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Billet de blog 30 oct. 2020

De l'union de la gauche et des écologistes...

Débattre de recomposition politique en pleine crise sanitaire, alors que nous assistons à une recrudescence de crimes terroristes est loin d'être aisé. Mais nous ne sortirons pas par le haut de cette période sombre, sans essayer de trouver des solutions pour qu'une autre politique sociale et écologique puisse être mise en œuvre.

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Débattre de recomposition politique en pleine crise sanitaire, alors que nous assistons à une recrudescence de crimes terroristes est loin d'être aisé. Cela peut même sembler inopportun à certains. Mais nous ne sortirons pas par le haut de cette période sombre, qui pourrait bien se terminer par une victoire de la droite fasciste dans notre pays, sans essayer de trouver des solutions pour qu'une autre politique sociale et écologique puisse être mise en œuvre.

Les tribunes de nos journaux sont remplies depuis plusieurs mois d'appels à l'unité dont le vide politique n'égale peut-être que le désintérêt que les citoyens, voir même des militants politiques et syndicales leur portent. Commençons par une des plus intéressantes. 16 associations et syndicats ont lancé en avril 2020 une pétition pour un Jour d’Après écologique, féministe et social :

 https://france.attac.org/se-mobiliser/que-faire-face-au-coronavirus/article/petition-plus-jamais-ca-signons-pour-le-jour-d-apres

Comment expliquer qu'une initiative lancée notamment par la CGT, la FSU Solidaires, mais aussi OXFAM, Greenpeace ou les amis de la terre ne recueillent pas plus que 187 000 signatures ? Pourquoi n'a-t-elle provoqué quasiment aucune dynamique militante ? Certes il y avait le confinement, et la crise sanitaire. Mais tout de même, la diversité des initiateurs aurait pu être porteur de dynamiques. Les propositions associées à cette initiative sont intéressantes[1], mais finalement elles diffèrent peu des propositions déjà mises en avant par différentes organisations politiques de gauche (PCF, FI). A mon avis, cette initiative a eu du mal à prendre, car c'est une initiative politique venant du monde associatif et syndical et qui par ailleurs allie des organisations peu habituées à élaborer ensembles. Il est difficile, sans mouvement social à froid, de traverser les lignes entre le champ syndical, le champ associatif et politique. J'avais déjà mentionné cette difficulté dans un autre texte[2]. Par conséquent, cette initiative n'a hélas rien bousculer, probablement aussi, car elle laisse largement sous la table ce qui divise la gauche.

Plus récemment, le 9 octobre a été lancé l'appel des 1000 pour une candidature commune écologique sociale et démocratique en 2022 : https://2022encommun.wesign.it/fr. La base politique est extrêmement faible :  "Conjurer ces risques suppose de s’engager résolument dans la construction d’une perspective de rassemblement de la gauche, de l’écologie politique et des citoyens et citoyennes mobilisé.es, sur un projet et un contrat de législature permettant d’engager une transformation écologique, sociale et démocratique". Nous sommes loin du programme de sortie de crise de l'appel précédent. Ici l'accord est minimaliste. Les premiers signataires viennent essentiellement d'EELV et de Générations, mais l'appel a reçu le soutien d'autres signataires (Ensemble, PS, PCF, ATTAC, Amis de la terre...) à l'exception notable de la France Insoumise. Une base aussi large tant en termes du spectre des signataires que du contenu aurait dû faire se lever les foules. 20 00 signataires aujourd'hui. C'est bien faible. Et un écho médiatique finalement réduit, qui s'est éteint le 11 octobre.

