Une candidate anticapitaliste portant le foulard ! Et pourquoi pas !

Ilham Moussaïd a milité au sein d'un collectif contre l'occupation de Gaza, il y a un peu plus d'un an. Très active elle y rencontre des militants du NPA. A partir de la cause palestinienne et du boycott des produits israéliens, elle prend conscience des problèmes structurels que posent le capitalisme : les guerres pour le pétrole, mais aussi l'oppression des femmes, le racisme, l'écologie...

Ilham Moussaïd a milité au sein d'un collectif contre l'occupation de Gaza, il y a un peu plus d'un an. Très active elle y rencontre des militants du NPA. A partir de la cause palestinienne et du boycott des produits israéliens, elle prend conscience des problèmes structurels que posent le capitalisme : les guerres pour le pétrole, mais aussi l'oppression des femmes, le racisme, l'écologie...

 

Elle devient adhérente du NPA dans le Vaucluse et même trésorière départementale. Comme beaucoup d’autres militants anticapitalistes, Ilham est arrivée à la critique du capitalisme à partir de son engagement dans une lutte spécifique, ici la Palestine, avant de voir les liens entre cette lutte spécifique et d’autres luttes. Au sein du NPA elle a rencontré des féministes, des écologistes, des syndicalistes…

 

Ces rencontres furent riches. Personnellement, j’ai beaucoup appris de ce qu’est la discrimination vis-à-vis d’une jeune beur, ou l’importance que revêt le boycott pour la lutte sur la Palestine. Je pense qu’elle a aussi découvert des sujets comme l’écologie ou le syndicalisme. C’est ces liens qui font la richesse d’un anticapitalisme renouvelé qui permet de voir les connexions entre les guerres au Moyen Orient, la place stratégique du pétrole, l’effet de serre et l’islamophobie montante en occident.

 

C’est aussi dans ces discussions que je me suis aperçu que le capitalisme, la marchandisation de tous les rapports sociaux ou la concurrence de tous contre tous entrent finalement frontalement en contradiction avec une foi qui met au cœur de sa démarche le don et l’échange. A ce titre, je ne vois pas pourquoi la foi serait un moteur d’engagement moins légitime qu’une prise de conscience écologiste à la mode d’Avatar, version bobo animisme cul-cul la praline.

 

Bref, cela aurait du être assez normalement qu’Ilham soit proposée par son comité pour être sur une liste du NPA aux régionales…assez normalement non ! Car j’ai oublié de dire dans cette comptine anticapitaliste qu’Ilham porte le foulard ! Or dans le France du XXIème siècle, porter un foulard cela pose de gros soucis. Du coup, un débat s’est engagé au sein du NPA sur cette question, et maintenant il déborde dans les médias nationaux.

 

Que penser de cette gêne au sein du NPA et de ce déchaînement à l’extérieur contre l’islamo-gauchisme. Tout d’abord, c’est une preuve de l’oppression spécifique discriminant les musulmans. Des catholiques ont de tout temps eu une action y compris politique sans que cela ne gène personne : Abbé Pierre, Gaillot…De plus cette oppression touche encore plus les femmes…finalement un homme musulman croyant n’attirerait pas ces foudres. Deux arguments sont utilisés dans les débats depuis des années sur la question du voile : le féminisme et la laïcité.

 

Sur le féminisme, c’est totalement incompréhensible, une femme entre en politique, parle en public, se présente aux élections et on voudrait l’en empêcher car elle croie en Dieu et le vit à sa façon ! Belle preuve de féminisme, encore un coup où l’important est surtout de choisir pour les femmes comment s’habiller convenablement ! Femme émancipée façon occidentale mais pas trop quand même à la façon de Viginie Despentes ou Lisbeth dans Millenium. D’ailleurs, vous pouvez être sûr qu’une femme en mini jupe cuir, violente attirerait à terme à peu près les mêmes foudres. Il y a donc du sexisme en plus de l’islamophobie à vouloir mettre à l’index une fille voilée.

 

La laïcité au sens noble est que les croyances de toutes et tous puissent être respectées. En France, elle s’est surtout construite contre le pouvoir de l’église catholique. Cet immense pouvoir assurait la légitimité du pouvoir politique, opprimait de larges pans de la société. Le combat émancipateur contre ce pouvoir obscurantiste d’une minorité était nécessaire. Mais de là à faire le raccourci entre église=oppression=croyance ! Non ! Ne confondons pas la pratique de millions d’habitants et le pouvoir politique d’une église. La spiritualité fait partie de l’existence humaine ! Certains croient avoir dépassé ce stade. Mais c’est faux. Ils ont remplacé un dieu par un autre Dieu (l’argent, le pouvoir, le foot, les lendemains qui chantent, la star ac…) et des normes morales par d’autres normes morales. La véritable émancipation consiste à choisir dans sa vie les actions et référents moraux qui nous conviennent. Ils proviennent à la fois de notre éducation, de notre culture et de nos expériences. Nous n’avons pas à juger ceux d’autrui par contre nous pouvons les juger à leurs actes. C’est cela le vrai matérialisme émancipateur.

 

Et personnellement je me sens plus proche de la militante pour la cause palestinienne voilée que d’un directeur de Carrefour, qui en plus de vendre des marchandises produits par des israéliens sur le sol palestinien, exploite ses salariés, harcèle ses caissières et roule en BMW. J’ai plus de préjugés négatifs envers ces possédants cyniques aux parachutes dorés qu’envers ceux et celles qui luttent à nos cotés contre ce système.

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