Surmonter deux débats pour la gauche anticapitaliste

 Les élections régionales sont déjà marquées par le débat autour du voile et l’absence d’unité à gauche du PS dans la plupart des régions. Revenons sur ces deux grandes questions qui structurent la gauche radicale française : (i) les questions relatives à l’immigration et à l’islamophobie montante depuis 2001 et (ii) la stratégie vis-à-vis des institutions et le rôle des élections. Ces deux débats sont en partie orthogonaux et ils ne dessinent pas les mêmes clivages : au sein de chaque parti, les « affaires du voile » et la question de l’unité aux élections produisent des divisions aux géométries totalement différentes. Mais si ces divergences sont réelles et ont des racines historiques très lointaines, nous devrons les dépasser pour ensemble définir un nouveau paradigme permettant de changer la société et de sortir du capitalisme. 

 

Les élections régionales sont déjà marquées par le débat autour du voile et l’absence d’unité à gauche du PS dans la plupart des régions. Revenons sur ces deux grandes questions qui structurent la gauche radicale française : (i) les questions relatives à l’immigration et à l’islamophobie montante depuis 2001 et (ii) la stratégie vis-à-vis des institutions et le rôle des élections. Ces deux débats sont en partie orthogonaux et ils ne dessinent pas les mêmes clivages : au sein de chaque parti, les « affaires du voile » et la question de l’unité aux élections produisent des divisions aux géométries totalement différentes. Mais si ces divergences sont réelles et ont des racines historiques très lointaines, nous devrons les dépasser pour ensemble définir un nouveau paradigme permettant de changer la société et de sortir du capitalisme.

 

Je fais ici un constat engagé, assumée comme étant non neutre, membre du NPA, j’ai milité depuis 2005 pour l’unité à la gauche de la gauche et sur la seconde question j’ai défendu Alma et Lila en 2003 et Ilham Moussaïd en 2010….

 

Partie I : Le constat

 

Dans les années 80, le libéralisme triomphait, les cadres comme certains ouvriers pensaient encore pouvoir tirer profit du capitalisme. Aujourd’hui, le bilan est amer et même les dominants reconnaissent cyniquement la faillite du système. Le néolibéralisme, forme historique qu’a prise le capitalisme depuis les années 80 (de Tatcher, Reagan, à Bush, Sarozy…), a triplement échoué : les inégalités n’ont cessé de croître, le racisme est de retour[1], l’état de la planète empire, les guerres et la violence d’état se poursuivent, et cette société du mépris[2] démantèle tout ciment social sociaux et détruit les individus. Aujourd’hui peu de gens défendent que la société actuelle se porte bien. Les luttes sociales, écologistes, anti-racistes ou anti-impérialistes ont contribué depuis décembre 1995 à la reconstitution d’une critique global du système. La crise climatique et la crise financière ont reposé la question de la pérennité de système économique à l’échelle globale. Le cynisme des plus puissants est de jour en jour plus criant : les pauvres payent pour le maintien du profit des plus riches. On vit donc objectivement dans une période révolutionnaire où la nécessité de changements est ressentie par un nombre toujours croissant de personnes.

 

Pourtant subjectivement, c’est le contraire qui prédomine. Nous subissons de plus en plus d’attaques sans réagir. L’hôpital public se meurt, la poste se privatise, la retraite n’est plus qu’une lointaine chimère, l’eau et l’électricité deviennent des biens de luxe, l’école exclut les plus pauvres, trop violents, l’université forme des robots, des chevaux de Troie vont venir contrôler nos activités informatiques[3] et on déporte les plus exclues dans des pays que parfois ils ne connaissent même pas. Nos réactions ont trop souvent échoué (Mai - Juin 2003 ; printemps 2009). Trop peu de nos luttes ont gagné et ces victoires (Décembre 1995 ; NON de gauche au TCE ; CPE, Guadeloupe 2009) ont toujours été le fruit de l’unité et de la radicalité, deux éléments hélas rarement conciliables. Mais nous soufrons surtout d’un manque de confiance dans des perspectives alternatives au capitalisme et de l’absence d’un sujet politique uni pour les porter. C’est dans ce contexte que la gauche radicale devra résoudre ces deux vieux démons : sa relation aux immigrés et son rapport aux élections et aux institutions.