Autre exemple plus concret dont nous pouvons aussi tirer un bilan, c'est les résultats des listes aux municipales. Si les résultats du second tour dans les grandes villes ont pu donner l'illusion de dynamique de rassemblement. Les expériences communes ont finalement été peu nombreuses. A Marseille, EELV (9.3%) a d'abord soutenue une candidature propre au premier tour et le Printemps Marseillais (23%) a échoué à faire l'alliance avec les collectifs issus des quartiers et par ricochet avec la France Insoumise. A Bordeaux, face à la liste EELV-PS-PCF (34%), la FI et le NPA (11%) ont maintenu une candidature y compris au second tour. A Paris, la liste PS-PCF (29%) faisait face à une liste EELV (11%) et à une liste FI (4.5%). A Lyon, la situation était similaire : une liste EELV arrivée en tête (28%), devant la liste FI (10%) et la liste PS-PCF (7%). A Lille, la liste PS-PCF (29.8%) faisait face à EELV (24.5%) et la FI (8.8%). A Nantes la liste PS-PCF (31%) faisait face à des listes EELV (19.5%) et FI (8.9%).

Inutile de continuer cette liste avec d'autres exemples comme Clermont, Rennes ou Strasbourg. Dans tous ces cas, la division a prévalu au premier tour, voir au second à Clermont Ferrand, Lille ou Bordeaux et dans tous ces cas la gauche social-démocrate ou écologiste a gagné quand même au second tour après des fusions de liste finalement assez habituelle à gauche dans ce type d'élections. La victoire au second tour d'une gauche modérée ne nécessite pas forcément une unité au premier tour...Plus problématique dans la plupart des cas ces victoires ont été obtenues sans la mobilisation des classes populaires, notamment à Marseille[3]. Par ailleurs, les nouvelles majorités sont très semblables à celles qui existaient dans certaines villes ou dans certaines régions. Une gauche plurielle social-démocrate a peu de chances de changer réellement les politiques publiques menées dans ces territoires.

Concernant l'élection phare de la 5ème République, la gauche sociale-démocrate gagne en 1981 avec 25.8% au premier tour, le PCF étant à 15.3%, en 1988 avec 34.11%, le PCF tombant à 6.76% et en 2012 Hollande est à 28.6% alors que Mélenchon fait 11.1%. Bref dans aucun de ces cas, la victoire ne requiert l'unité des deux gauches au premier tour. A l'inverse la gauche unie (PS+PCF) perd en 1965 et 1974...Le débat sur l'élection présidentielle ne peut donc se résumer à faire l'unité et choisir ensuite le candidat incarnant le mieux la diversité de la gauche et de l'écologie politique. Nous devons débattre des orientations politiques, des forces politiques susceptibles de les porter et des hommes ou femmes les plus à même de les incarner.

Il existe plusieurs clivages à gauche qu'il est utile de ré-analyser. La principale division concerne la volonté ou non de s'attaquer aux logiques d'accumulation du capital. La gauche antilibérale et anticapitaliste propose en général des mesures susceptibles de provoquer le rejet des classes dominantes : imposition plus forte des sociétés et des profits, baisse du temps de travail, extension des services publics (eau, transports, banque), hausse des salaires, interdiction des polluants...La gauche et l'écologie d'accompagnement visent en général plus le "en même temps" cher aux macroniens. Le business et l'écologie sont compatibles pour quelqu'un comme Yannick Jadot: des entreprises privées rentables d'énergie renouvelables contre le service public de l'énergie, des taxes sur les voitures polluantes, des sens interdits et zones piétons dans les villes...Le business et le social pour le PS. On continue de subventionner les entreprises qui licencient dans les régions dites de gauche, on soutient le Crédit Impôt Recherche ou la tarification à l'acte à l'Hôpital, car il faut bien moderniser les services publics. Fondamentalement, le MEDEF peut parfaitement soutenir un gouvernement de gauche plurielle verte modérée, pas un gouvernement FI, PCF ou NPA...A ce premier clivage se superpose aussi un désaccord sur l'Europe, car nombres de politiques libérales sont menées au nom de l'Europe.

Le second clivage concerne ceux qui sont solidaires avec les sans-papiers, les immigrés et qui combattent tous les racismes, y compris l'islamophobie et les autres qui accusent aujourd'hui les premiers d'islamo-gauchisme. Les premiers manifestent contre les violences policières ou quand des musulmans se font agressés. Les autres, Jadot ou une grande partie du PS, accusent les premiers de laxisme et alimentent l'idéologie d'extrême droite qui gagne du terrain inexorablement depuis 40 ans.

