Faut-il rembourser la dette publique?

Oui, du point de vue microéconomique, non du point de vue macroéconomique.

A cette question mal posée, on peut faire deux réponses selon que l’on se place du point de vue microéconomique ou macroéconomique.

Du point de vue microéconomique, la réponse est OUI. En 2020, 200 milliards de titres publics français sont arrivés à échéance et ils ont été remboursés sans difficultés. Quand un pays émet des titres dans sa monnaie, il peut toujours rembourser sa dette ; il doit donc le faire ; il peut ainsi s’endetter aux taux le plus bas possibles : le taux sans risque. Les prêteurs qui lui ont fait confiance doivent être remboursés.

Le défaut sur la dette n'est possible que pour un pays qui s’endette dans une monnaie qu’il n’émet pas s’il a été frappé par un choc important et imprévu, de sorte que le remboursement le contraindrait à affamer sa population ; si ses créanciers refusent de lui prêter davantage de sorte qu’il n’a pas le choix ; si la dette a été émise par un gouvernement renversé, non démocratique et que la dette n’a pas été utilisé pour le bien-être de la population. Dans l’idéal, ce défaut doit être négocié avec les créanciers (c’est le rôle du club de Paris et du club de Londres).

Du point de vue macroéconomique, la réponse est NON. Quand un pays rembourse les titres arrivés à échéance, il s’endette de nouveau immédiatement pour le même montant. C’est ce que l’on nomme « faire tourner sa dette ». Ainsi, la dette publique est éternelle. Rembourser sa dette, au sens macroéconomique, supposerait que le pays ait un solde public excédentaire, ce qui est peu fréquent. Un pays doit pouvoir gérer son solde public en fonction de considérations macroéconomiques. Il a souvent besoin d’un déficit public. Ce déficit public doit logiquement s'accompagner de bas taux d'intérêt, de sorte que la dette ne fasse pas "boule de neige". Par contre, si la demande privée est vigoureuse, de sorte qu’il existe un risque de surchauffe et d’inflation, un excédent public peut être nécessaire, mais la politique budgétaire ne doit jamais être dictée par le souci de « rembourser sa dette » au risque de déprimer l’activité. Ainsi, il n’y aura pas de générations sacrifiées qui devront rembourser la dette publique.

PS : Bien sur, cette situation idéale suppose que la Banque centrale s'engage à toujours financer l'Etat et que l'Etat conserve le contrôle de son solde public (soit capable de le gérer en fonction de considérations macroéconomiques). De ce point de vue, la situation dans la zone euro est ambiguë, puisque les Banques centrales nationales financent toujours leur Etat, mais que la BCE peut bloquer le refinancement des Banques centrales nationales (comme l'a illustré le cas grec).

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