 

Partie II : La question coloniale

 

La question coloniale aujourd’hui se traduit pas trois débats en apparence distincts mais qui de mon point de vue se rejoignent :

 

1/ Les nouvelles guerres impérialistes (Irak 1, Serbie, Afghanistan, Irak 2, Iran, Palestine)

 

Il y a eu un consensus entre la gauche libérale et la droite sur la légitimité des nouvelles guerres impérialistes (sauf pour la seconde guerre d’Irak). Consensus bien compréhensible pour des défenseurs du capitalisme vu l’importance économique (pétrole) que revêtent les régions touchées par ces guerres. Mais au sein de la gauche radicale il existe aussi des divergences importantes même si elles n’apparaissent pas clairement. En effet, une partie considère que l’impérialisme occidental et ces intérêts politico – économiques expliquent en grande partie tous ces conflits et cet impérialisme doit être notre principal ennemi. Les choix de ceux qui luttent contre cet impérialisme ne regardent qu’eux, il ne sert à rien de les juger. Cette première position suit finalement (parfois sans le savoir) une ligne matérialisme radicale héritière de Marx. Selon cette position, ce n’est pas en jugeant l’orientation du Hamas, que l’on aide les palestiniens, par contre une critique moraliste des mouvements de luttes nationales aide mécaniquement la propagande occidentale et américaine. Donc le jugement moral de tel ou tel groupe qui lutte contre l’impérialisme dans son pays n’apparaît pas d’une grande utilité. Une seconde position existe, elle est l’héritière de la gauche réformiste radicale ou des anarchistes. Pour elle, la dénonciation morale et idéaliste de « quelque chose de mal » est une absolue nécessité. Du coup, cette gauche là est à la fois contre la guerre en Afghanistan et contre les talibans, contre la politique des colonies israéliennes et contre le Hamas ou le Hezbollah, et contre l’invasion américaine mais contre Saddam Hussein. Cette politique du « ni ni » et du « contre contre» est peut être théoriquement juste mais elle mène à une certaine forme de relativisme et s’insère hélas assez bien dans la logique de guerre des civilisations promue par la droite américaine. Ce point de vue aussi prend ces racines dans l’attitude vis-à-vis de la colonisation. Rappelons qu’ « en 1956 encore - c’est-à-dire deux ans après le déclenchement de l’insurrection nationale en Algérie - le PC continuait à demander le maintien de l’Algérie dans l’Union française et se prononçait contre l’union de l’Algérie avec la Tunisie et le Maroc indépendants au sein d’un Maghreb arabe »[4].

 

2/ Les sans-papiers et les roms

 

La gauche libérale et la droite finalement s’accordent sur cette question car comme le disait M. Rocard « on ne peut pas accueillir toute la misère du monde », ce qui exclut toute politique de régularisation massive. Besson constitue à ce titre un magnifique emblème de cette convergence droite –gauche. Membre du bureau national du PS en 2003, il devient le symbole de l’expulsion des immigrés. Sur ce point, la gauche radicale est dans le discours relativement uni mais dans les actes, PCF comme écologistes sont parfois proches de la position du PS. Encore récemment, la mairie communiste de Bagnolet a procédé à l'expulsion d'un des plus gros squats de la ville. Entre 20 et 80 personnes se retrouvent à la rue, en pleine vague de très grand froid. Les Verts ne sont pas en reste. Voynet, fraîchement élue maire de Montreuil a en décembre 2009 demandé à la police de déloger les Roms pour « nettoyer » et « désinfecter »…Pourtant de nombreux communistes ou écologistes soutiennent les combats de RESF. Mais encore une fois ces contradictions viennent de loin. Souvenons nous qu’en 1981, Marchais lançait une campagne contre l’immigration…Comme le rappelle O. Masclais[5], Les politiques des maires communistes ont souvent été ambiguës car « ces populations menacent de fait les intérêts des élus communistes qui ont tenté, des années 1930 aux années 1970, de construire des villes « modernes », de rehausser la valeur sociale et urbaine de leurs communes et de défendre des intérêts proprement politiques sur plusieurs fronts ». Ces organisations sont certes traversées d’un certain racisme mais souvent ces prises de positions sont aussi une adaptation électoraliste à des électeurs de plus en plus racistes.

