Maryam Radjavi dévoile l’identité de 5 000 victimes du massacre de l’été 1988 en Iran

Une conférence au Parlement européen à Strasbourg le 23 octobre a présenté un ouvrage majeur sur le massacre de l’été 1988, un crime contre l’humanité commis par le régime iranien

Maryam Radjavi, dirigeante de l'opposition iranienne, présente un livre sur le massacre de l'été 1988 en Iran Maryam Radjavi, dirigeante de l'opposition iranienne, présente un livre sur le massacre de l'été 1988 en Iran
Les pays européens se rendent de plus en plus compte du rôle désastreux que joue Téhéran sur la stabilité et la paix dans le monde. Lors d’une conférence à Strasbourg, l’intergroupe des Amis d’un Iran Libre du Parlement Européen a suggéré que les mollahs devaient rendre des comptes sur le massacre de l’été 1988 en Iran durant lequel ils ont exécutés 30 000 prisonniers politiques. Les victimes de ce carnage étaient en majorité des sympathisants et des membres du plus grand groupe d’opposition au régime, l’organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran (OMPI/MEK).

Maryam Radjavi, présidente élue du Conseil national de la Résistance iranienne (CNRI), a présenté lors de la conférence un livre renfermant les noms et caractéristiques de 5 015 victimes du massacre de 1988. L’ouvrage permet également de localiser 36 fosses communes où ont été enterrées à la hâte une partie de ces prisonniers politiques exécutés sommairement.

C’est avec beaucoup d’émotion que la présidente du CNRI a déclaré : « Aujourd’hui, je voudrais présenter un document exceptionnel aux représentants des peuples d’Europe. Un livre contenant les noms de plus de 5 000 prisonniers massacrés par les mollahs en Iran. Ce livre évoque la situation actuelle d’une nation sous la répression inhumaine des mollahs à l’intérieur des frontières de l’Iran, tandis qu’à l’étranger ses droits humains, sa liberté et sa résistance restent ignorés. »

Stopper l'impunité

 « Les gouvernements occidentaux et les Nations Unies ont fermé les yeux sur ce crime, a-t-elle poursuivi. Une fois acquis l’impunité pour ce grand crime, le régime des mollahs a imposé une guerre au Moyen-Orient qui ne cesse de se développer », précisant que le dossier de ce massacre doit être examiné par le Conseil de sécurité de l’ONU.

Depuis quarante ans, le régime des mollahs n’a eu de cesse de persécuter l’OMPI ainsi que ses sympathisants et militants aussi bien sur le territoire iranien qu’à l’étranger. En 2016, après que les membres de l’OMPI qui se trouvaient dans les camps d’Achraf puis de Liberty ont rejoint l’Albanie, le régime théocratique, avec le soutien de ses branches terroristes, a continué de les persécuter sur leur terre d’accueil.

Mme Radjavi a fait savoir que la police albanaise avait le jour-même révélé que la force Qods des gardiens de la révolution avait tenté de faire entrer sur le sol albanais plusieurs de ses agents en mars 2019. Ils avaient pour mission de commettre un attentat à la bombe contre une grande célébration du Nouvel an persan, Norouz, par les membres de l’OMPI dans ce pays.

Pendant la conférence des Amis d’un Iran Libre, plusieurs eurodéputés et des personnalités sont montés au créneau pour exprimer leur soutien au peuple iranien et à sa Résistance organisée.

Maryam Radjavi, dirigeante de l'opposition iranienne, accueillie au Parlement européen à Strasbourg le 23 octobre 2019 Maryam Radjavi, dirigeante de l'opposition iranienne, accueillie au Parlement européen à Strasbourg le 23 octobre 2019

Soutien européen

Le Slovène Milan Zver a affirmé que « le régime des mollahs est une source d’instabilité qui est l’unique doctrine pour sa survie. Les gardiens de la révolution (pasdaran) et leurs agents terroristes combattent dans différents pays du Moyen-Orient. Les mollahs ont formé une alliance étroite avec la Russie, la Corée du Nord et la dictature de Bachar al-Assad en Syrie. »

Le Polonais Ryszard Czarnecki a estimé que « nous devrions pousser les gouvernements européens à reconnaître la Résistance iranienne comme la véritable alternative. Envoyons un message fort au peuple iranien : nous sommes avec vous jusqu’à ce que l’Iran soit libre. »

