24 avril 1990: les mollahs assassinaient l’ambassadeur des droits humains iraniens

En visant l’opposant iranien Kazem Radjavi à l’étranger, le terrorisme des mollahs visait aussi et surtout un ennemi intolérable : les droits humains.

Le Pr Kazem Radjavi Le Pr Kazem Radjavi
Le 24 avril 1990, une voiture en Suisse était criblée de balles près de Genève par un commando venu de Téhéran. Le conducteur est mort sur le coup. Il s’agissait du Pr Kazem Radjavi, premier ambassadeur de l’Iran à l’ONU juste après la chute du chah. Un Iran foisonnant de liberté avant que ne s’abattent le voile noir du fascisme religieux.

Cet universitaire iranien surdiplômé (cinq doctorats) vivait en Suisse où à l’époque du chah il s’était fait une réputation de fervent opposant de la dictature monarchique en remuant ciel et terre pour sauver de la peine de mort son plus jeune frère, Massoud Radjavi. Dirigeant du mouvement démocratique des Moudjahidine du peuple d’Iran, il deviendra par la suite dirigeant de la Résistance iranienne. La campagne de Kazem avait recueilli nombre de soutiens de poids, jusqu’à Georges Pompidou. Le chah avait dû reculer et commuer la peine capitale en prison à perpétuité. Le peuple iranien en a décidé autrement : chassant le chah, il a ouvert les portes des prisons politiques, réservant un accueil enthousiaste, chaleureux et plein de respect aux tous derniers détenus qu’il venait de sauver. Massoud Radjavi en faisait partie.

Dans cette campagne, Kazem Radjavi s’était formé aux droits humains pour en devenir un ardent défenseur. Quand les mollahs ont ouvert en Iran la nasse de la répression sanglante qui les caractérise, Kazem Radjavi a démissionné pour rejoindre la Résistance. Au sein de l’Onu à Genève, où il était connu et respecté, il n’avait de cesse de dénoncer les exécutions massives et la torture des opposants, hommes, femmes et enfants, que les mollahs avaient déjà généralisées.

Son travail portait ses fruits. Les condamnations de la communauté internationale tombaient les unes après les autres, révélant l’image cruelle de ce régime anachronique.

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Fatwa de mort

A plusieurs reprises, Kazem Radjavi avait fait l’objet de menaces de mort de la part de l’ambassadeur des mollahs et de ses sbires aux Nations unies. Cela ne l’empêchait pas de sillonner les allées des instances internationales à Genève et New York pour alerter le corps diplomatique, y présenter des témoins tout juste échappés des prisons iraniennes et qui, par leur récit accablant, révélaient la férocité du drame qui se jouait dans ce magnifique pays.

Cet activisme était insupportable pour les mollahs qui ne pouvaient tolérer la moindre opposition, encore moins celle du frère du dirigeant de la Résistance iranienne, Massoud Radjavi. En 1986, Khomeiny lance contre lui une fatwa de mort.

C’est donc sous la présidence de Rafsandjani que le plan de l’attentat a été monté et exécuté. La veille du 24 avril, un commando de 13 terroristes, agents des gardiens de la révolution et du ministère du Renseignement, s’installe à l’ambassade des mollahs, un grand nombre d’entre eux sont arrivés de Téhéran par un vol direct.

Deux des assassins de Kazem Radjavi arrêtés puis renvoyés en Iran Deux des assassins de Kazem Radjavi arrêtés puis renvoyés en Iran

L’enquête dira qu’ils étaient tous munis d’un passeport de service marqué « chargé de mission » délivré par le ministère des Affaires étrangères, qu’ils ont tous séjourné à l’ambassade des mollahs et qu'ils ont quitté immédiatement la Suisse une fois l'attentat effectué. Les voitures du crime ont été retrouvées. L’une près de l’aéroport, l’autre dans l’enceinte de la mission diplomatique des mollahs à l’ONU… Malgré toutes les preuves accumulées, la justice n’a jamais pu être rendue, la politique de complaisance occidentale ne l’ayant pas permis. Elle est même allée jusqu’à renvoyer en Iran deux des assassins, pourtant arrêtés par la police française en 1992…

Les gardiens de la révolution sont désormais à la place qu’ils méritent : sur la liste des organisations terroristes. Il reste à souhaiter qu’ils passent aussi devant une cour pénale internationale. Ces terroristes n’ont pas tué que Kazem Radjavi, loin de là. La liste est longue et dépasse à travers le monde les 300 attentats.

Mais ce jour-là en assassinant Kazem, les mollahs signifiait au monde que c’étaient les droits humains qu’ils assassinaient. Comme l’avait si justement exprimé le Pr Kazem Radjavi : « en Iran nous écrivons l’histoire des droits de l’homme avec notre sang. » Une rue porte désormais son nom à Genève.

La rue Kazem Radjavi à Genève en Suisse La rue Kazem Radjavi à Genève en Suisse

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