 

3/ La racaille et le foulard

 

La loi sur l’interdiction du voile à l’école et la réaction par rapport aux émeutes dans les banlieues dessinent la même ligne de fracture, invisible car traversant toutes les organisations de la gauche radicale. Sur ces rebus de la France du XXIème siècle, gauche et droite les utilisent comme des boucs émissaires et des repoussoirs : la racaille, les sauvageons, les intégristes religieux …Pour une majorité de la gauche radicale, il y a un mélange de paternalisme et de peurs. Prenons les émeutes. Deux jeunes fuyant la police meurent, s’en suivent voitures brûlées et affrontements avec la police. L’analyse globale de la gauche radicale a alors été de dire que ces émeutes avaient pour cause le néolibéralisme qui paupérise les sociétés en occultant d’une certaine manière la dimension fondamentale qui est le racisme et la discrimination[6]. L’émeutier était vue de façon paternaliste, « brûler les voitures ce n’est pas la solution mais c’est pas leur faute ». Alors que brûler une école comme une voiture est un message politique claire contre l’état et contre la discrimination qui commence d’abord à l’école ! Une partie de la gauche radicale a dénié l’existence de tout message politique aux émeutiers. La gauche radicale aurait du leur apporter un soutien inconditionnel et appeler les travailleurs à la solidarité. Au lieu de parler du néolibéralisme, elle aurait du faire une campagne sur le racisme. Pire dans les faits, l’avis d’une certaine gauche radicale sur les émeutiers étaient assez proches de celui de la droite et du PS : rien ne justifie ces méthodes apolitiques (émeutes), elles font le jeu de la droite, ce sont des racailles associées au lumpen prolétariat (incontrôlable et du côté de la réaction pour LO), l’électorat populaire ne nous suivrait pas…

 

Même « ni ni » sur la question du foulard à l’école ou sur la candidature d’Ilham Moussaïd sur des listes du NPA aux régionales: ni racisme, ni religion. En 2003, droite et gauche libérale ont soutenu une loi interdisant le port du foulard à l’école, profitant ainsi de l’islamophobie montante[7]. Mais nous ne devons pas oublier que cette affaire du voile en 2003 prend sa source avec deux professeurs dirigeants à LO et à la LCR luttant contre des filles portant le foulard dans leur établissement. Ce micro événement a conduit à la production d’une loi raciste interdisant aux filles portant le foulard de venir à l’école. L’idéologie dominante a réussi à faire passer l’idée depuis le 11 septembre que le problème principal c’est l’islam qui conduit à cette fameuse guerre des civilisations. Une partie de la gauche considère du coup consciemment ou inconsciemment qu’il existe deux ennemis : le capitalisme et l’obscurantisme sexiste, raciste et communautaire associé rapidement à l’islam. J’ai entendu parler de menace verte ou du spectre de l’Iran comme si le risque était réel en France d’un basculement vers un état islamique prônant la charia et massacrant les communistes…Pour justifier finalement l’injustifiable (être du coté de la discrimination raciste) on invoque alors le féminisme et la laïcité. Etrange comment des organisations qui sont médiatiquement relativement muettes sur l’argent public qui va aux écoles privées catholiques, muettes sur les femmes battues de façon équivalente dans tous les milieux, muettes sur les viols majoritairement perpétrés dans le noyau familial, muettes sur la pression faite sur le corps des femmes[8], muettes sur les blagues sexistes de leurs dirigeants, muettes sur la prise de parole majoritairement masculine, redécouvrent soudainement le féminisme et laïcité quant il s’agit d’empêcher une fille d’aller à l’école ou une femme d’entrer en politique. Christine Delphy a montré pourquoi le féminisme est utilisé comme complément d’un argumentaire raciste ; mais aussi comment anti-sexisme et anti-racisme sont conciliables dans une politique matérialiste d’émancipation et qui soient ni idéaliste, ni paternaliste[9].