Un troisième clivage assez ancien sépare ceux qui pensent que seules les luttes sociales (NPA, Solidaires, une partie de la CGT) ou les pratiques alternatives (les associations écologistes ou décroissant) permettent de changer la société et ceux qui mettent surtout en avant les élections et la lutte des places dans les institutions existantes. Ce troisième clivage est assez ancien en France et prend sa source dans la tradition anarcho syndicaliste.

Par le passé, il était nécessaire de rajouter un clivage entre productiviste et anti-productiviste. Ce clivage tend selon moi à s'effacer à mesure que la crise écologique s'accentue. Mais il existe néanmoins encore des appréciations divergentes entre d'une part EELV, la FI et Générations et d'autre part le PS et le PCF.

Est-ce que tous ces clivages doivent être dépassés pour gagner des élections ? Je ne le pense pas. Par contre, il est nécessaire de créer une dynamique de rassemblement susceptible d'effacer momentanément dans un premier et second tour ces clivages et surtout de redonner confiance aux classes populaires qui ont singulièrement abandonner la gauche dans toutes ces composantes. C'est le principal problème auquel la gauche dans son ensemble doit faire face. Piketti a relevé dans son dernier ouvrage cette dynamique profonde dans tous les pays européens (figure suivante). Plus on fait des études, plus on vote à gauche, alors que c'était l'inverse dans les années 70. La base électorale de la gauche est passée de la classe ouvrière à la petite bourgeoisie intellectuelle. Mais cette dynamique touche différemment les différentes composantes de la gauche. En 2017, le ratio du vote Mélenchon chez les ouvriers (24%) sur le pourcentage moyen (19.2%) était 1.26[4], alors qu'en 2012 chez Hollande la proportion est inversée (21% chez les ouvriers et 28.13 pour l'ensemble de la population) avec un ratio de 0.75[5]. Par comparaison, ce ratio atteint en 2017, 1.68 chez Marine Le Pen et 0.67 chez Macron. Il n'est donc pas anodin y compris pour la victoire de savoir si la dynamique de rassemblement se fait autour de la gauche sociale-démocrate ou autour de la gauche anti-libérale. Tout le débat est là en réalité.

Qu'a-t-on a gagné à une dynamique de rassemblement autour d'un candidat social-démocrate pour ne pas dire clairement social-ecolo-libérale si c'est Yannick Jadot ? Une victoire est évidemment possible, mais est-elle réellement souhaitable ?  Rien n'est moins sûr en réalité. Ni Jospin ni Hollande n'ont en réalité ralenti la dynamique de libéralisation de l'économie française. Ils ont privatisé comme les autres et casser les services publics comme les autres. Le gouvernement Jospin a même été celui qui a le plus privatisé d’entreprises publiques pour 31 milliards d’euros de recettes ! Dans le secteur de l'enseignement supérieur et la recherche que je connais bien, les fusions d'université, la prime aux primes, le maintien de l'Agence National de la Recherche ou du Crédit Impôt Recherche. Tout cela a été maintenu avec un ministre de tutelle (l'Éducation Nationale) qui était Hamon et un ministre de l'ESR, Thierry Mandon, qui sera ensuite un de ses fidèles soutiens...Ce même gouvernement n'est pas revenu sur la tarification à l'acte à l'hôpital. Que se passe-t-il quand un gouvernement dit de gauche mène une politique en faveur des classes dominantes et des classes moyennes ? Par deux fois, nous avons eu la réponse : le FN au second tour en 2002 et en 2017. Le FN se nourrit des renoncements de cette gauche-là ! Comment imaginer qu'une réédition des politiques passées puisse être un remède contre le mal ?