Anthea Mclntyre, eurodéputée britannique, a fait preuve de plus véhémence en déclarant que « Les Iraniens sont descendus dans la rue à plusieurs reprises. Lors du dernier soulèvement, l’hostilité à l’égard du régime était très évidente et la population a exigé la destitution du guide suprême Ali Khamenei. Le peuple ne veut pas de ce régime. La politique de l’UE doit être basée sur cette réalité. »

Anthea Mclntyre a ajouté : « il existe une alternative démocratique à ce régime. Elle est dirigée par Maryam Radjavi et son plan en dix points. De nombreux députés de ce Parlement y apporte leur soutien. J’attends avec impatience le jour où nous pourrons tous nous rendre dans un Iran libre avec Maryam Radjavi comme présidente démocratique élue. »

S’intéressant à la condition des Iraniennes, l’eurodéputée italienne Alessandra Moretti a affirmé : « J’ai beaucoup entendu parler du rôle prépondérant des femmes dans les manifestations en Iran et de leurs talents dans la société. Je comprends le prix élevé qui a été payé pour la liberté. Nous devons faire pression pour que faire abolir la peine de mort ainsi que l’emprisonnement des militants. Nous sommes ici pour inciter le Parlement européen à conditionner tout accord avec ce régime au respect des droits humains et à la fin des exécutions, pratiques qui ne sont pas conformes aux normes et valeurs internationales en matière de justice. »

Gianna Gancia, une autre eurodéputée italienne, a affirmé : « Nous voyons les violences en Iran, mais nos représentants en Europe ne s’intéressent qu’au commerce avec l’Iran. Notre Parlement a le devoir de s’exprimer et d’appeler la Commission européenne à mettre fin à ses relations avec l’Iran et à imposer des sanctions à ce régime pour ses violations des droits humains. Nous voulons un changement démocratique en Iran. »

Conférence au Parlement européen le 23 octobre 2019 pour la présentation par Maryam Radjavi d'un ouvrage sur le massacre de l'été 1988 Conférence au Parlement européen le 23 octobre 2019 pour la présentation par Maryam Radjavi d'un ouvrage sur le massacre de l'été 1988

Contre le terrorisme des mollahs

La franco-colombienne Ingrid Betancourt a commenté les révélations que la police albanaise a faites sur la tentative d’attentat à la bombe des agents de Téhéran contre l’OMPI dans ce pays : « Deux personnes se faisant passer pour des journalistes sont venues en Albanie dans le but de cibler les membres de l’OMPI dans un attentat terroriste. Personne ne savait ce qui s’était passé. Le gouvernement albanais a rendu publics les détails aujourd’hui ».

Elle a profité de l’occasion pour faire remonter un fait marquant : « En 2018, nous avons participé à une grande conférence à Paris pour soutenir la Résistance iranienne et exprimer notre opposition au manque de justice et à la corruption du régime des mollahs. Le régime iranien projetait de nous tuer tous. Ce jour-là, deux personnes ont été arrêtées avec une bombe qu’elles voulaient poser dans les locaux où nous étions réunis pour nous massacrer. Un diplomate iranien a été arrêté par les autorités allemandes parce qu’il était à la tête de ce complot terroriste. C’était un responsable iranien, membre du gouvernement iranien, qui avait reçu l’ordre de nous tuer. »

Panel de la conférence au Parlement européen le 23 octobre 2019  sur la présentation d'un livre sur le massacre de l'été 1988 en Iran Panel de la conférence au Parlement européen le 23 octobre 2019 sur la présentation d'un livre sur le massacre de l'été 1988 en Iran

Soutenir le désir du peuple iranien

La Française Rama Yade, ancienne ministre des droits de l’homme, prenant elle aussi part à la conférence, a abordé la thématique des droits humains en Iran. « La douleur des mères victimes du massacre de 1988 est toujours vive. Ce dont nous avons besoin, c’est d’une enquête indépendante sur ce massacre pour faire la lumière sur ce crime. Il doit y avoir justice. La politique de complaisance ne réduira pas les capacités balistiques du régime et ses activités terroristes. Ce qui est important ici, c’est de renoncer à ce chèque en blanc et d’opter pour une condamnation claire des crimes du régime », a affirmé Rama Yade.

Elle a déclaré en guise de conclusion : « Les femmes ont payé un prix particulièrement élevé ces deux dernières années. Nous devons faire plus. Nous le devons à cette grande nation et à ce grand peuple. Nous devons soutenir le désir du peuple iranien qui aspire à un changement de régime et à l’établissement d’un gouvernement laïc fondé sur la séparation de la religion et de l’État, et sur l’égalité des genres. »

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