Fake theory

Certains économistes ou publicistes ont réussi à convaincre des hommes politiques que la BCE pourrait annuler les dettes publiques qu'elle détient, ce qui ouvrirait 2000 milliards de marges de manoeuvre. C'est malheureusement faux.

Une drôle d'épidémie sévit actuellement parmi les économistes. Heureusement, elle n'est pas mortelle (puisque le ridicule ne tue pas). Elle a frappé des économistes naguère estimables comme Jézabel Couppey-Soubeyran, Gaël Giraud, Paul de Graüwe, Aurore Lalucq, Laurence Scialom, les économistes d’Attac comme Jean Gadrey, Jean-Marie Harribey, Pierre Khalfa, Esther Jeffers, Dominique Plihon, mais aussi, par ailleurs, Alain Minc.

Alain Grandjean, Nicolas Hulot, le PCF en étaient déjà victime à titre endémique. La maladie a aussi frappé Jean-Luc Mélenchon et le groupe des députés FI.

C'est l'idée que la BCE pourrait annuler les titres de dette publique qu'elle détient et que cela fournirait immédiatement une masse de 2000 milliards disponibles (dont 400 milliards pour la France) pour financer les services publics et la transition écologique. L'avantage de la proposition, selon certains de ses partisans, serait même que nul ne serait perdant.

Pourquoi se fatiguer à prôner la hausse de la fiscalité sur les riches (10 milliards par an selon Thomas Piketty) alors que d’un trait de plume, il serait possible de récupérer 400 milliards, sans drame et sans larmes ?

Malheureusement, cette proposition n’a aucun sens. La Banque centrale appartient à l’État. Tout transfert entre la Banque centrale, qui ne changerait pas le patrimoine, le revenu ou le portefeuille des agents privés (banques, ménages ou entreprises) n’aurait aucun impact économique. C'est la Banque centrale, propreté de l'Etat, qui serait endettée, et donc toujours par ricochet l'Etat. Ce serait un coup d’épée dans l’eau.

PS 1: Annuler la dette suppose de faire des perdants. Doivent-ils être ceux qui ont accepté de prêter à l'Etat à des taux nuls voire négatifs ou les plus riches qui ont des placements plus rémunérateurs et qui pratiquent l'optimisation fiscale ?

PS 2 : La fake theory a gagné ! Dans le plan de sortie de crise, signé par la CGT, la FSU, Solidaires ATTAC, et une quinzaine d'autres organisations, on lit : "Pour financer la sortie de crise, soutenir les citoyens, la transition écologique et éviter l’austérité forcée, la BCE doit permettre aux États et collectivités de s’affranchir des contraintes de la dette. Le rachat de la dette publique en lui donnant le statut de dette perpétuelle avec un taux d’intérêt nul (ce qui reviendrait de fait à une annulation des dettes publiques) et le financement direct des plans d’urgence et de reconversion des États et collectivités locales par la création monétaire, sont autant de leviers nécessaires pour s’affranchir des marchés, financer la solidarité et la transition écologique. La question de la dette doit faire l’objet d’audits citoyens pour décider le meilleur moyen de s’affranchir du diktat des marchés financiers, sans que cela mène à l’appauvrissement des populations les plus vulnérables et à la  catastrophe écologique". Il faut peut être rappeler que la France va pouvoir émettre 400 milliards d'euros en 2020 en taux négatifs ou nuls ; la contrainte de la dette n'est pas très serrée.

PS3 : La France Insoumise va plus loin : "Dette des États  : Transformer les titres de dettes, quelles que soient leur date d’échéance, en titres perpétuels, à taux d’intérêt nul". Pourquoi pas?  Sauf que les titres perpétuels à taux nuls n'existent pas, qu'il faudra expliquer aux français qui détiennent de l'assurance-vie qu'ils ont tout perdu, que les étrangers qui ont fait confiance au gouvernement français feront condamner la France devant les tribunaux français et étrangers...alors que français et étrangers sont prêts à continuer à prêter à la France à taux nuls.

 

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