Il est temps de mettre fin à la culture d'impunité des dirigeants iraniens

La mairie du 1er à Paris et le Comité de soutien aux droits de l’homme en Iran ont organisé les 29 et 30 août une exposition de photos et documents pour l’anniversaire du massacre des prisonniers politiques de 1988 en Iran. Un des nombreux cas d’impunité des dirigeants iraniens. Une exposition sinon inédite, au moins peu commune, donnant presque vie à un événement tragique majeur survenu il y a plus de trente ans.

Il y a 31 ans exactement, plus de 30.000 prisonniers politiques ont été exécutés durant l’été 1988 en Iran pour avoir refusé de renier convictions de défense de la liberté et de la démocratie, ainsi que leur loyauté à l’Organisation des Moudjahidine du peuple d’Iran, principal mouvement d’opposition démocratique au régime de Téhéran.

Dans son dernier communiqué du 28 août, Amnesty International déclare que le refus persistant des autorités iraniennes de révéler le sort des milliers de dissidents politiques soumis à une disparition forcée et une exécution extrajudiciaire secrète lors des massacres commis en 1988 dans des prisons d’Iran est à l’origine d’une crise globalement ignorée par la communauté internationale depuis des décennies. 

Dans cette exposition, des témoins de ces massacres ont livré leurs récits de certains aspects du déroulement de ce crime monstrueux. Des personnalités politiques et culturelles françaises y ont également pris la parole.

Dans un message vidéo à la conférence, la dirigeante de l'opposition iranienne, Mme Radjavi, a déclaré qu'au bout de trente-et-un ans, ceux qui avaient participé au massacre occupaient toujours les postes les plus élevés du régime. « Khamenei a nommé l’un des principaux bourreaux de ce massacre à la tête du système judiciaire, et un autre bourreau est ministre de la Justice de Rohani », a-t-elle affirmé.

Les photos de membres des commissions de la mort étaient exhibées dans un secteur de l’exposition. Un grand nombre de ces individus occupent actuellement de hautes fonctions au sommet du pouvoir, comme la présidence du pouvoir judiciaire. Dans son rapport à l’Assemblée générale de l’ONU en 2017, le Rapporteur spécial sur l’Iran confirmait que l’actuel chef du pouvoir judiciaire avait été membre de la commission de la mort dans la capitale iranienne.  

Pendant cet été brulant, des « commissions de la mort » avaient été mises en place partout en Iran condamnant à la peine capitale tout prisonnier refusant de renoncer à ses convictions. D’autres prisonniers appartenant à d’autres mouvements politiques seront pendus un mois plus tard lors d’une nouvelle vague d’exécutions. 

S'exprimant à la conférence, la députée des Yvelines Michèle de Vaucouleurs a réaffirmé  son soutien à la cause de la liberté du peuple iranien, et ajouté espérer « qu'il n'y aura plus aucune blessure sur pour le peuple iranien ».

Ces dernières semaines, lorsque des proches des victimes de ces tueries de masse ont dévoilé d’autres aspects moins connus de ce crime contre l’humanité, les plus hautes autorités du régime iranien ont pris la défense de cette boucherie restée impunie. 

Dans un entretien avec le magazine officiel "Mossala", publié le 25 juillet dernier, Mostafa Pour-Mohammadi, un ancien membre de la commission de la mort et ministre de la Justice de Rohani jusqu’en 2018, a reconnu et soutenu le massacre de 1988 déclarant que les partisans des Moudjahidine du peuple arrêtés récemment au cours des manifestations et révoltes populaires en Iran, méritaient aussi la peine de mort.

Jean-François Legaret, maire du 1er arrondissement de Paris, coorganisateur de l’exposition,  a indiqué dans son discours qu’ « un régime qui a perpétré ce massacre et continue de procéder à des exécutions extrajudiciaires devrait être jugé. Même la commémoration du massacre est interdite par ce régime. On ne peut pas négocier avec un régime qui pratique du chantage », a-t-il ajouté.

Pour dénoncer le silence et la politique de complaisance des démocraties occidentales face à ce crime contre l’humanité, la façade de la mairie arborait un immense panneau le vendredi 23 août, dénonçant la venue de Javad Zarif, chef de la diplomatie des mollahs, à Paris le même jour avec l’inscription "Zarif n’est pas le bienvenu à Paris".

 

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