« simulacre d’élections"

A l’approche du scrutin présidentiel en Iran, les esprits s’échauffent de plus en plus tout, dénonçant un « simulacre d’élections".

L’élection iranienne arrive à grand pas, avec le scrutin prévu pour le 19 mai et un éventuel bouleversement attendu pour le 26 mai. Les hauts cadres de l’Etat sont sous forte pression car les campagnes entamées par les médias sociaux encouragent les Iraniens à boycotter les élections et optent pour un vote en faveur d’un « renversement du régime ».

Les différentes factions du régime sous extrême tension se livrent une concurrence acharnée car elles ont chacune un même but commun : tenter de prendre le pouvoir pour les quatre prochaines années à venir et montrer un nouveau visage du pays aux yeux de l'Occident.

« Nous sommes là pour dire aux extrémistes apologistes de la violence que cette ère est désormais résolue", a déclaré il y a peu le président Hassan Rohani.
"Vous (il s’adresse à son auditoire) ne pouvez pas entraver l’aspiration de notre jeunesse à la liberté et au progrès  ... Ce mois-ci, la nation rejettera de nouveau ceux dont les décisions principales au cours des 38 dernières années se sont cantonnées à des exécutions et des emprisonnements arbitraires ».

Ce propos est ironique car il vient d'un personnage aux mains entachées du sang de 3 000 victimes d’exécutions effectuées durant son mandat au cours des quatre dernières années. Sans parler du fait qu'il a été le premier officiel iranien en 1980 à commanditer des exécutions publiques lors des prières du vendredi sous la main de l'appareil répressif interne du régime.

Plus récemment encore, Rohani s'est vanté  de l’augmentation à hauteur de 145% du budget de la défense sous son mandat. Pourtant, Ebrahim Raisi, son concurrent principal à la présidence et fidèle parmi les fidèles de Khamenei, est sur la même longueur d’ondes. Il appartient à la magistrature depuis plus de trois décennies et a collaboré à la Commission de la mort responsable du massacre de prisonniers politiques en 1988, dont la plupart d’entre eux étaient des Moudjahidines du peuple d’Iran (PMOI/MEK). Khamenei, conscient de la tension bouillonnante qui règne parmi les Iraniens, a lancé un vif avertissement pour éviter que soient perturbées les prochaines élections et a également souligné l'importance de la sécurité. Il a par ailleurs interdit aux candidats de mentionner le massacre de 1988, malgré la sortie d'un enregistrement prouvant l’implication des membres du gouvernement dans le massacre. Raisi s’est défendu en ayant voulu protéger l’Iran de l’implosion.

L'ensemble du régime est effrayé à l’idée d’une redite de l'insurrection de 2009, quand des milliers d'Iraniens étaient descendus dans la rue pour exiger le respect de leurs droits providentiels. Ces préoccupations ont mis le régime en difficulté pour toutes les échéances électorales à suivre.

Mais toutes ces questions nous éloignent du principal enjeu : le régime est miné par ses divisions internes. Il doit repartir sur des fondements solides non seulement pour lui-même or, au lieu de ça, il est traversé à l’intérieur de ses factions par des fissures béantes qui s’élargissent de plus en plus. L'un des soucis majeurs est le manque de successeur crédible à Khamenei, à un moment où sa santé est mise en péril suite à un cancer de la prostate. Le régime iranien affronte une crise domestique croissante, et en parallèle fait face à des pressions internationales persistantes, avec notamment l’arrivée d’une nouvelle administration américaine, et pour finir, son unité est de plus en plus fragilisée.

Les campagnes médiatiques entamées par divers groupes d'opposition ont également continué à accroitre la masse des mécontents qui ont opté pour le boycott pur et simple de ces élections. En réponse à un appel posté sur le site Web PMOI/MEK, la jeunesse a pris les devants et décider de passer outre les menaces d'arrestation, de torture et d'exécution pour exprimer publiquement leur ras-le-bol du régime. Des membres du réseau des Moudjahidines de l'Iran se sont vus interdire la publication de panneaux affichant les candidats d’opposition.

 

Le Conseil National de la Résistance Iran (NCRI) est interdit de toute activité politique en Iran depuis 1981. Ce groupe est l'opposition la mieux organisée et la plus redoutée du régime iranien.

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