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Billet de blog 10 oct. 2021

Les choses étant ce qu'elles sont...

Elections : la "gauche"perdra, sans doute, la présidentielle mais pourrait-elle gagner les législatives ?

Henri GIORGETTI
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                   "Alors il faut prendre les choses comme elles sont, car on ne fait pas de politique autrement que sur des réalités." Charles de Gaulle.

        Il faut l'admettre lucidement, s'en désoler, décidément…et s'y préparer, bravement, l'élection présidentielle à venir est ingagnable pour la gauche radicale, le succès improbable.

        Les réalités électorales sont telles, le mode de scrutin si cadenassé, l'univers médiatique si rampant, si courtisan, les moyens financiers à engager si protubérants, la clémence des juges, en cas de dépassement des frais de campagne, si élastique, que, sauf à suivre le conseil que voici "…oublie que tu n'as aucune chance, vas-y, fonce ! On sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher" (1), comme en 2012 par exemple, la dite gauche, quel que soit son candidat, n'a aucune illusion à se faire quant à la possibilité d'accéder à la magistrature suprême.

        En effet, notre "démocratie" est défigurée d'une triple tache originelle, dont il faudra bien, une fois pour toutes, la débarbouiller. On y reviendra.

       Déjà, un petit rappel salutaire. En 1958, le choix du scrutin majoritaire à deux tours, décidé par ordonnance, notez-le, a produit de miraculeux effets : ainsi aux élections législatives des 23 et 30 novembre, pour ne prendre que cet exemple, mais ô combien édifiant, au premier tour, le PCF rassemble 3 882 204 suffrages (18,9% des exprimés) et obtiendra, à l'arrivée 10 sièges à l'Assemblée nationale ; l'UNR, le parti gaulliste, obtient 3 603 958 voix (17,6% des exprimés) et sera représenté par…189 députés. Rien de magique, seulement un découpage des circonscriptions électorales taillé sur mesure pour étouffer les trop nombreuses voix populaires.

         Ensuite, et c'est là le problème majeur, en 1962, le Général de Gaulle recourt, cette fois, au référendum, pour compléter la Constitution du 4 octobre 1958 par l’élection du Président de la République au suffrage universel. Coupé à la mesure du personnage, le costume présidentiel sera revêtu par ses successeurs, (y compris par ceux qui s'y étaient initialement opposés, ainsi l'auteur du "Coup d'Etat permanent", dénonçant, en 1964, la pratique du pouvoir personnel) qui, sans exception, en endosseront, sous toutes les coutures et sans vergogne, l'ensemble des prérogatives et des privilèges associés, faisant de notre 5ème République une manière de monarchie élective, quasi unique en Europe.

        Enfin, pour couronner le tout, si on ose dire, en 2000, on décide de réduire le mandat présidentiel de sept à cinq ans, transformant notre démocratie en une machine infernale haletante et hystérisée. Car, le "présidentiable" étant l'alpha et l'oméga, l'incontournable des ambitieux conséquents, l'enfant chéri des réseaux et des plateaux, l'apparence précède l'essence et transforme la saine disputation politique en de médiocres spectacles de variétés. Les débats de fond, les projets au long cours, les anticipations prometteuses d'avenir et de jours meilleurs, sont sacrifiés sur l'autel bourdonnant de l'audimat.  

        Ces effets délétères et hallucinogènes ont été amplifiés en 2002, lorsque, coup de grâce mortifère, on accouple l'élection présidentielle et l'élection législative. Si on avait voulu renforcer la présidentialisation et la personnalisation du pouvoir, on n'aurait pas fait mieux ! Merci qui ?   Le résultat, c'est qu'on a une concordance recherchée et obligée entre la couleur politique du Président et celle de l'Assemblée nationale, cette "franche moutonnaille" (2) qui devient, de ce fait, une chambre d'enregistrement des décisions d'en Haut et le Premier Ministre, pourtant chef d'un gouvernement sensé déterminer et conduire la politique de la nation selon l'article 20 de notre Constitution, se morfond en Maire du Palais larbinisé.

         Partant, plus de respiration, plus d'émotion, plus de cohabitation : la démocratie est réduite aux claquets.

         Alors, devant ces réalités, et, sauf à espérer le souffle du vent Paraclet ou l'assomption salvatrice, que faire, malgré tout ? Scruter le ciel dans l'espoir d'un  "Ecce homo" jaculatoire ? Sauter sur sa chaise comme un cabri insoumis en tonnant "6ème République, 6ème République" ? On peut se douter que, dans l'immédiat, cela n'aboutit à rien et cela ne signifie rien pour une large majorité de Françaises et de Français dont les préoccupations et les attentes face aux épreuves de la vie quotidienne, sont d'une tout autre nature.

        C'est pourquoi, dans les six mois qui viennent, la mêlée devrait pousser à "dé-présidentialiser" la campagne électorale et porter ses efforts essentiellement sur les législatives. La démocratie, c'est le choix, et là, le choix demeure encore théoriquement ouvert et, peut-être, réalisable. Non pas qu'il faille négliger l'espace politique dégagé par l'échéance présidentielle, espace qu'il faut occuper, voire saturer d'un discours offensif, sans faux-semblant ridicule comme "Quand je serai Président", en faire un outil d'éducation populaire, un glaive tranchant, tribunicien.

         On déplore les multiples candidatures présidentielles et la désunion "à gauche", d'ailleurs sans toujours en analyser, (parfois à en chérir !) les causes profondes, avec clairvoyance, avec courage. (3) C'est un fait, mais il y a urgence. L'urgence, non de poursuivre la chimérique quête de l'homme ou de la femme providentiels, sinon de déclarer sa flamme au moindre "Je-suis-le-seul-qui...", mais de créer les conditions du rassemblement d'une majorité des futurs 577 représentants du peuple autour d'un pacte politique crédible, progressiste et émancipateur.

         Ne pas se tromper de champ, car "La bataille d'ensemble gagnée sur la carte est perdue en détail sur les côteaux." (4) L'union est un combat, certes, mais elle est du domaine du possible s'il y a une fédération de volontés pour ouvrir, sur les côteaux, justement, le chemin des "utopies concrètes". (5)

(1) Jean-Claude Dusse, Les bronzés font du ski

(2) La Fontaine, L'Abbesse

(3) Voir mon blog Abus de faiblesse | Le Club de Mediapart

(4) Paul Valéry, Variété, Essais quasi politiques

(5) Ernst Bloch

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