Le revenu universel: une mauvaise piste….

Améliorer le système de protection sociale en comblant ses lacunes est une meilleure piste qu'un illusoire revenu universel.

La France a progressivement mis en place un système de protection sociale relativement généreux : couverture médicale universelle, prestations familiales, retraites publiques, allocations chômages. Celui-ci a été complété par un système de minimas sociaux, surmonté par la prime d’activité. L’ensemble est financé par des impôts et des cotisations sociales, proportionnels ou progressifs, relativement élevés. La crise sanitaire a ajouté à ce dispositif, l’extension du chômage partiel. En même temps, certaines failles demeurent qu’il faudrait combler : la précarisation de l’emploi doit être combattus, les faux autoentrepreneurs doivent avoir droit à une protection sociale complète, la sous-traitance doit être limitée, le temps partiel subi doit pouvoir être transformé en temps plein à la demande de la salariée, les agriculteurs doivent bénéficier d’un revenu minimum (de l’ordre du SMIC). Le droit à l’emploi doit être garanti : les chômeurs de longue durée doivent se voir offrir, selon le cas, une retraite à taux plein, une formation, un emploi de dernier ressort. Une allocation spécifique (ouvrant des droits à la retraite) doit être offerte aux jeunes à la recherche d’un premier emploi ; les étudiants doivent plus largement bénéficier de bourses revalorisées. Les allocations-chômage doivent dépendre des derniers salaires de temps plein et la durée de versement ne doit pas dépendre de la durée cotisée. Le RSA doit être repensé, revalorisé, versé automatiquement : il est maintenant possible de suivre en temps réel l’évolution du revenu de chaque ménage ; cela doit permettre de garantir à chaque ménage, un revenu minimum, qui devrait être supérieur au seuil de pauvreté (1050 euros par mois par unité de consommation), du moins pour les familles avec enfants, les personnes engagées dans une formation ou dans une recherche d’emploi.[1]

Dans cette optique, même si elle peut sembler généreuse, la proposition d’un revenu universel n’est pas une bonne piste. Son coût sera exorbitant s’il s’agit de verser à chaque personne 600 euros par mois (300 pour les enfants), de l’ordre de 425 milliards d’euros, en net de 340 milliards (compte-tenu de 85 milliards d’économies de prestations), ce qui obligerait à augmenter la CSG de 24 points, ce qui n’est pas crédible. Les classes moyennes auraient du mal à accepter une telle hausse, même si elle serait partiellement compensée par ce versement de 600 euros. Cette prestation ne sortirait pas ses bénéficiaires de la pauvreté. Pour ne pas que le revenu de personne ne baisse par rapport à l’existant, il faudrait en tout état de cause maintenir les aides au logement. Et prévoir des suppléments pour les handicapés, les personnes âgées, les femmes élevant seule des enfants, les salariés en chômage total ou partiel. Le système ne serait pas simplifié. La question - comment faire parvenir cette somme aux précaires ? - n’est guère résolue. Il est possible de mieux aider les familles pauvres ou les personnes en difficulté  à moindre coût, en ciblant vers eux des aides spécifiques.

 

 

[1] Notons que beaucoup de projet dits de « revenu universel » préconisent en fait un tel revenu minimum garanti.

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