Après le 14 avril !

Nous sommes à la croisée des chemins. La mobilisation sociale contre la politique de Macron s’amplifie, mais elle demeure à ce jour insuffisante pour faire céder le pouvoir. Quelle stratégie pouvons-nous adopter pour bloquer Macron et son monde ?

Macron a mené des attaques tout azimut depuis un an : casse du code du travail, politique anti-migrant, démantèlement des services publics, sélection à l’université, approfondissement la crise écologique. Sa stratégie de choc est simple. Il veut profiter de son élection et de la légitimité qu’elle lui confère pour appliquer l’agenda que Denis Kessler révélait dès 2007 dans un éditorial du journal Challenge :

« Adieu 1945, raccrochons notre pays au monde ! Le modèle social français est le pur produit du Conseil national de la Résistance. (…) Il est grand temps de le réformer, et le gouvernement s’y emploie. Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme…A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

Sa méthode et son projet sont dans la parfaite continuité de ceux de Sarkozy, même si dans le discours il n’assume pas totalement la radicalité de son programme au seul profit des plus riches. Sarkozy avait beaucoup fait dans ce sens, mais son projet avait été stoppé par la crise des subprimes et surtout par la forte mobilisation des retraites. Cette dernière n’avait certes pas empêché la réforme des retraites, mais elle avait stoppé net la poursuite de l’agenda néolibérale. D’une certaine manière, macron reprend le travail que Sarkozy et Hollande n’avait pas pu finir. Il est donc vital de l’arrêter et c’est probablement le bon moment pour le faire.

Nous bénéficions d’un climat favorable. D’abord, à l’étranger ces mêmes réformes ont eu lieu depuis de nombreuses années et nous en voyons les effets aujourd’hui en Allemagne, aux USA, en Grande Bretagne ou Espagne : Rail en faillite et grande pauvreté. Là-bas aussi les mobilisations sont aujourd’hui fortes. Ensuite, Macron est mal élu. Au premier tour il ne recueille que 23% et encore beaucoup d’électeurs n’ont pas voté pour son programme. L’addition des électeurs de Macron et de Fillon qui représente ceux potentiellement en accord au moins partiel avec l’agenda néolibéral est inférieure à 50%. Enfin la gauche a été dominée dans la dernières période par la fraction opposée à cet agenda néolibéral. Mélenchon et Hamon représentent à eux deux la première force du pays au premier tour. Le PS est en déroute, et la France Insoumise est la première force d’opposition, et aussi la seule vraiment audible.

Nos faiblesses sont aussi nombreuses. D’abord, le mouvement ouvrier traditionnel est historiquement faible, comme en démontre la chute du nombre de jours de grèves passé de 4 millions de jours de grève dans les années 1970 à 60 000 après 2010[1]. Après de nombreuses défaites, la résignation des salariés et des chômeurs est forte. Enfin, les directions politiques et syndicales à gauche sont désunies. La CFDT a souvent trahi (la position de la CFDT Cheminots est à ce titre une excellente nouvelle).  La direction de FO s’est faite carrément acheter. La CGT a parfois une volonté hégémonique contreproductive. La politique souvent suiviste du PCF et d’EELV, vis-à-vis du PS ont rendu difficile la convergence des partis politiques de gauche.  

Heureusement, le mouvement social et politique à Marseille nous montre la voie. Depuis de nombreuses années, l’UD CGT est à l’initiative de mobilisations politiques et sociales unitaires. Ces mobilisations ne remplacent pas l’organisation des luttes au sein de chaque entreprise. Elles sont complémentaires. Encore une fois, les forces politiques et sociales marseillaises ont pris leur responsabilité dans la période et ont appelé à une grande manifestation unitaire ce 14 avril à 14h au Vieux Port. L’ampleur de cette mobilisation déterminera la suite. Nous devons donc être tous très nombreux dans la rue à Marseille, mais aussi ailleurs comme à Nantes contre la répression à NDDL.

Pour la suite, nous devons être dans la rue le plus souvent possible. Nous ne devons pas attendre la grande manifestation qui fera plier le gouvernement. Pour construire un vrai rapport de force, Il faut donc plutôt adopter une stratégie multiple de véritable guérilla sociale et de massification du mouvement avec manifestation des différents secteurs, grève, AG interprofessionnel, occupation des lieux de travail, blocage des entrées des villes, journée de mobilisation unitaire et interprofessionnelle.

Cette stratégie de mobilisation active interprofessionnelle telle qu’elle est déjà mise en œuvre dans certains endroits en associant étudiants, cheminots ou postiers, est susceptible de déboucher sur des journées de grève massive dans le public et dans le privé, si les organisations syndicales et politiques prennent ensuite leur responsabilité. Chaque journée de blocage du pays c’est des millions qui s’envolent pour les patrons. Nous ne devons jamais l’oublier que de telles grèves massives ont toujours fait céder les gouvernements.

Pour cette raison, il n’y a aucune raison d’opposer les différentes journées d’actions (1 ou 5 mai) ou les différents moyens de mobilisation. Par contre, nous devons rapidement sortir de grève défensive à des actions offensives comme c’est déjà le cas à Air France.

Pour faire converger toutes ces luttes, il nous faut rapidement une plateforme revendicative commune qui associent hausse généralisée des salaires, baisse du temps de travail, défense des services publics, gratuité de l’université, zéro SDF dans la rue, une sécurité sociale intégrale, des transports en commun accessibles pour toutes et tous et un grand plan pour une transition écologique de la société. Et il nous faut obtenir de toutes nos organisations politiques et syndical à l’échelle nationale un appel à une manifestation unitaire et une date pour le début d’une grève générale et reconductible.

[1] http://dares.travail-emploi.gouv.fr/dares-etudes-et-statistiques/statistiques-de-a-a-z/article/les-journees-individuelles-non-travaillees-jint

 

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