 

Nous pourrions conclure comme d’autres que ces débats sur le racisme, les discriminations et les religions ne sont pas centraux et pire qu’ils occultent les vrais débats (la lutte économique). Mais c’est faux, quand la classe dominante décide (consciemment ou inconsciemment) depuis le 11 septembre de faire du musulman l’ennemi public n°1, lutter contre les fantasmes racistes doit être une tache prioritaire. En plein débat sur l’identité nationale, au cœur d’un délire sur la Burka, quel meilleur moyen de retrouver le chemin de la raison que de montrer qu’une fille portant le foulard peut être laïque et féministe…Cela aurait du aller de soi, pourtant cette décision d’un petit comité de Provence a déchiré le NPA et a provoqué une avalanche d’insultes provenant de toute la classe politique de l’extrême droite à l’extrême gauche. Jamais un sujet n’a autant unifié les directions des partis politiques français, sous le regard assez consterné de nos voisins. En creux, c’est la preuve que si nous ne résolvons pas le problème de notre inconscient colonial qui remonte au mythe de l’exportation de l’universalisme français (de Robespierre à Napoléon), jamais nous ne pourrons unifier la classe ouvrière qui présente aujourd’hui un tableau plus bigarré et multiculturel qu’en 1920.

 

 

Partie III : Quelles stratégies pour sortir du capitalisme ?

 

Le présupposé à partir duquel je travaille est que le capitalisme est un système injuste éthiquement et instable économiquement. Il est traversé d’un certains nombres de contradictions structurelles et il est incapable d’assurer ni (i) l’égalité, les riches sont toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres, (ii) ni la fraternité, nous sommes en concurrence économiques et de reconnaissance les uns contre les autres, tous les liens sociaux deviennent marchands (iii) ni la liberté car finalement ni le pauvre ni même le riche choisit réellement son destin et consomment ce qu’on lui dit de consommer…Pire ce système détruit la nature de façon hélas probablement irréversible. Ce système a la possibilité de surmonter ses problèmes et ses contradictions, en s’enfonçant cycliquement dans la barbarie : guerres coloniales, guerres mondiales, fascismes, racismes…

 

Nous ne connaissons pas d’alternatives miraculeuses, nous savons que le capitalisme d’état ou autrement appelé le socialisme réel (URSS) est aussi un échec. Pour l’instant, il nous faut reconstruire un mouvement internationaliste et trouver les stratégies permettant d’inverser le rapport de forces avec la classe qui domine de façon de plus en plus arrogante nos vies pour assurer ces profits. Historiquement il n’existe pas trente six solutions pour sortir du capitalisme : (1) les armes, (2) les luttes sociales, (3) les pratiques alternatives, (4) les élections. Excluons les armes que pour l’instant plus personne ne défend depuis Action Directe.Chacune de ces formes a son utilité et l'ensemble est évidemment en intéraction.

