Le courage de Theresa May

un hommage

De nombreux articles dans la presse française semblent se réjouir de la situation délicate de Theresa May quant au Brexit. Pourtant, même si l’on ne partage pas ses vues en matière économique et sociale, il faut reconnaître que Theresa May fait preuve d’un courage qui mérite d’être salué, ce d’autant plus qu’il n’est pas si fréquent que cela parmi le personnel politique au Royaume-Uni.

Les Brexiters n’ont pas pris la responsabilité du pouvoir après leur victoire lors du référendum de 2016. Ils refusent de voir le coût d’une sortie sans accord. Ils espèrent un choc libéral qui transformerait le Royaume-Uni en paradis fiscal et réglementaire. Ils ne tiennent pas compte de l’impact qu’aurait une sortie sans accord sur la frontière irlandaise.

Les Remainers veulent remettre en cause le résultat du referendum. Bel exemple de démocratie !

L’UE-27 a été inflexible dans la négociation : si un pays sort de l’UE, cela doit avoir un coût. L’UE-27 a soutenu la République d’Irlande, sans rien lui demander en échange, en particulier en matière de lutte contre l’évasion fiscale. Les pays de la zone euro rivalisent en cadeaux fiscaux pour attirer les traders et les institutions financières de la City. Qu’ont fait les forces de gauche en Europe pour favoriser une sortie en douceur, pour ouvrir un autre cercle en Europe, de pays qui veulent garder leur souveraineté nationale ? Rien.

Les travaillistes prétendent être capables de renégocier avec l’UE un meilleur accord que celui obtenu par Theresa May. Ils prétendent que le Royaume-Uni pourrait rester dans le Marché Unique et retrouver sa souveraineté dans les domaines qu’il souhaite, ce que l’UE a depuis le début des négociations explicitement refusé. Alors que l’UE s’est montrée intransigeante et qu’elle refuse de rouvrir les négociations, les travaillistes s’apprêtent voter contre le plan de soft brexit négocié par Theresa May avec l’UE, pour des motifs de politique intérieure : provoquer et remporter des élections générales. Cela n’est pas à la hauteur des enjeux soulevés par le Brexit

Que peut faire Theresa May si 25 % des parlementaires britanniques sont pour le Remain, 25 % sont pour un soft brexit mais votent contre l’accord uniquement pour renverser Theresa May, 25% la soutiennent, 25% sont pour un hard Brexit ?
Theresa May a négocié un accord qui, compte tenu des exigences de l’UE-27, ne peut pas satisfaire une majorité de parlementaires britanniques. Le parlement peut voter chaque jour des mesures vexatoires contre Theresa May, comme interdire au gouvernement de prendre des mesures budgétaires en cas de sortie sans accord, imposer à Theresa May de présenter un plan B dans un délai de 3 jours, si l’accord négocié entre l’UE et le RU est refusé par le parlement lors du vote prévu mardi 15 janvier. Au parlement britannique, Il y a aujourd’hui une majorité contre l’accord négocié par Theresa May, mais aussi une majorité pour empêcher une sortie sans accord et une majorité contre tout autre projet qui tiendrait compte de la position de l’UE. La sortie de l’UE met la démocratie britannique à rude épreuve.

Catherine Mathieu et Henri Sterdyniak

 

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