Il faut donc travailler sur un autre scénario, celui qui a failli réussir en 2017. Une dynamique de rassemblement sur une ligne antilibérale et anticapitaliste qui in fine est aussi capable d'entraîner les classes moyennes. Mais la logique est différente, on ne rassemble pas les classes moyennes (la bourgeoisie intellectuelle) et les classes populaires derrière le candidat des classes moyennes, mais le contraire on rassemble les classes moyennes derrière un ou une candidat-e susceptible de mobiliser d'abord les classes populaires. Pour que ce scénario advienne, il faut commencer par se départir d'une naïveté confondante des appels actuels. Ce scénario ne peut arriver sans affrontement violent avec la gauche sociale-démocrate. Elle n'a jamais accepté dans l'histoire se mettre au service d'une gauche plus radicale. En 2017, le PS refuse de soutenir Hamon et Hamon refuse de se retirer au profit de Mélenchon. En 2020, le PS marseillais a préféré risquer l'explosion du Printemps Marseillais, plutôt que d'accepter d'inclure les collectifs de citoyens et la France Insoumise. Autre exemple à l'international, le PASOK (PS grec) a préféré la droite à Syriza. En 2020, le parti travailliste élimine Corbyn sous un fallacieux prétexte d'antisémitisme, quitte à diviser durablement la gauche. Soyons en sûr, in fine, Jadot ou Faure préfèreront Macron à Mélenchon. Sans cela, on ne comprend pas la violence des attaques actuelles contre la FI qualifiée d'islamo-gauchisme y compris au PS. On retrouve d'ailleurs cela dans le champ syndical. Très souvent la CFDT préfère se ranger derrière les directions plutôt que faire front avec la CGT. Derrière ces désaccords, ce n'est pas un problème de personnes, c'est la lutte des classes qui prend corps dans les corps intermédiaires que sont les partis politiques ou les syndicats.

Comment parvenir à ce scénario ? Tout d'abord, nous ne pouvons pas y arriver en excluant du champ des possibles, la France Insoumise qui dispose d'un groupe parlementaire particulièrement combatif et d'un ancien candidat qui a rassemblé près de 20% des électeurs. Ensuite, nous devons effectivement trouver les moyens de rassembler le camp antilibéral qui va du NPA, au PCF, en passant par la FI et une fraction des écologistes. Mais comment rassembler ce camp, si une partie de ce camp cherche une improbable union de toute la gauche ? Commençons par construire un programme commun et continuons ensuite par des accords aux législatives. Concernant le candidat à la présidentielle, nous en avons un qui fait particulièrement bien le job. Nous pouvons évidemment imaginer un moyen pour une désignation collective avec plusieurs candidats. Mais ces primaires ont rarement prouvé leur efficacité politique et il est très probable qu'à l'arrivé Mélenchon serait désigné de toute façon. Trouvons plutôt les moyens, comme en 2012, pour que sa parole soit vraiment l'expression d'un rassemblement large et qu'elle soit accompagnée d'un porte-parolat collectif puissant et diversifié. Je suis convaincu qu'une dynamique de ce type est encore une fois capable de bousculer le champ politique et d'arriver au second tour de l'élection présidentielle. Ne nous résignons pas à choisir un candidat au plus petit dénominateur commun qui ne donnerait aucun souffle à une campagne. Concernant la dynamique sociale, la seule façon de pousser une telle dynamique politique est de lancer tout azimut des mouvements sociaux au sortir de la crise sanitaire. Nous devrons reprendre la rue quoiqu'il arrive, c'est aussi la meilleure façon de bousculer le champ politique. Mélenchon n'aurait pas fait 20% sans le mouvement sur la loi travail.  

(pdf, 59.9 kB)

[1] https://france.attac.org/IMG/pdf/le_plan_de_sortie_de_crise.pdf

[2] https://www.contretemps.eu/parti-et-mouvement-depasser-capitalisme/

[3] https://www.ifop.com/publication/marseille-loin-du-centre-les-quartiers-votent-ghali-et-leurs-voisins-votent-rn/

[4] https://www.ipsos.com/fr-fr/1er-tour-presidentielle-2017-sociologie-de-lelectorat

[5] https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2018/03/1848-1-study_file.pdf

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