Europe face au terrorisme iranien Ou comment garantir la paix dans la région

Après deux ans et demi d'enquête, le 27 novembre 2020, le tribunal d'Anvers en Belgique a jugé quatre accusés pour une tentative d'attentat à la bombe contre un grand rassemblement du Conseil national de la Résistance iranienne (principale opposition en Iran) à Villepinte, près de Paris, en juin 2018, visant sa dirigeante Maryam Radjavi.

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Parmi les accusés figurent Assadollah Asadi, un diplomate en fonction du régime iranien. Le verdict devrait tomber le 4 février 2021. Le procureur a requis 20 ans de prison pour le principal accusé. Quelle que soit la décision finale du tribunal, l'ampleur même du délit exige que l'UE reconsidère sérieusement son approche vis-à-vis de l'Iran.

 Si le projet d'attentat terroriste de juin 2018 à Villepinte avait abouti, des centaines d'innocents, dont des ressortissants et des personnalités politiques de premier plan, de pays européens auraient été tués. Le chef de la sûreté nationale belge a déclaré que le régime iranien avait planifié l'attentat et l'avait mené sous la direction de ses services de renseignement. Ce procès pour actions terroristes impliquant le pouvoir à Téhéran n'est pas nouveau. En 1997, il avait également été lié à des activités terroristes sur le sol européen. Ce schéma a persisté, malgré les mesures prises cette année-là pour limiter le champ d'action de ses services de renseignement et de sécurité. 

 Dans un rapport daté du 10 avril 1997, la présidence de l'Union européenne déclarait que « les conclusions de la Haute Cour de Justice de Berlin dans l'affaire du Mykonos indiquent l'implication de responsables du régime iranien au plus haut niveau ». 

 Le 29 avril 1997, le Conseil de l'Union européenne réaffirmait que des progrès dans la normalisation des relations entre l'UE et l'Iran étaient possibles. Toutefois, c'était conditionné par le respect du droit international et la cessation des actes terroristes, y compris ceux commis contre des citoyens iraniens résidant à l'étranger, et par la coopération en vue de prévenir de tels actes. Ainsi, il avait été décidé d'expulser les Iraniens exerçant des fonctions de renseignement et de sécurité puisque Téhéran avait refusé d'obtempérer. Douze autres pays qui n'étaient pas membres de l'Union européenne au moment de la déclaration s'était également conformé à cette décision, dont la Bulgarie, la République tchèque, l'Estonie, la Hongrie, l'Islande, la Lettonie, la Lituanie, la Norvège, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie.

 Vingt-trois ans après le procès du Mykonos, un diplomate en fonction du régime iranien a transporté une bombe dans un vol commercial en provenance d'Iran et l'a remise personnellement à deux agents qui devaient la faire exploser. Ainsi, les preuves irréfutables dans l'affaire terroriste de Villepinte montrent l'implication des responsables du régime iranien au plus haut niveau. Elle visait un carnage. L'expulsion d'Albanie de l'ambassadeur du régime et de trois diplomates, ainsi que l’expulsion de trois autres diplomates de France et des Pays-Bas (mars 2018) et du Danemark (octobre 2018) à la suite d'attentats terroristes montre clairement le rôle de l’appareil diplomatique dans ces actes terroristes.

 Toutefois, l'incapacité de l'Europe à prendre des mesures appropriées a conduit les responsables du régime iranien à poursuivre leurs actions néfastes. L'absence de réaction leur assure qu'ils sont à l'abri de toute sanction, quoi qu'ils fassent en Europe. Même une bombe dans un rassemblement pacifique, qui aurait pu entraîner la mort de centaines de personnes, n'aurait aucune conséquence pour eux. Ainsi donc, la complaisance de l'Europe joue un rôle particulier dans la survenue de la situation actuelle.

 Il est trop naïf de croire que Zarif n'était pas au courant de cette conspiration. Les auteurs de cet acte terroriste, qui font partie des leaders du régime iranien, doivent être traduits en justice. Cette mesure est un moyen de dissuasion nécessaire contre le parrain du terrorisme international et peut garantir la paix dans la région.

 Selon un reportage de la chaine télévisée allemande « One », les responsables de la sécurité allemande continuent d'enquêter sur les nombreux déplacements d'Assadollah Asadi, le diplomate iranien arrêté. Ils cherchent à savoir s'il a mis en place et dirigé un vaste réseau d'espionnage de la République islamique en Europe. Au moment de son arrestation, il détenait plusieurs reçus de paiement. Les destinataires avaient signé avec des noms iraniens communs, bien que leur identité n'ait pas encore été déterminée. Le régime iranien a toujours utilisé les ambassades et les centres religieux et culturels comme des centres d'espionnage contre ses opposants ou pour recueillir des informations du pays hôte.

 Par conséquent, la normalisation des relations diplomatiques avec le régime iranien doit être conditionnée au démantèlement de son appareil terroriste en Europe et à la garantie qu'il ne s'y livrera plus au terrorisme. Le fait que les dirigeants européens prennent cette mesure cruciale garantit la paix future au Moyen-Orient et fait obstacle au terrorisme islamiste en Europe.

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