 

Les luttes sociales c’est les grèves économiques mais aussi les luttes politiques pour les sans papiers ou contre la guerre. Ces luttes permettent de prendre de conscience de notre propre force : quand 1 million de personnes défilent, la peur commence à changer de camp. Quand des milliers de Vénézuéliens ont manifesté contre un coup d’Etat, presque aucune violence n’a été nécessaire pour virer les dirigeants soutenus par le Pentagone et permettre le retour de Chavez. Ces luttes permettent d’obtenir des avancées, elles permettent aussi de gagner des points dans la bataille idéologique : en 2003 avant les grèves, une majorité des citoyens étaient pour la réforme, après une majorité était contre, pareil pour le CPE ou le NON à la constitution. Le processus de grève de masse est un processus central dans la lutte pour changer de société. En ce sens c’est un processus bien différent de la mythique grève générale et du grand soir. Laissons Rosa Luxemburg en parler : « Il est absolument faux d'imaginer la grève de masse comme une action unique. La grève de masse est bien plutôt un terme qui désigne collectivement toute une période de la lutte de classes s'étendant sur plusieurs années, parfois sur des décennies (…) Chaque vague d'action politique laisse derrière elle un limon fertile d'où surgissent aussitôt mille pousses nouvelles les revendications économiques. Et inversement, la guerre économique incessante que les ouvriers livrent au capital tient en éveil l'énergie combative même aux heures d'accalmie politique; elle constitue en quelque sorte un réservoir permanent d'énergie d'où la lutte politique tire toujours des forces fraîches; en même temps le travail infatigable de grignotage revendicatif déclenche tantôt ici, tantôt là des conflits aigus d'où éclatent brusquement des batailles politiques. »[10]. Au sein de la gauche radicale il existe un débat et des divergences sur le niveau de radicalité et le degré de massivité que l’on doit favoriser dans ces luttes : une lutte révolutionnaire mais ultra minoritaires (une partie du syndicat SUD) ou une lutte ultra unitaire unifiant tous les syndicats (CPE). Le choix n’est pas simple. Et il ne faut pas voir le rapport unité - massivité de façon trop mécanique, mais bien avoir une approche dialectique : parfois il faut être radical dans les moyens ou dans les objectifs pour créer une vraie massivité et donc une réelle unité. Par exemple, le CPE a d’abord commencé par une lutte radicale des étudiants, comme en 68 la radicalité si elle ne s’enferme pas sur elle-même peut créer les conditions de la massivité. Mais ceci n’est pas toujours vrai et une lutte radicale qui réussie ne doit pas occulter les nombreuses luttes beaucoup plus sectorielles et moins radicales qui font le combat syndical ordinaire, tout aussi utile.

 

Les pratiques alternatives sont un second moyen pour la lutte des classes. De tout temps, des ouvriers ont réquisitionné leurs usines et ont pratiqué de l’autogestion. Plus récemment, des associations se sont engagées pour mettre en place localement des alternatives collectives: Système d’Echanges Libres (SEL), réseaux agriculteur - paysan (AMAP). Le mouvement pour la décroissance popularise ces modes d’actions. Evidemment ces alternatives peuvent toujours être récupérées par le système mais elles sont indispensables dans la lutte idéologique car elles dessinent la possibilité d’un autre monde.

 

Enfin la question qui fait le plus débat c’est la stratégie lors des élections. Il existe d’abord une division entre ceux qui pensent qu’il faut y participer (PCF, NPA, LO) et ceux qui estiment que rien n’est possible par cette voie (anarchistes, autonomes). Ensuite, il existe une seconde division entre ceux défendent l’utilité de positions institutionnelles (PCF, PG, une partie du NPA) et ceux qui ne voient dans les élections qu’une tribune pour les révolutionnaires (LO et une autre parti du NPA). Enfin, il existe un dernier débat qui traverse autant le NPA, le PG que le PCF qui concerne le niveau de compromission que l’on accepte notamment vis-à-vis du PS pour avoir des positions dans les municipalités, les régions, voir les ministères. Pour analyser notre démarche vis-à-vis des élections je pense qu’il faut revenir au fondateur du PCI (A. Gramsci) et voir dans la lutte des classes une guerre de tranchées contre ceux qui détiennent le Capital. Cette guerre doit se mener à tous les échelons et chaque position occupée est un point d’appui pour continuer le combat. La grandeur et la puissance du PCF et de la CGT ont précisément reposé sur ces acquis de la lutte ouvrière. Des associations de quartiers, en passant par la solidarité dans les syndicats ont irrigué la société d’une autre idéologie que celle du capitalisme pendant des décennies. Mais il faut aussi voir ce processus de façon dialectique : l’institutionnalisation est un point d’appui mais cela peut aussi devenir un frein. Quand le maintien de positions institutionnelles devient une fin et non plus un moyen, la force devient une faiblesse, les défenseurs des ouvriers se transforment assez facilement en leur fossoyeurs : le rôle négatif de la CGT au début de mai 68 ou plus récemment en mai-juin 2003, l’expulsion des roms, la chasse aux Rmistes organisés dans les régions tenues par la gauche plurielle en sont l’expression. Mais ne regarder que l’aspect négatif ne résout pas le problème car les élections sont le moyen le plus puissant pour mener les luttes idéologiques et pour pérenniser des acquis issus des luttes sociales.

