Accords de Paris : pourquoi des représailles envers les Etats-Unis sont nécessaires

Le dénonciation des accords de Paris sur le climat par le président Trump est une très mauvaise nouvelle pour l'humanité toute entière. Bien qu'elle ne constitue en rien une surprise, les enjeux appellent à une réaction forte des autres nations, bien au-delà d'une simple rhétorique. Des représailles économiques représenterait certainement la meilleure réplique tant sur la forme que sur le fond.

Les accords de Paris pour le climat sont bien sûr loin d'être parfaits car peu contraignants et insuffisants pour limiter le réchauffement à 2°C, seuil dont les conséquences sur la nature seront déjà catastrophiques. Malgré tout, le retrait des accords par le président Trump le jeudi 1er novembre 2017, et surtout sa mise en scène de l'annonce, constituent un acte symbolique fort. Le milliardaire justifie son choix par la protection des intérêts américains, mais davantage qu'une priorité nationale, c'est la priorité de l'économie sur la nature qui est affirmée. Cette vision est encore partagée par de nombreuses personnes, y compris des dirigeants et des opinions soutenant les accords sur le climat. Les meilleures volontés "pour la planète" passent bien souvent au second plan, derrière la santé de l'économie nationale. Ceci explique d'ailleurs l'engouement quasi-unanime pour la "transition écologique" et les énergies renouvelables, qui permettent en apparence de concilier les deux objectifs sans les opposer. Mais la réalité est souvent déplaisante, elle oblige un jour ou l'autre à faire des choix, à révéler nos échelles de priorités. M. Trump précipite aujourd'hui le monde entier devant ce choix en affirmant franchement, et même brutalement, que pour lui l'économie prime sur l'environnement; un environnement sain est souhaitable mais reste du domaine de l'accessoire.

Le propos n'est pas ici d'illustrer la gravité de la crise écologique que nous traversons et dont le changement climatique est une composante forte; il faut toutefois bien comprendre que les enjeux sont sans commune mesure avec la santé de quelque économie, soit-elle mondiale. La communauté scientifique est unanime sur le sujet et appelle sans discontinuer les dirigeants à prendre la mesure du péril que représente le réchauffement climatique. La prise de conscience de ses conséquences est largement sous-estimée par tout un chacun, car elles dépassent l'échelle humaine. Il ne s'agit pas de quelques petits degrés - comme dénigrés par le président américain – qui nous importunent les jours de grandes chaleurs, mais d'un bouleversement global, pouvant se traduire localement par des variations beaucoup plus fortes, et menaçant l'écosystème de notre planète dans son ensemble. L'énumération des impacts pour l'homme : montée des océans, sécheresses, fonte des glaciers, érosion accélérée, tempêtes plus fréquentes, etc... ne saurait rendre compte du danger qui nous guette. Nous en ignorons ceertainement la plupart des répercutions, la machine climatique s'emballe et notre science est insuffisante pour en appréhender les rouages. De nombreux chercheurs s'accordent à parler d'une nouvelle époque géologique : l'Anthropocène, marquée par la sixième vague d'extinction massive d'espèces qu’a connu la planète Terre. L'homme, qui a déclenché cette crise par ses activités, en est une victime directe car malgré nos prouesses techniques, nous faisons et ferons toujours partie de l'écosystème. Ce n'est pas seulement notre environnement qui est en danger, mais nous même, nos nations, notre civilisation, notre espèce et évidemment nos économies. 

Si l'on accepte ce constat, la logique évidente devient que la sauvegarde de la nature doit primer sur l'économie. L'économie est un agrément (permettant d'offrir un meilleur confort), l'écosystème un indispensable, et non l'inverse ! Cette priorité ne s'affirme pas contre l'homme, comme le soutiennent de nombreux économistes, mais bien justement pour l'homme dans le plus profond de son être.

La réponse raisonnable à apporter au président Trump est donc naturellement de prendre des mesures de représailles vis à vis des Etats-Unis. Des sanctions économiques constitueraient la méthode la plus adéquate. Sur la forme c'est un moyen de cibler les intérêts économiques que M.Trump prétend défendre, et donc pousser à des concessions de sa part. On peut imaginer toute une série de mesures : barrières douanières sur les produits fabriqués aux Etats-Unis, embargo sur leur pétrole et leur charbon, taxe sur les vols depuis et vers l'Amérique, interdiction des investissements de fonds provenant des U.S, mise au ban des organisations économiques comme le G7, gel des avoirs du président Trump et de ses proches etc...  mesures qui pourraient aller jusqu'à la dénonciation des accords de l'OMC (Organisation Mondiale du Commerce). De telles actions ne pourraient bien évidemment qu'être prises de concert entre plusieurs grandes nations (Europe, Chine, Inde, etc...). Ces nations n'ont pas besoin de partager les mêmes visions politiques et économiques, qu'elles soient libérales ou étatiques, adeptes des énergies renouvelables ou de la sobriété, démocratiques ou dirigistes, laïques ou religieuses, seul un consensus sur la priorité qui doit être donnée à la nature est nécessaire.

De prime abord, il peut sembler effrayant et suicidaire de s'attaquer à la première puissance économique mondiale, et pourtant, quel en seraient les risques ? A coup sûr, cela déclencherait l'ire du président imprévisible, les Etats-Unis imposeraient des mesures de rétorsion, ripostes pouvant engendrer une grave crise économique, provoquant un ralentissement de l’activité mondiale et donc... une diminution des émissions de gaz à effet de serre. s En effet, jusqu'à ce jour les crises économies mondiales sont les événements qui ont eu l'impact le plus fort sur la limitation des émissions de gaz à effet de serre. Et de toute façon, comment peut-on imaginer que nos économies si versatiles survivraient aux conséquences cataclysmiques du changement climatique ? Quel est donc le plus grand des deux périls : laisser le climat de demain hors de contrôle ou compromettre l'économie mondiale d'aujourd'hui ? Pour tout scientifique honnête, la réponse est évidente. Sur le fond, des sanctions économiques envers Washington auraient donc un effet positif sur le climat de la planète, au détriment du climat économique.

Ainsi s'ils ont réellement compris le danger que représentent les dérèglements du climat, que notre écosystème doit primer sur l'économie, les dirigeants des pays européens (entre autres) doivent faire preuve de courage, prendre leurs responsabilités - comme ils savent si souvent le dire - et s'accorder pour imposer de telles sanctions aux Etats-Unis, au nom de l'humanité toute entière et en faisant ainsi savoir à M.Trump que la survie de l'humanité n'est pas négociable. Ce serait là un acte hautement symbolique et un véritable tournant dans la crise écologique dans laquelle nous devrons apprendre à vivre.

 

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