Analyse de l’élection présidentielle en Iran

Selon un site progouvernemental, les élections présidentielles de 2017 ont connu l’abstention de 15 millions citoyens éligibles. Celles de 2021, ont enregistré environ 30 millions d’abstentionnistes, quant au vote blanc, il a fait 14% du total des voix le classant deuxième par rapport au classement final. Le fait qu’un grand pourcentage dépose un bulletin blanc est tellement important.

iran-khameneis-failed-attempt-to-legitimize-the-boycotted-sham-election-350x250

Comme précédemment mentionné, ces chiffres sont annoncés par le gouvernement iranien connu par la déformation des faits et le manque de transparence. Il l’était quand il a abattu un avion ukrainien à Téhéran, et quand il a déclaré le nombre des morts lors du soulèvement de la mi-novembre 2019. Et l’exemple vivant de ce manque de transparence et de crédibilité est les publications au sujet des nombres des atteints et des morts au covid-19.

 

Dans tout l’Iran s’entendent les voix des manifestants qui remettent en question la légitimité de ce régime et sa survie durant ces dernières années. Les statistiques réalisées par le régime iranien et qui soulignent d’une part l’importance de l’abstention et d’autre part, la hausse en pourcentage des bulletins nuls de 3% à 14%, alertent des conséquences graves que le régime peut subir.

 

Selon ces mêmes statistiques, Téhéran a enregistré une participation de 26% dont 12% sont des votes nuls. Ce qui équivaut à une personne parmi quatre éligibles a voté. En somme, la situation est absolument inédite.

 

Ces élections ont battu le record de l’abstention et de votes nuls en Iran, avec 30 millions des iraniens qui n’ont pas voté et 4 millions qui ont déposé des bulletins nuls. Tout calcul fait, en fusionnant ces deux catégories, on peut dire que l’abstention est d’environ 58%, qui est un record pour les élections post-révolution.

 

Analyse électorale

 

Comment peut-on admettre que 42% ont voté alors que Khamenei à disqualifié des candidats appartenant au régime ? Les votes de leurs fidèles n’ont impacté en rien le résultat des élections ? En pensant ainsi, il nous paraît évident que ce chiffre est aussi un des grands mensonges du régime. Selon les observations de l’opposition iranienne MEK basées sur 1 200 rapports de 400 villes et des milliers de vidéos et de photos des bureaux de vote, le nombre des électeurs annoncé par le régime est cinq fois supérieur à la réalité.

 

Et en réponse à ceux qui se justifient en disant que même aux pays occidentaux le taux de participation est faible, on leur dit qu’elle est d’environ 60 à 70% et que les électeurs s’ils votent, ce n’est ni sous pression ni intimidés, et s’ils s’abstiennent, c’est aussi par choix. C’est en Iran, où l’abstention est jugée comme un péché, que le vote est fait sous contrainte et sous différentes sortes d’harcèlement et de menaces.

 

Derrière ce boycott d’élections en Iran, on trouve cette fatwa de Khamenei qui interdit l’importation des vaccins covid-19 des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne, les mesures oppressives du régime et les activités des unités de résistance.

 

Que signifie le NON du peuple pour le gouvernement ?

 

Ce boycott porte un message clair. Premièrement, les iraniens n’ont plus confiance dans les urnes pour créer le changement et planifier l’avenir du pays. Puis, ils surlignent le mépris et la distance qu’a créé et agrandit Khamenei en éliminant certains candidats que pour ses propres intérêts dont le maintien de son gouvernement fait partie. Les conséquences seront sans doute pesantes, et le juriste en a appris la gravité.

 

Après le soulèvement de novembre 2019, le régime de Khamenei s’est confronté à deux principaux défis. Le premier est d’entendre la voix du peuple et répondre à ses demandes. Ce scénario déstabilisera le régime en l’obligeant à ouvrir la société. Les exigences en termes de conditions de vie meilleure grandiront, et le peuple et la communauté internationale attendront beaucoup plus du régime. Celui-ci sera dans l’impasse de répondre aux questions liées au massacre de 30 000 prisonniers politiques en 1988, à la guerre Iran-Irak qui a fait plus d’un million de morts et des milliards de gaspillés, et au bilan de la carrière de Raisi en matière de droits de l’Homme et son rôle principale dans le massacre de 1988 précité.

 

Comme vu, ce scénario équivaut à la fin du régime. La seconde variante est d’intensifier la répression et la violence. Et c’est ce second scenario qu’a choisi Khamenei lors des élections législatives de mars 2017 en écartant tous les candidats qui ne lui sont pas fidèles. Et dans les élections présidentielles, il a favorisé Raisi afin se faire entourer de ses loyaux qui lui serviront de mains en fer envers les iraniens. Cependant, les élections étaient à contre-courant pour Khamenei, et le vrai vainqueur en était le peuple de l’Iran qui a exprimé son désaccord au régime, a marqué l’histoire et a fait des élections son opportunité pour revendiquer une vie prospère dans un Iran prospère.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.

L’auteur·e a choisi de fermer cet article aux commentaires.