Sous la férule de l’oligarchie…

La victoire d'Emmanuel Macron va permettre à l'oligarchie financière d'engager des réformes que refusent la majorité des français.

Les élections présidentielles de 2017 laissent un goût amer. Se sont affrontées au second tour deux conceptions inacceptables de l’évolution de notre société. D’un côté, le Front national qui veut détourner sur les immigrés les difficultés des victimes du capitalisme mondialisé. De l’autre, Emmanuel Macron, le symbole même de l’alliance entre la technocratie étatique et l’oligarchie financière.

Son programme vise à imposer les réformes que demandent les classes dirigeantes : réécriture du droit du travail par ordonnances, baisse des impôts sur les revenus du capital, baisse du taux de l’IS, dénaturation de l’ISF, réduction des dépenses publiques, mise en cause de l’autonomie financière des communes, allégement de la régulation bancaire et des normes écologiques. La suppression des cotisations chômage des salariés sera en fait financée par les retraités ; elle permettra d’expulser les syndicats de la gestion de l’assurance-chômage, de diminuer les allocations et, sous prétexte d’un meilleur contrôle de leur recherche d’emploi, d’imposer aux chômeurs de se concurrencer pour  des emplois sous-payés. Au lieu de la remettre en cause, la France s’engagera encore plus dans la stratégie européenne « austérité budgétaire/réformes structurelles », qui a échoué. Les préoccupations écologiques passeront au second plan derrière la volonté d’améliorer la rentabilité des entreprises et de laisser les coudées franches aux chefs d’entreprise.

 Le nouveau discours dominant vante les jeunes entreprises innovantes sans s’interroger sur l’intérêt social ou écologique des prétendues innovations. Le développement de l’auto-entreprenariat s’attaque aux protections que fournit le statut de salarié.

Cette élection a mis en évidence les défauts de nos institutions bonapartistes. Avec 24 % des votants dont la moitié déclarent avoir voté pour lui sans adhérer à son programme, Emmanuel Macron et la technocratie vont pouvoir entreprendre des réformes que refusent la majorité des français.

La stratégie alternative -s’engager résolument dans la transition écologique et sociale, donner plus de pouvoir aux citoyens et aux salariés - n’a pas réussi à émerger politiquement avec assez d’unité et de force. Ce sont les mouvements sociaux, qui devront la promouvoir dans les années à venir par la mobilisation dans des combats syndicaux (défendre le droit du travail, exiger la participation des salariés aux choix de leurs entreprises), économiques (boycotter les entreprises qui pratiquent l’évasion fiscale et les banques qui financent la spéculation), sociaux (défendre la protection sociale, réclamer un revenu minimum garanti),  écologiques (organiser la transition énergétique, développer de nouveaux modes de production et de consommation, exiger des produits sobres et durables) et citoyens (développer la participation démocratique).

(Texte rédigé pour l'Age de Faire de Mai 2017).

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