 

Enfin, nous ne savons pas exactement comment nous nous débarrasserons de ce système, mais l’hypothèse la plus probable demeure un début de révolution par les urnes. J’ai un rêve : Des luttes de masses, des émeutes, des travailleurs solidaires, une auto-organisation à la base dans tous les quartiers, et l’élection d’un gouvernement de gauche radicale s’engageant à rompre avec le libéralisme, le racisme et le colonialisme et envisageant la sortie du capitalisme…C’est un rêve mais ce scénario a déjà eu lieu ailleurs, après Allende, Chavez et Morales ont été vecteur d’espoir, ne les laissons pas seuls face à l’impérialisme, car la révolution sera mondial ou ne sera pas et toute révolution partielle finira dans la barbarie….

 

Pour cela il nous faudra donc dépasser toutes nos divisions et définir le nouveau sujet porteur d’émancipation : c’est le faucheur OGM, la croyante musulmane militant pour la Palestine, le chrétien qui aide le sans papier, le syndicaliste de chez total, le leader kanak ou guadeloupéen, l’infirmière intérimaire, le postier gréviste, l’incendiaire de voitures, l’autonome émeutier lors des G8, le paysan bio organisant sa distribution autour d’une AMAP, les associatifs aidant les enfants des quartiers, les femmes battues ou les gitans, l’intermittent du spectacle…

 

C’est cette unité là qu’il nous faut reconstruire, reste à définir les moyens pour y parvenir. Pour cela, il nous faut redéfinir notre but et esquisser des ébauches de la société future que nous souhaitons. Mais nous devons aussi revoir nos méthodes : le respect des uns et des autres, l’unité d’action la plus large, la démocratie, la transparence, la mise en mouvement du plus grand nombre et la solidarité face à la répression. Vaste chantier dans champ de ruines et d’espoirs.


[1] En tout cas sa manifestation organisée et visible car le racisme a toujours été latent et s’est redéployé à chaque moment de tension (guerre d’Algérie…)

[2] Il faut absolument lire « La société du mépris » d’Axel Honneth

[3] http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/l-hadopi-n-est-qu-un-cheval-de-55207

[4] http://www.vacarme.org/article143.html#nb1

[5]http://www.cairn.info/article.php?ID_REVUE=GEN&ID_NUMPUBLIE=GEN_045&ID_ARTICLE=GEN_045_0150&FRM=N

[6] La part des anges La crise de l’automne 2005 dans les quartiers pauvres en France et la démonologie des banlieues par Bernard Dreano, Décembre 2005

[7] voir le film un racisme à peine voilé : « http://www.dailymotion.com/video/x7sjan_un-racisme-%E0-peine-voil%E9-j%E9r%F4me-hos_webcam »

[8] Qui a fait récemment une revue de tous les délires sexistes qui traînent dans toute la presse féminine : comment être belle sans faire du sport ? Comme plaire à son homme ? Qu’attend-il de vous au lit ?

[9] voir un site où tous ces textes sont disponibles : http://lmsi.net/article.php3?id_article=186

[10] R. Luxemburg : Grève de masse, parti et syndicat

 

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