mosquées sunnites, en particulier dans les zones reprises à Daech.

Dirigé par Cheikh Akram al-Kaabi, cofondateur de Asaib-Ahl-al-Haq (une autre milice formée et financée par les gardiens de la révolution iraniens), Al Nojaba est un groupe paramilitaire chiite irakien impliqué dans la guerre civile irakienne et syrienne. Le groupe reçoit ouvertement formation, argent, armes et conseils militaires du régime iranien. Il a publié des éloges du très féroce commandant de la Force Qods, Qassem Soleimani, des gardiens de la révolution. Il adhère à l'idéologie de Téhéran. Akram al-Kaabi a déclaré vouloir renverser le gouvernement irakien ou aller se battre aux côtés des Houthis yéménites si l’ayatollah Khamenei l'ordonnait. Acteur majeur de l'offensive sur Alep en 2015, il a été l'un des premiers groupes paramilitaires irakiens à envoyer des combattants en Syrie et s’occupent depuis de leur formation. 

L'arrivée de ces mercenaires, ramassis de truands, de pillards et de violeurs, dans la province iranienne du Khouzistan ravagée par les inondations et abritant une forte minorité arabe très réprimée, a provoqué une vague de colère dans les médias sociaux iraniens qui ont dénoncé leur présence comme une honte.

Le régime iranien et ses gardiens de la révolution n'ont pas levé le petit doigt pour secourir les populations touchées par les inondations. Les autorités ont même été jusqu’à restreindre la participation de la population et de la société civile iranienne aux efforts de secours, procédant à l’arrestation de travailleurs humanitaires, et continue de faire obstacle aux secours indépendants.

Forces d'occupation

Le quotidien radical Kayhan, proche du guide suprême Ali Khamenei, a annoncé que le commandant de la Force Qods, Qassem Soleimani, avait invité les milices chiites d'Irak, de Syrie, du Yémen et d'Afghanistan dans les provinces iraniennes de Lorestan et du Khouzistan. Les commandants de ces milices disent être en Iran pour contribuer aux efforts de secours dans les zones inondées.

Cependant la présence de milices étrangères dans ces deux provinces dévastées suscite une vague de critiques en Iran. L'arrivée de ces troupes sur le sol iranien ressemblant plus à un parachutage de forces d'occupation et de répression qu'à l'arrivée de secours.

Selon les lois iraniennes, l'invitation de forces étrangères en Iran nécessite des autorisations spéciales du Parlement et du Conseil suprême de la sécurité nationale. A ce jour aucune autorisation n’a été délivrée. De plus, rien dans la charte du Corps des gardiens de la révolution ne leur permet de faire venir des forces étrangères en Iran. Les invitations de Hashd al-Sha'bi et des autres milices sont donc illégales. On peut ajouter qu'il n'y a aucune raison humanitaire à l'arrivée de ces milices, aucune n’étant spécialisée dans les secours.

La politique des mollahs en Irak et en Syrie ayant échoué, ils ont retiré leurs milices syriennes et irakiennes pour les conduire en Iran. Les mollahs préparent l'opinion publique à accepter une présence plus large de forces militaires en Iran.

Pour les Iraniens, ces milices appuyées par la force terroriste Qods des gardiens de la révolution, se trouvent sur le sol iranien pour réprimer les manifestations. La dissidence s'intensifie et les manifestations antigouvernementales dans les zones touchées par les inondations s’amplifient. Le régime des mollahs est dans une impasse et craint la révolte populaire. Sa solution, comme à l’accoutumée, repose sur la violence et la répression. Téhéran est désormais prêt à utiliser les milices étrangères dans sa confrontation avec la population.

 

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