Coup de sang

"Il y a tant de gens dont la joie est si immonde et l'idéal si borné, que nous devons bénir notre malheur, s'il nous fait plus dignes." Gustave Flaubert.

          Colère, exaspération, en ce petit matin de septembre, où l'ineffable Etienne Gernelle, directeur du Point et invité itératif des ondes publiques, en l'occurrence le "5/7" de France Inter, avait "envie", figurez-vous, selon les termes mêmes de la présentatrice, de parler du procès des attentats de janvier 2015 qui ont notamment ensanglanté Charlie hebdo.*

          Apprenez d'abord, chers auditeurs, que ledit procès, qui s'est pourtant ouvert il y a huit jours, a "vraiment" commencé hier parce que, selon notre pissoteur incontinent, il est entré dans sa "phase politique". Les victimes et leurs proches apprécieront.

          Comprenez que, les vrais auteurs du massacre, les frères Kouachi, étant lamentablement morts et les comparses bien falots, il fallait trouver d'autres coupables horriblement notoires pour muscler une audience à la fois judicaire et médiatique, le lieu étant filmé "pour l'Histoire", car, comme disait Alfred Hitchcok, "Meilleur est le méchant, meilleur est le film."

           Sur la sellette torquemadesque, voué au pilori, l'accusé de ce jour, oh surprise, Edwy Plenel, "…journaliste, ancien directeur de la rédaction du Monde et fondateur de Médiapart  tendance Fouquier-Tinville, confondant souvent la plume avec la guillotine, la démocratie avec le trotskisme." selon le portrait joliment connoté qu'en faisait l'éditorialiste du Point le 2 septembre 2020, ignorant ainsi que "Toute vertu est fondée sur la mesure." selon l'avisé Sénèque qu'il n'a, sans doute, pas lu.  

           A 6h45, le mis en cause est désigné comme élément fertiligène du "substrat intellectuel" dénoncé à la barre par le journaliste Fabrice Nicolino, "substrat "sur lequel ont "poussé" (sic) les attentats de janvier 2015, composté de véritables "complicités intellectuelles", qui, d'ailleurs, rendent le procès des plus intéressants (sic) selon l'avocat de Charlie, Richard Malka.

          Bien entendu, on concède, selon une rhétorique obligée et politiquement correcte, que les "anti Charlie" (sic) ont droit à la liberté d'expression comme Plenel, nominé pour la deuxième fois. Mais que nenni lorsque la critique d'icelui Plenel, cité pour la troisième fois, déclare que Charlie Hebdo "menait la guerre aux musulmans".**

          Pire abjection, le même Plenel, désigné pour la quatrième fois, "sait que c'est un mensonge". Et il est conscient de son crime, le pousseur, car parler de guerre n'est pas anodin, en effet, voyez-vous, "à la guerre on tue".

            Ainsi Plenel, qui passe la bonnette pour la cinquième fois, et ses obscurs complices, ont contribué à répandre un bobard qui a déjà fait des morts et qui peut encore en faire. CQFD. Car leur "rhétorique est la même que celle qui a motivé les frères Kouachi et provoqué la tuerie que l'on sait et alimente les menaces actuelles à l'encontre de l'hebdomadaire. Testigué, mais que fait la Justice !

          Plenel, cité à comparaître pour la sixième fois en deux minutes de prestation, "est tout à fait libre de tenir ces propos, c'est sa liberté", (oh, Etienne, comme vous êtes miséricordieux et tolérant !)…même s'ils sont "immondes". Oui, "immondes", car la parole est directement homicide si l'on en croit Richard Malka, "Pour moi, ce courant intellectuel a du sang sur les mains et sur les lèvres. C'est lui qui arme les terroristes." Effrayant !  

            Et, pour conclure, Etienne Gernelle d'ajouter goulument, inutilement car on avait compris, "il a raison".

           Tant de démesure, de haine et d'attaques fielleuses ad hominen, tant d'outrage à la déontologie, soulèvent le cœur et l'esprit, sont indignes du service public qui offre une tribune régulière et sans contradicteurs à un tel auteur. Un règlement de comptes éhontément crasse et grotesque, n'était l'horreur de la situation qui en est le tragique prétexte. L'immonde prétendument dénoncé souille le dénonciateur. C'est l'immonde à l'envers !

           Et devant cette sanie, les nez sont bouchés, les bouches closes, aucune réaction, aucune contradiction, aucune indignation dans les médias, les radios, les réseaux…  

          Mais, me direz-vous, "la liberté d'expression" ?  "Si l'on ne croit pas à la liberté d'expression pour les gens qu'on méprise, on n'y croit pas du tout." Noam Chomsky.

           Donc acte.

 

 

 

 

 

*France Inter, le 5/7, Mathilde Munos. 6h44, Histoires politiques, 10 septembre 2020.

Voir aussi : https://blogs.mediapart.fr/henri-giorgetti/blog/230120/histoires-politiques-je-tique

 **Edwy Plenel, "Lettre à la France", Mediapart, le 20 janvier 2015 :

"La proclamation de la liberté d'expression, cette défense du droit à la caricature, de ses excès ironiques ou moqueurs, qui accompagne la solidarité avec Charlie Hebdo, n'implique pas que notre vie publique doive s'abaisser et s'égarer dans la détestation d'une partie de notre peuple en raison de son origine, de sa culture ou de sa religion. La haine ne saurait avoir l'excuse de l'humour."

France Info 8 novembre 2017

"La Une de Charlie Hebdo fait partie d'une campagne plus générale que l'actuelle direction de Charlie Hebdo épouse, monsieur Valls et d'autres qui suivent monsieur Valls. Une gauche égarée, une gauche qui ne sait plus où elle est, alliée à une droite voire à une extrême droite identitaire, trouve n'importe quel prétexte, n'importe quelle calomnie pour en revenir à leur obsession : la guerre aux musulmans, la diabolisation de tout ce qui concerne l'islam et les musulmans."

Une phrase que France Info a contractée dans un article paru en ligne, prêtant ainsi à Edwy Plenel les propos suivants : "La Une de Charlie Hebdo fait partie d'une campagne générale de guerre aux musulmans."

 

 

 

 

 

 

 

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