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Billet de blog 12 janv. 2017

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Rafsandjani : principal pilier de la République islamique

Hachemi Rafsandjani, décédé cette semaine à Téhéran, était parmi les caciques du régime et l’homme de confiance de Rouhollah Khomeiny, fondateur de la république islamique. Il a su utiliser la confiance que lui portait le dictateur iranien pour en faire une force motrice visant à préserver le système du Guide suprême.

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Hachemi Rafsandjani, décédé cette semaine à Téhéran, était parmi les caciques du régime et l’homme de confiance de Rouhollah Khomeiny, fondateur de la république islamique. Il a su utiliser la confiance que lui portait le dictateur iranien pour en faire une force motrice visant à préserver le système du Guide suprême.

Pragmatique, Rafsandjani ne s'embarrassait d'aucun scrupule pour arriver à ses fins. Il a été un des instigateurs de la sévère répression qui frappa l'Iran dans les années 80, incitant l'ayatollah Khomeiny a fermé l'espace politique sous prétexte de la « révolution culturelle ».

En effet, Rafsandjani est perçu en Iran comme l’un des responsables de la métamorphose de la révolution antimonarchique de 1979 en une dictature religieuse implacable. Sans lui et l'ayatollah Behechti et leurs capacités organisationnelles, Khomeiny n'aurait jamais pu assoir sa République islamique sous sa forme actuelle.

Celui qu'on surnommait en Iran « le requin », a joué un rôle de premier plan dans toutes les vicissitudes qui ont marqué la république islamique au cours des années 80. Durant les premières décennies de la révolution, Rafsandjani a été l’un des architectes des institutions du régime, ainsi que ses lois et pratiques. Notamment dans la désignation de l'actuel Guide suprême Ali Khamenei, la modification de la constitution pour concentrer le pouvoir dans les mains d’une seule personne, le recours au terrorisme comme arme politique (1), la mobilisation massive d'agents de répression dans le pays, et la promotion de la mainmise des Pasdaran dans la politique régionale et sur l'économie iranienne, ouvrant ainsi le chemin à une corruption massive qui continue encore de gangréner le système.

Dans sa vision machiavélique de la politique, Rafsandjani a bien compris, à la fin de la guerre Iran-Irak (1980-1988) que les Pasdaran, la garde prétorienne du régime, devaient obtenir leur parts du pouvoir et de l'économie. Alors que la guerre avait fait des centaines de milliers de morts et de blessés, les revendications de la société, notamment de la jeunesse, dans les domaines économiques, culturels et des libertés fondamentaux s’exprimaient au grand jour. Dans ce contexte, le système avait besoin d'un instrument puissant pour préserver le régime et réprimer les oppositions.

Rafsandjani a donc ouvert les portes de l'économie iranienne aux Pasdaran en leur accordant des projets économiques colossaux notamment sous forme de « casernes de reconstruction », dont le plus important a été fondé à la fin des années 80. Les forces de sécurité, dont la majeure partie était des vétérans des Pasdaran, ont également eu des parts dans l'économie sous ce même prétexte. Des secteurs importants de l'économie iranienne continuent d'être dominés par les Pasdaran, avec une corruption endémique, un système financier en faillite, une dépendance maladive aux revenus du pétrole et les turbulences de son marché, ainsi que des fonds de retraite calamiteux…

Rappelons que dans ce contexte, 1,2 millions de personnes rejoignent chaque année le marché du travail, dont des centaines de milliers de jeunes diplômés, alors que l'économie exsangue n'a pas les moyens de les intégrer.

L'intégration des Pasdaran à la politique intérieure s'est opérée à l'époque de Khomeiny dans le but de réprimer l'opposition démocratique sous prétexte de combattre la « contre-révolution » et les femmes « mal voilé ». Mais l'entrée des Pasdaran dans le secteur économique s'est opéré avec les soins de Rafsandjani et de Khamenei.

Dès l'aube de la révolution islamique, Khomeiny a cherché à créer un système monolithique, ce qui a eu pour conséquence la disparition des libertés publiques. La démission de Mehdi Bazargan, (le premier ministre modéré après la révolution) donnèrent à Khomeiny l'occasion de mettre en œuvre ses funeste de desseins. C'était sans compter un obstacle de taille : le mouvement des Moudjahidines du peuple d'Iran (OMPI), la principale force d'opposition dotée d'une considérable capacité de mobilisation. Le régime s'est donc lancé dans une frénésie répressive, avec des arrestations massives et des exactions sans précédent dans les prisons iraniennes. La répression de l'OMPI et des autres partis politiques a atteint son apogée en 1988 avec le massacre de 30 000 prisonniers politiques en quelques mois.

Durant cette épisode, qui coïncidait avec les dernières années de la guerre et de la vie de Khomeiny, sérieusement malade, Rafsandjani joua le rôle essentiel dans les affaires pays. D'abord il dirigea de facto l’Etat avec un conseil composé de cinq caciques du régime (2). Ce conseil joua un rôle déterminant dans la décision et la mise en œuvre du terrible massacre des prisonniers politiques en 1988. Ensuite, en tant que commandant en chef adjoint des Forces armées, Rafsandjani chercha à préserver le régime en mettant fin à la guerre.

Deux politiques majeures ont présidé à la stratégie de survie du régime : premièrement, une politique de répression totale à l'intérieur et la création d'un axe de résistance dans la région pour exporter le terrorisme et l'intégrisme. Deuxièmement, une politique internationale visant à réduire les tensions pour profiter des échanges économiques avec l'Occident. Dans ce but,  Rafsandjani a cherché à mettre en avant un semblant de modération de certaines factions du régime pour duper les interlocuteurs étrangers et attirer les investissements.

Le but recherché par Rafsandjani a toutefois toujours été la pérennisation du régime. C'est dans ce contexte que le « requin », en tant que premier initiateur du programme nucléaire militaire iranien dans les 1980, a engagé le pays dans un projet atomique au coût astronomique qui a fortement appauvrit le pays et contribué à son isolement.

Considérant le rôle essentiel qu’a joué Rafsandjani dans le maintien du régime islamiste durant les trois dernières décennies, sa mort va probablement donner plus de leste à la faction rivale, mais la disparition d'un pilier et architecte de la République islamique, va très certainement aussi contribuer à briser l'équilibre interne du système et à le fragiliser encore plus.

Sans Rafsandjani, la théocratie iranienne sera plus que jamais un régime en sursis.

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(1) : La justice argentine a lancé un mandat d'arrêt contre Rafsandjani, en tant qu’un des principaux commanditaires de l'attentat d’AMIA à Buenos Aires en 1994 ; un tribunal allemand l’a, pour sa part, convoqué comme principale accusée dans l'affaire de l’assassinat de leaders kurdes iraniens à Berlin dans le restaurant Mykonos en 1992).

(2) Ce conseil était composé de Mir Hossein Moussavi, premier ministre, Moussavi Ardibili, chef du judiciaire, Khamenei, Président du régime, Ahmed Khomeiny, le fils de Rouhollah Khomeiny, et Rafsandjani.

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