En finir avec le mythe de l'annulation de la dette publique

Il ne faut pas que les citoyens s'imaginent qu'il n'y a d'autre choix que l'austérité (économiquement et socialement désastreuse) et une pseudo-annulation de la dette publique (fictive et irréalisable).

Annuler les titres publics détenus par la BCE n'est pas une annulation de la dette publique car les titres publics français sont détenus en quasi-totalité par la Banque de France. C'est elle dont le bilan deviendrait déficitaire et qui serait en fait en charge de la dette publique. Or la BdF est financièrement une filiale de l'Etat, donc la dette serait cachée, pas annulée. La contrepartie de cette dette serait les dépôts des banques auprès de la BdF, dépôts qui pourraient disparaitre si les banques commerciales changeaient de comportement. Comme cette annulation ne toucherait pas les détenteurs finaux de la dette, elle n'aurait aucun impact macroéconomique.Elle n'ouvrirait aucune marge de manoeuvre pour investir, que ce soit sur le plan réel ou sur le plan financier. La dette publique française (au sens économique, les droits socialement garantis des agents privés,  sur la production future) ne serait en rien modifiée.

Une vraie annulation supposerait de spolier les détenteurs de la dette publique. Ceux-ci ne sont pas les plus riches (qui ont des placements plus rentables). Ce sont des gens qui détiennent, par exemple des assurances-vie et maintenant des comptes bancaires ; ce sont aujourd'hui des gens qui ont fait confiance en l'Etat en lui prêtant à des taux très faibles. S'en prendre aux plus riches nécessite d'autre instrument comme l'impôt sur la fortune, comme la lutte contre l'optimisation fiscale, comme des mesures fortes contre la financiarisation de l'économie et les salaires abusifs des  dirigeants d'entreprise.

Par ailleurs, un Etat ne peut faire défaut que s'il est dans l'impossibilité de rembourser ses dettes arrivées à échéance, que si cela représenterait une charge trop lourde pour sa population. Ce n'est pas le cas de la France, qui peut se refinancer sans difficulté. Les personnes lésées porteraient plainte devant des tribunaux qui leur donneraient raison. Parler d'annulation de la dette détenue par la BCE  aujourd'hui est donc inutile, dangereux malhonnête (comme l'a dit le patron de l'AFT) et idiot (comme l'a dit Olivier Blanchard). Ce d'autant plus que la France peut s'endetter autant que nécessaire à des taux très faibles, nuls, voire négatif.

Il ne faut pas que les citoyens s'imaginent qu'il n'y a d'autre choix que l'austérité (économiquement et socialement désastreuse) et une pseudo-annulation de la dette publique (fictive et irréalisable).

Nous devons nous battre pour des questions sérieuses : les traités budgétaires doivent être repensés (ou ne pas être respectés) ; les traités européens doivent préciser que la garantie des dettes publiques fait partie des missions de la BCE ; les banques doivent être fermement incitées à financer la transition écologique ; la Commission européenne doit renoncer à sa prétention d'imposer aux pays européens des réformes structurelles et des baisses de dépenses publiques et sociales.

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