Elections truquées en Iran

Le jour de l'an iranien, Nowruz, ce 21 mars, Khamenei annonça : "La dernière chose concernant les élections [présidentielles] est que notre chère nation ne doit pas y voir un symbole de bipolarité. Mettez de côté ces fausses divisions de gauche et de droite et autres." (Khamenei - 1er avril 1400).

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En mars 2019, durant les élections parlementaires en Iran, le conseil des gardiens, nommé par Khamenei, disqualifia la plupart des candidats qui n'étaient pas loyaux à Khamenei. Un grand nombre de ces candidats avaient été élus durant des élections précédentes, et avaient même eu deux ou trois mandats en tant que membres du parlement. Le résultat était donc un parlement avec une majorité écrasante de parlementaires alignés avec les politiques de Khamenei.

Suivant deux révoltes générales en novembre 2017 et décembre 2019, suscitées par un mélange de pauvreté inégalée, de prix élevés et d'inflation et qui surprenèrent le régime iranien, le guide suprême iranien aborda une approche contractionnaire, surtout concernant les élections présidentielles proches, et installa ses proches dans des positions gouvernmenetales clés.

En réaction a l'annonce de plusieurs candidatures, dans son dernier communiqué, le conseil des gardiens annonca que "si le conseil des gardiens détermine qu'il y a eu un incident avant l'élection, même concernant ceux déjà qualifiés, cela pourrait disqualifier un candidat. C'est le droit légal du conseil des gardiens de disqualifier des candidats. Il est possible que quelqu'un aie fait ou dit quelque chose, dans les périodes précédant ou suivant leur qualification, dans des débats ou autre, ou lors de campagnes. Le droit de surveillance du conseil des gardiens leur permet d'examiner la compétence des candidats." (Propos sélectionnés, 18 May 2021)

Le conseil des gardiens scrutinise constamment les candidats à la présidentielle, même ceux qui auraient pu se présenter aux élections précédentes. Un journal de l'état écrit sarcastiquement : "Avec cette explication, les débats éléctoraux deviendront une émission télé. Tout argument pourrait amener à la disqualification des candidats (Shargh - 1 May 1400)

Un juriste d'état écrit d'un ton léger et moqueur à propos de la surveillance approbatrice et pouvoirs illimités du conseil des gardiens. "La meilleure chose à faire pour accélérer ces élections et éviter des dépenses nationales de temps et d'argent serait de retirer toutes les urnes et d'en laisser simplement une pour le conseil des gardiens," dit-il. (Morning Star, 7 May 1400)

Le conseil des gardiens consiste de six mollahs nommés par le guide suprême, et six juristes nommés par le chef du pouvoir judiciaire. Bien évidemment, le chef du pouvoir judiciaire est lui-même nommé par Khamenei. Ainsi, les membres du conseil des gardiens sont tous directement ou indirectement nommés par Khamenei. Autrement dit, le conseil des gardiens représente les vues du guide suprême. La mission de cet établissement inhabituel est de valider et d'établir les qualifications de candidats, de surveiller les résolutions parlementaires, et d'interpréter la constitution. C'est à dire, il monopolise tout et déprive le peuple de son droit de choisir.

Mesbah Yazdi, ancien membre de l'assemblée d'experts du guide suprême, dit "Si l'on a parlé d'élections dans la République islamique jusqu'à présent, c'est simplement parce que le Guide suprême a jugé bon d'organiser des élections maintenant et de recueillir l'avis du peuple. Le Wali al-Faqih a le droit et pourrait choisir tout autre type de gouvernement, lorsqu'il le souhaite et le juge opportun ; dans lequel il pourrait ne pas se référer du tout au vote du peuple. La légitimité du gouvernement n'est pas seulement soumise au vote et au consentement de la nation. Le vote de la nation n'a pas d'incidence sur sa crédibilité." (Parto Weekly, 28 décembre 1984)

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